Contrôler l'intelligence artificielle ?

Revue Réseaux

Lorsqu’en 1956 John McCarthy proposa le terme d’intelligence artificielle pour désigner un ensemble de recherches visant à donner à des automates une agentivité autonome, le débat sur les règles de coexistence avec ces nouvelles entités n’a jamais cessé d’agiter les esprits. Les technologies que désigne cette appellation malencontreuse suscitent autant d’espoirs que de craintes. À peine avait-on commencé à les imaginer qu’il était question de savoir comment les contrôler. L’imaginaire de l’IA sollicite aussi immédiatement des interrogations ontologiques que les débats relatifs à ces technologies ont toujours été entourés de considérations à la fois mythologiques, philosophiques, éthiques et métaphysiques. À côté des trois lois de la robotique d’Isaac Asimov, des dilemmes moraux de HAL dans 2001 l’Odyssée de l’espace, le mythe fondateur du Golem des légendes juives est régulièrement convoqué dans la littérature sur l’éthique des intelligences artificielles. Le mythe du Golem appartient à ces récits archétypaux sur les créatures artificielles dont l’autonomie remet en question la manière dont l’homme interroge sa propre nature (Breton, 1995). Comment nos sociétés peuvent-elles s’assurer que la créature ne va pas se retourner contre ses créateurs ? Avant même que les technologies de l’IA n’aient la moindre existence concrète, philosophes, éthiciens et romanciers étaient déjà à l’ouvrage pour imaginer les règles destinées à les domestiquer. Ce paradoxe rend particulièrement intéressante l’analyse des entreprises de régulation et de contrôle qui se mettent aujourd’hui en place, maintenant que l’IA n’est plus simplement une projection imaginaire mais désigne des entités techniques concrètes qui commencent leur déploiement au sein de nos sociétés.
Ce numéro de Réseaux propose d’explorer un ensemble d’arènes dans lesquelles le développement des technologies de l’intelligence artificielle est soumis à un débat normatif. Il cherche à expliquer l’inflation de réflexions et d’essais, de recommandations et de chartes, de craintes et de critiques, de règlements et de lois dont l’IA fait l’objet. Comme le montrent les différents articles qui le composent, ces productions normatives relèvent de genres singulièrement différents. Aussi avons-nous retenu le terme de contrôle dans son acception générale, parce qu’il permet de réunir des démarches visant aussi bien à interroger, critiquer ou contraindre le développement de l’IA. Cette formulation permet d’ouvrir plusieurs types de questionnements.

Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : Revue Réseaux
Parution : 00/00/0000
ISBN : 9782348073809
Nb de pages :
Dimensions : 160 * 240 cm

Revue Réseaux

La revue Réseaux.Communication - Technologie - Société, créée en 1982 par Patrice Flichy et Paul Beaud, s'intéresse à l'ensemble du champ de la communication en s'axant tout particulièrement sur les télécommunications. Les mass-médias et l'informatique sont également abordés. La télévision a notamment constitué le thème d'un nombre important de numéros. La réflexion sur la communication étant à l'origine de nombreux débats au sein des sciences sociales, des numéros sont aussi consacrés à des questions d'ordre théorique ou méthodologique. Bien qu'orienté plutôt vers la sociologie, Réseaux souhaite traiter les problèmes de la communication de façon pluridisciplinaire.
Pour s'abonner à la revue, rendez-vous sur le site Cairn.info

Table des matières

Les auteurs
Présentation

Contrôler les IA, par Bilel Benbouzid et Dominique Cardon
Dossier
Contrôler l’intelligence artificielle ?

Quatre nuances de régulation de l’intelligence artificielle. Une cartographie des conflits de définition, par Bilel Benbouzid, Yannick Meneceur et Nathalie A. Smuha
Les innovations d’intelligence artificielle en radiologie à l’épreuve des régulations du système de santé, par Léo Mignot et Émilien Schultz
L’agentivité algorithmique, fiction futuriste ou impératif de justice procédurale ? Réflexions sur l’avenir du régime de responsabilité du fait de produits défectueux dans l’Union européenne, par Ljupcho Grozdanovski
Robots vs algorithmes. Prophétie et critique dans la représentation médiatique des controverses de l’IA, par Maxime Crépel et Dominique Cardon
Les narvals et les licornes se cachent-ils pour mourir ? De la cybernétique, de la gouvernance et d’Element AI, par Jonathan Roberge, Guillaume Dandurand, Kevin Morin et Marius Senneville
Implications éthiques du système algorithmique et pratiques des travailleurs des plateformes de livraison de repas. Le cas de Meituan, par Ke Hupang
Comment gérer la diversité des produits culturels dans le monde numérique ?
Stock et flux. Une analyse des nouvelles pratiques de classement des biens culturels numériques, par Quentin Gilliotte
Des compétences marchandes face à la plateformisation d’un marché culturel. La constitution de l’assortiment chez les revendeurs de livres d’occasion, par Vincent Chabault
Notes de lecture
Antoine COURMONT, Quand la donnée arrive en ville. Open data et gouvernance urbaine, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2021, 192 p. Par Gilles JEANNOT
Yaëlle AMSELLEM-MAIrNGUY, Les filles du coin : vive et grandir en milieu rural, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique » 2021, 192 p. Par Gilles JEANNOT
Amaël CATTARUZZA, Géopolitique des données numériques. Pouvoir et confits à l’heure du Big Data, Paris, Le Cavalier Bleu, 2019, 174 p. Par Clément MARQUET
Hugo MERCIER, Not born yesterday: The science of who we trust and what we believe, Princeton NJ, Princeton University Press, 2020, 384 p.Par Manon BERRICHE
Résumés/Abstracts.