Où atterrir ?
Comment s'orienter en politique

Bruno LATOUR

Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.
D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.
L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.
Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.

Version papier : 12 €
Version numérique : 11,99 €
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Détails techniques
Collection : Cahiers libres
Parution : octobre 2017
ISBN : 9782707197009
Nb de pages : 160
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782707197818
Format : EPUB

Bruno LATOUR

Bruno LATOUR

Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, est professeur à Sciences-Po Paris. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’anthropologie du monde moderne. Son dernier livre, publié à La Découverte, Enquête sur les modes d'existence (2012) permet de situer l'analyse de la parole religieuse parmi les autres modes.

Extraits presse

Tout se passe, dit Bruno Latour, comme si « une partie importante des classes dirigeantes
(ce qu'on appelle aujourd'hui de façon trop vague les "élites") »
s'était résolue à l'idée qu'il n'y a plus à chercher un« horizon commun » pour tous les hommes, encore moins à construire un monde commun, et avait somme toute renoncé àdiriger, pour uniquement « se mettre à l'abri hors du monde ». D'où la désorientation générale. Pour savoir ce que signifie être entré« dans un Nouveau Régime climatique »– conditionnant tous les autres problèmes – Latour propose donc quelques cartes d'orientation, où pourraient être identifiées « certaines émotions politiques » nouvelles, d'autres affects, d'autres objets d'attention, et où d'autres enjeux pourraient être définis.

14/10/2017 - Robert Maggiori - Libération

 

C'est un réquisitoire cinglant. Le dernier essai de Bruno Latour s'appelle « Où atterrir ? ». Et dès les premières pages, le philosophe s'interroge sur l'étrange passivité de l'humanité devant le réchauffement climatique. Pourquoi cette impuissance ? Comment comprendre qu'un président américain puisse tirer gloire de son refus de ratifier les accords la COP21 ?
Ce genre de questions suscitent en général des réponses vagues : la faute au conformisme, à l'incompétence, etc. Latour ne tombe pas dans le piège. Avec précision, il désigne des responsables. Au lieu de sauver ce bien commun qu'est la planète, explique-t-il, une partie des élites a décidé d'abandonner le reste de l'humanité et de garder pour elle ses privilèges. Il écrit en toutes lettres : « Ces gens-là ont compris que, s'ils voulaient survivre à leur aise, il ne fallait plus faire semblant, même en rêve, de partager la terre avec le reste du monde. »
C'est un « J'accuse… ! » à l'échelle de la biosphère.

12/10/2017 - Eric Aeschimann - L'Obs

 

Table des matières


Table en forme de résumé
1. Une hypothèse de politique-fiction : l’explosion des inégalités et le déni de la situation climatique sont un seul et même phénomène
2. Grâce à l’abandon par l’Amérique de l’accord sur le climat, nous savons enfin clairement quelle guerre a été déclarée
3. La question des migrations concerne maintenant tout le monde offrant une nouvelle et très perverse universalité : se voir privé de sol
4. Il faut se garder de confondre la mondialisation-plus avec la mondialisation-moins
5. Comment les classes dirigeantes mondialisées ont décidé d’abandonner peu à peu tous les
fardeaux de la solidarité
6. L’abandon d’un monde commun entraîne un certain désordre dans la confiance due aux faits
7. L’apparition d’un troisième pôle vient renverser l’orientation classique de la modernité prise
entre les deux pôles du Local et du Global
8. L’invention du « trumpisme » permet de repérer un quatrième attracteur, le Hors-Sol
9. En repérant l’attracteur Terrestre, on définit une nouvelle orientation géopolitique
10. Pourquoi les succès de l’écologie politique n’ont pas toujours été à la hauteur des enjeux
11. Pourquoi elle a eu tant de peine à s’extraire de l’opposition Droite/Gauche
12. Comment assurer le relais entre les luttes sociales et les luttes écologiques
13. La lutte des classes sociales devient une lutte des places géo-sociales
14. Le détour par l’histoire des sciences permet de comprendre comment une certaine notion
de « nature » a figé les positions politiques
15. Il faut parvenir à désensorceler la « nature » capturée par la vision moderne de l’opposition
Gauche/Droite
16. Un monde composé d’objets n’a pas le même type de résistance qu’un monde composé d’agents
17. Les sciences de la Zone Critique n’ont pas les mêmes fonctions politiques que celles des autres sciences naturelles
18. La contradiction s’avive entre système de production et système d’engendrement
19. Reprise de la description des terrains de vie — le possible modèle des cahiers de doléances
20. Plaidoyer personnel pour le Vieux Continent
Notes.

Droits étrangers

OCCUPYING THE EARTH


We have entered a new era, the Anthropocene Age, in which nothing that humanity has done or thought over thousands of years can be of any help to us. From now on the Earth will no longer allow humans to use it as a stage for its social and political battles. It intervenes, reacts to our every act and is even taking over the leading role!
Nature is no longer an impassive backdrop. The party is over, for the Earth has stopped taking a beating and is now hitting back more and more violently.

Can we continue with politics as usual as if nothing has changed, as if everything were not collapsing around us?
In this short political text, Bruno Latour presents new, truly materialistic points of reference for those who want to escape from the ruins of our old ways of thinking.


Bruno Latour is a philosopher and sociologist of science at Sciences-Po Paris. He has written numerous books and articles on the anthropology of the modern world. He published Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique with éditions La Découverte in 2015 (Facing Gaia, Polity Press, 2017).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com