L’organisation du travail, une question politique
Qui fait quoi, pour qui, comment et pourquoi ?

REVUE MOUVEMENTS

Le travail sous la forme écrasante du salariat est devenu à ce point central dans nos sociétés qu’on en oublie parfois d’en interroger le sens. Non ce sens que chacun·e peut y chercher individuellement (selon une logique d’épanouissement personnel à quoi l’on associe désormais assez spontanément le travail) et que l’on peine parfois à trouver, mais sa signification sociale et politique, qui implique peut-être de dégager les raisons historiques qui ont présidé à sa mise en oeuvre. La manière dont on divise le travail, la manière dont on l’organise reflètent les rapports de force à l’œuvre dans nos sociétés ainsi que les formes qu’elles finissent par se donner et dans lesquelles bon nombre d’entre nous ne se retrouvent pas. Cette sacralisation du travail sous sa forme salariale – appelée, au XIXe siècle, travail libre par ses partisans – pose deux types de problèmes. Le premier concerne la place qu’il occupe au sein d’un univers social où d’autres formes de travail non protégé perdurent, rémunérées (souvent mal) ou non. Le second tient à ce que cette sacralisation occulte toute réflexion sur le sens du travail compris non seulement comme travail salarié ou emploi, mais au sens d’activité transformatrice (de la nature, de soi, de la société) – ce qu’au XIXe siècle les courants critiques du salariat nommaient travail émancipé. Le travail salarié semble l’alpha et l’oméga du travail tout court. Peut-être devrait-on dire du travail ce que l’on dit de la guerre : si cette dernière est chose trop sérieuse pour être confiée aux généraux, peut-être ne faudrait-il pas confier l’organisation du premier aux chefs d’entreprise, aux syndicats patronaux et aux responsables politiques qui leur servent de relais législatifs.

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Détails techniques
Collection : Revue Mouvements
Parution : 00/00/0000
ISBN : 9782348069543
Nb de pages : 182
Dimensions : * mm

REVUE MOUVEMENTS

Depuis novembre 1998, la revue Mouvements alimente le débat social culturel et politique dans une perspective résolument ancrée à gauche. Elle est animée par une équipe pluraliste, tant par les profils socioprofessionnels que politiques.
Mouvements scrute avec attention les transformations qui agitent notre société. Des questions aussi diverses que la flexibilité du travail, l’école, les transformations à l’Est, l’expertise, la famille, l'alternative au social-libéralisme, le Hip-Hop, l'humanitaire ont fait l’objet de dossier fouillés et originaux.
Mouvements travaille à sa façon à une refondation de la pensée de la gauche. Cela implique de promouvoir une démarche résolument réformatrice accrochée à un horizon radical de transformation sociale. Une démarche qui associe en permanence la résistance et le projet, la protestation et l'alternative, l'audace et le réalisme transformateur.
Outre un dossier thématique, on trouve dans chaque numéro des rubriques diversifiées permettant d'aborder les grands thèmes de la période aussi bien sur le plan politique que culturel ou de société dont un grand entretien avec un chercheur important, mais aussi un « journal européen » offrant un aperçu des débats en cours dans tel ou tel pays du continent.
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Table des matières

Dossier : L’organisation du travail, une question politique
Éditorial : L’organisation du travail, une question politique - Qui fait quoi, pour qui, comment et pourquoi ?
I / Faire de l’organisation du travail une question politique
Démocratiser, émanciper, libérer le travail : enjeux politiques en Europe occidentale, du XIXe au XXIe siècle, par Alexis Cukier
« Il faut une théorie de la coopération, du travail vivant individuel et collectif. », entretien avec Christophe Dejours ; propos recueillis par Simon Cottin-Marx et Stéphane Le Lay
Le travail et sa division mondiale : la mondialisation au prisme des rapports sociaux et des luttes à mener, entretien avec Jules Falquet ; propos recueillis par Auréline Cardoso et Olivier Roueff
Que font les profs ? Par Thomas Coutrot
À l’épreuve du télétravail, entretien avec Sophie Binet, Alexandra Jean et Frédérique Letourneaux ; propos recueillis par Emre Öngün et Karel Yon
II / Les métamorphoses de la subordination salariale
Les coopératives d’activités et d’emploi, une alternative organisationnelle fragile, entretien avec Antonella Corsani et Fanny Darbus ; propos recueillis par Stéphane Le Lay et Baptiste Mylondo
La création d’entreprise, remède aux maux du travail salarié ? Par Julie Landour
Aide à domicile : le développement du travail gratuit pour faire face aux objectifs inconciliables des politiques publiques, par François-Xavier Devetter, Annie Dussuet, Emmanuelle Puissant
Le rapport subjectif au travail dirigé par les algorithmes. Être livré à soi-même sur une plateforme capitaliste, par Fabien Lemozy et Stéphane Le Lay
III / Repenser les frontières du travail
Les communautés intentionnelles : des utopies concrètes du travail, entretien avec Michel Lallement ; propos recueillis par Simon Cottin-Marx et Auréline Cardoso
Exigence, compétences, pression et coopération au sein d’une boulangerie autogérée, entretien avec Pierre Pawin, artisan boulanger, co-fondateur et ancien coopérateur de La Conquête du Pain, Adeline de Lépinay
Un Planning Familial en autogestion : exercice de socio-analyse, par Auréline Cardoso
La dégénérescence dans les coopératives autogérées et des moyens de la combattre, par Samuel Hévin
Autogestion et entreprises libérées : une réappropriation en trompe-l’oeil ? Par Camille Boullier et Clément Ruffier
Division sexuelle du travail et domination sociale : retour sur quelques idées reçues, entretien avec Christophe Darmangeat, réalisé par Vincent Bourdeau, Ariel Guillet et Chloé Santoro
Itinéraire
Coopérer, (s’)éduquer, développer pour changer le monde, entretien avec Jean-François Draperi, propos recueillis par Simon Cottin-Marx et Olivier Roueff.