Éloge du conflit

Miguel BENASAYAG, Angélique del REY

Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de l’« anormal ».
Dans cet essai iconoclaste, Miguel Benasayag et Angélique del Rey explorent les racines et les effets délétères de cette idéologie. Analysant les différentes dimensions du conflit – entre nations, dans la société ou au sein même de l’individu –, les auteurs mettent à jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes. Ils démontent aussi bien les illusions de la « tolérance zéro » que celles de la « paix universelle » : nier les conflits nés de la multiplicité, ceux dont la reconnaissance fait société, c’est mettre en danger la vie. Le refoulement du conflit ne peut conduire qu’à la violence généralisée, et l’enjeu auquel nous sommes tous confrontés est bien celui de l’assomption du conflit, « père de toutes choses » selon Héraclite.

Version papier : 10,50 €
Version numérique : 8,99 €
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Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°361
Parution : février 2012
ISBN : 9782707171528
Nb de pages : 232
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782707183057
Format : EPUB

Miguel BENASAYAG

Miguel BENASAYAG

Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, anime le collectif « Malgré tout ». Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont aux Éditions La Découverte dont, avec Angélique del Rey, professeure de philosophie, Connaître est agir (2006) et Éloge du conflit (2007) ; et avec Pierre-Henri Gouyon, Fabriquer le vivant. Ce que nous apprennent les sciences de la vie sur ldes défis de notre époque (2012).

Angélique del REY

Angélique del Rey enseigne la philosophie dans un centre de postcure pour adolescents, en banlieue parisienne. Elle est l’auteure, avec Miguel Benasayag, de Plus jamais seuls. Le phénomène du téléphone portable (Bayard, 2006) et Éloge du conflit (La Découverte, 2007). Elle a également collaboré, avec des membres du Réseau Éducation sans frontières, à l’écriture de La Chasse aux enfants (La Découverte, 2008).

Extraits presse

« Dans nos sociétés contemporaines, l'idée même de conflit devient de plus en plus taboue. Nos nouvelles conceptions de vie commune tendent même vers l'intolérance à toute opposition. Or, nous expliquent les deux auteurs iconoclastes, cette nouvelle idéologie, interdisant aux oppositions de se manifester clairement est le chemin le plus sûr pour mener à la violence généralisée. »
LE FIGARO

« Extinction du désir, consensus mou ou polémiques bidons, gauche en déshérence, le débat public est atone. Pour sortir de la torpeur et de l'uniformisation des discours, Miguel Benasayag et Angélique Del Rey font l'éloge du conflit, de la multiplicité, du contradictoire et de la complexité. Stand up ! »
FLUCTUAT.NET

« Un ouvrage original et stimulant. »
L'ÉCOLOGISTE

 

Philosophe et psychanalyste, auteur d'une vingtaine de livres, Miguel Benasayag est un essayiste en pétard. Son nouvel essai, écrit en collaboration avec la philosophe Angélique del Rey, s'articule autour de trois fortes thèses : le conflit est indépassable, il existe dans les sociétés humaines du non-maîtrisable destiné à le rester, les sociétés modernes ne gagneront rien à refouler le conflit, si elles persistent à le faire elles n'obtiendront comme résultat que de la barbarie. […] Le conflit n'est pas l'affrontement. L'affrontement est schématique (camp contre camp), il veut un vainqueur écrasant et un vaincu écrasé. Le conflit, lui, suit les méandres et les complexités de la vie collective des hommes. Les sociétés démocratiques ou post-démocratiques sont des sociétés du consensus. Mais en refoulant le conflit, c'est l'altérité qu'elles écartent du même coup. Tolérante jusqu'à l'indifférence (ne plus faire de différence) notre société est en réalité, constatent les auteurs après Michel Foucault, la plus normative de toutes. Le biopouvoir (concept introduit par Foucault et renvoyant à la nouvelle politique des corps caractéristique des États modernes) opère sur fond de négation du conflit : le conflit n'existe pas, il n'y a plus que des problèmes techniques auxquels des mesures techniques (les tests ADN par exemple) apporteront des solutions techniques.[…] Mais l'essentiel se trouve sans doute ailleurs, dans ce mélange de critique radicale et de révolte tonique qui fait tout un style. Pessimisme de l'intelligence et optimisme de la volonté, disait Gramsci. À rebours de Sartre, les auteurs pensent qu'il faut désespérer Billancourt. Comment résister dans les temps d'après la révolution ? Est-il possible même de résister ? Les auteurs veulent le croire mais la condition en est lourde : que l'action renonce à ses ambitions globales. Car il s'agit de briser le cercle infernal espoir/attente/désillusion qui fut celui des révolutions. Autrement dit : quitter la métaphysique pour la vie, aux deux sens de l'équivoque. À l'heure où la plupart des discours entendus sont des rappels à l'ordre, il est salutaire que certaines voix rappellent au désordre, qu'elles rappellent qu'il y a du désordre et que nous n'avons ni raison ni intérêt à nous en satisfaire.

12/11/2007 - Christian Godin - L'Humanité

 

Table des matières

Introduction
I / Paysage de conflits
1. Du traitement des conflits en démocratie
La rivalité démocratique - La construction de l'« autre » comme inhumain
Démocratie et dévitalisation de la société
L'homme sans qualités
La loi ontologique et les lois de la cité
La voie du contre-pouvoir - L'homme est-il viable ?
2. Nos conflits intérieurs
D'un évitement des conflits au quotidien
Les images identificatoires de bonheur
« Ma vie ne me ressemble pas »
La division de l'âme
La psychanalyse comme effort pour assumer les conflits intérieurs
« Les confins de l'âme, tu ne les découvriras pas »
D'une assomption des conflits
3. Guerre et paix
Vers la paix perpétuelle ?
L'autorégulation de la guerre
La guerre comme pur affrontement
L'époque du terrorisme
L'art de la guerre...
... une pensée de la situation
La question de l'efficacité
II / Conflit et existence
4. Le refoulement du conflit
Sociétés de la transparence, sociétés sécuritaires
L'idéologie pastorale
La transcendance du politique
Le formatage du conflit
Du conflit comme auto-affirmation
Conflit et situation
Déplacements et tangentes
5. Conflit et logique de l'affrontement
La méthode sécuritaire : transformer tout conflit en affrontement
Complexité, simplicité et facilité
La surdétermination de l'affrontement
Conflit et identité
La lutte des contraires, principe de tout devenir
L'affrontement comme une dimension du conflit
Assumer l'affrontement
6. Les fondements du conflit
Le conflit est préhumain
Les corps sont des formes de conflit
Le conflit, le conatus et la progression vers la sagesse
Le conflit unifie dans la contradiction
Le tout dans la partie
Une dialectique sans synthèse
L'essence de toute singularité
III / Vers l'agir
7. En l'absence de toute solution
« Il faut désespérer Billancourt »
La fin de la solution « finale »
Le local et le global...
... ou l'engagement comme pari
Efficacité et non-agir
La fonction ne fait pas l'organe
La solution entre parenthèses
8. Agir et lien
La question du commun : la réponse humaniste
L'humaniste abstrait : vers la construction de l'inhumain
Le commun est à construire
La force du néolibéralisme
Humanisme et utilitarisme
Utilitarisme et sacrificiel
La substitution des « conflits d'intérêts » au soubassement conflictuel
9. Conflit et norme
De la violence en temps de paix
Arcs réflexes culturels
Jamais la société n'a été aussi normative
Le biopouvoir, ou le pouvoir qui nou dit comment bien vivre
Nos petites entreprises (qui connaissent la crise)
Biopouvoir et refoulement du conflit
Résister au biopouvoir
10. Lutte des « sans »
Conflit et limites de la croissance
Les « sans » : de nouveaux sujets sociaux ?
Dépassement du conflit et structure matérielle
Virtualisation du monde et luttes des « sans »
Résister, c'est créer
Conflit et puissance, pouvoir et représentation
Pensée du conflit et actions restreintes
Conclusion. Éloge du conflit, éloge de la vie.

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