Lorsque l’Armée rouge pénètre à Auschwitz, au mois de janvier 1945, elle découvre la réalité « innommable » de l’univers concentrationnaire. Situé dans le sud de la Pologne, près de l’actuelle frontière tchèque, le camp d’Auschwitz (Oswiecim) fut en effet le prototype le plus achevé du camp d’extermination : on estime qu’y furent assassinées entre 1,2 et 1,5 million de personnes, en grande majorité des juifs, non seulement polonais mais déportés de tous les pays d’Europe sous la domination nazie, hommes, femmes, enfants, vieillards, familles entières sans distinction, le plus souvent exterminés dans les chambres à gaz dès leur arrivée. Symbole de l’extermination des juifs d’Europe, le camp fut officiellement libéré le 27 janvier 1945.
La Découverte s’associe aux commémorations de ce soixantième anniversaire en publiant pour la première fois en édition de poche un document exceptionnel : Le commandant d’Auschwitz parle. Initialement publié chez Julliard en 1959, réédité à la Découverte il y a dix ans, il contient la transcription des mémoires du directeur du camp de 1940 à 1943, Rudolf Hoess, mémoires dictés avant son exécution par pendaison, sur le lieu même de ses crimes, le 2 avril 1947.
Nazi de la première heure, engagé dans la S.S. dès 1934, Hoess avait fait ses « classes » en Bavière dans le camp de Dachau. Archétype de la « banalité du mal » décrite par la philosophe Hannah Arendt, Hoess était un bon père de famille de cinq enfants, un fonctionnaire zélé attaché au meilleur fonctionnement possible de son organisation de mort industrielle. À ce titre, quoique parfois contradictoire, ce document est tout à fait irremplaçable et compte parmi les ouvrages essentiels d’une bibliographie désormais immense. Dans cette nouvelle édition, l’historienne Geneviève Decrop le met en perspective et fait un point sur le passionnant débat historiographique des années 1980-1990, débat qui a contribué de façon décisive, grâce au travail des chercheurs, des témoignages, des récits à mettre des mots sur l’« indicible ».
Bibliographie :
> Arno J. Mayer, La « solution finale » dans l’histoire
> André Sellier, Histoire du camp de Dora
> Patrick Coupechoux, Mémoires de déportés
> Pierre Vidal-Naquet, Réflexions sur le génocide. Les juifs la mémoire et le présent
Emmanuel Lechypre reçoit Alain Garrigou, auteur du livre La Politique en France.
N'en déplaise à certains clichés, l'écologie politique ne puise pas toutes ses racines idéologiques à droite. Toujours minoritaires mais pertinents, des penseurs de gauche ont depuis le XIXe siècle dessiné l'horizon d'une société écologique. Le philosophe Serge Audier en retrace l'histoire dans son livre La Société écologique et ses ennemis à paraître le 16 mars. Il était l'invité de "La suite dans les idées" de Sylvain Bourmeau samedi 11 mars pour en parler.