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Cerveau augmenté, homme diminué

Miguel BENASAYAG

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Le cerveau humain connaît, étudie, explique et comprend, au point qu’il en est arrivé à prendre comme objet d’étude… lui-même. Et les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau ébranlent profondément nombre de croyances au fondement de la culture occidentale. Car les remarquables avancées des neurosciences rendent en effet désormais envisageable pour certains la perspective d’améliorer le cerveau et de supprimer ses faiblesses et ses « défauts » : le rêve d’un cerveau « parfait » semble à portée de la main.
Cette vision conduit à considérer notre cerveau comme un ordinateur qu’il s’agirait d’optimiser en l’améliorant par divers outils pharmacologiques ou informatiques. À partir d’une vulgarisation très pédagogique de recherches récentes souvent très « pointues » en neurosciences, Miguel Benasayag montre ici, de façon fort convaincante, pourquoi ce nouvel idéalisme du « cerveau augmenté » est en réalité une illusion dangereuse : le monde qu’entendent préparer les transhumanistes et certains scientifiques risque fort d’être surtout habité par la folie et la maladie…
Une thèse critique solidement argumentée, qui a commencé à faire son chemin dans le milieu des chercheurs les plus préoccupés par les apories et les failles de ce nouveau mythe du progrès.
Introduction. Une rupture historique fondamentale
Quand le cerveau devient un organe « comme les autres »…
…dans un monde désenchanté et colonisé par la technologie : le rêve du « cerveau augmenté »
1. Cerveau augmenté, homme disloqué ?
La nouvelle science du cerveau, quatrième « blessure narcissique » de l’humanité
Puissance de la technologie, impuissance de l’homme
Les nouveaux défis de l’ère de l’anthropocène
Le cerveau, architecte de la réalité
Comprendre ou prévoir ?
2. La modernité bousculée par les neurosciences
La « liberté » absolue du cerveau selon les modernes
Au fondement du cartésianisme, le dilemme de l’âne idiot de Buridan
L’illusion d’un cerveau transparent
3. Quand le cerveau construit un monde
Connaissance et perception
La question de la conscience
La temporalité du cerveau : la machine du temps
4. La sculpture du cerveau
Pourquoi le cerveau ne fonctionne pas comme un ordinateur
Aux origines de l’extraordinaire plasticité cérébrale
Comment les informations corporelles modèlent le cerveau
5. Le cerveau déraciné
Les effets délétères du pouvoir hypnotique des écrans
Les informations « codifiées » ne peuvent pas sculpter le cerveau
L’absurde utopie du « cerveau sans corps »
6. La « révolution numérique », rupture anthropologique ?
De la coévolution homme-animaux à la coévolution homme-artefacts
Quand la technologie, pour la première fois, tend à la « machinisation » de l’homme
Possibles et compossibles : les apories de la postmodernité
Comment les possibles technologiques deviennent une obligation
7. Agrégats, organismes et mixtes : les trois modes d’être des systèmes organisés
Les agrégats : l’exemple de la voiture
Les organismes : l’exemple du nouveau-né
Les mixtes : l’exemple du langage
Menaces et espoirs des modes d’hybridation entre culture, biologie et technologie
8. Le cerveau sans organes, les organes sans cerveau
La leçon des étonnants mécanismes de plasticité et de recyclage neuronal
De l’individu au « profil » : le cerveau disloqué
Le nouveau formatage du neuromarketing et du big data
La puissance du « syndrome du pont de la rivière Kwaï »
9. Le cerveau ne pense pas, tout le corps pense
L’interface entre cerveau et pensée au cœur du phénomène humain
Dépasser le corps pour libérer l’esprit ?
Quand la conscience s’égare…
Ce que recouvrent le « sentiment de soi » et l’utilité de l’inutile
10. La mémoire et l’identité
Un travail permanent de construction et de reconstruction
Les tentatives de modifier la mémoire
La « mémoire du corps »
11. Morale et cerveau
L’hyperactivité, une pathologie ?
Le monde univoque de la technologie contre le monde polysémique de la culture
Codes moraux, codifications et réseaux neuronaux
La réponse magique de la technoscience à la question de la négativité
12. Le cerveau modulaire : à propos des sourds et des compétences
Les enseignements de la culture sourde
Le programme de déstructuration de la pédagogie par compétences
13. Les affects et les modules, le cerveau des affects
Les affects, de simples illusions ?
Amour, bonheur et plaisir : la machine n’est pas le paysage
Des affects, des rats et de la pornographie
En guise de non-conclusion. Résister à l’artefactualisation du monde.
Profondément philosophe, Miguel Benasayag sait prendre à tout moment le recul de la pensée. Ni technophile, ni technophobe (une position qui était déjà celle de Luc Ferry sur le même sujet), il se demande ce que peut signifier cet homme au cerveau augmenté dans lequel il sera peut-être possible de télécharger des compétences ou de récupérer des souvenirs perdus. Et, de façon plus profonde, pourquoi la technique en est venue à occuper le centre de la scène. L’auteur répond que, sur fond d’échec de nos terribles utopies politiques, l’homme se livre à une technologie dont la vie et la culture ne seront que des segments, où la singularité même d’homme aura disparu, car si vous êtes un peu triste, un cerveau-ordinateur vous remettra un peu de joie.

30/05/2016 - André Masse-Stamberger - Le Quotidien du Médecin

 

C’est un fait. Les progrès récents des neurosciences ont levé un large coin de voila sur les mystères du cerveau. « À l’étude du fonctionnement neuronal rendue possible par la technologie, s’ajoutent les connaissances nouvelles sur la biochimie du système nerveux qui nous enseignent comment les molécules interviennent dans la régulation fine des pensées, des sensations et des affects », constate le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag, dans son dernier ouvrage. Problème : ces avancées servent en même temps de paravent aux tenants d’une vision totalement instrumentale du cerveau. De la modélisation des mécanismes cérébraux, on glisse en effet très vite vers l’identification du cerveau à un ordinateur et la réduction de la personne à un « simple programme ». il s’agit donc de dégager les implications d’une telle approche, pour pouvoir ensuite y résister, sans technophobie. Et c’est à cela que s’attache Miguel Benasayag. Contre le réductionnisme numérique, et le fantasme sous-jacent d’un « cerveau augmenté », l’auteur rétablit quelques distinctions élémentaires.

02/06/2016 - Laurent Etre - L'Humanité

 

Docteur en biologie, philosophe et psychanalyste, Miguel Benasayag mobilise avec brio ses multiples compétences pour cette défense et illustration de la vie dans toute sa complexité et sa richesse. En effet, une utopie mine notre modernité : la quête d’un cerveau parfait par l’augmentation des fonctions cérébrales, notamment promue par les tenants du transhumanisme. Or ce projet est un piège, selon Benasayag, celui d’une transcendance par la technique qui entend détourner à son profit la rupture anthropologique que nous sommes en train de vivre : cette aspiration conduit à méconnaître la complexité du vivant. Benasayag rappelle que « le cerveau [seul] ne pense pas, tout le corps pense » ; le cerveau pense avec son corps et dans son contexte. Le cerveau est limite dans le temps et l’espace. Loin d’être un handicap, cette limitation est la condition du sens. Loin de mépriser la « rupture historique fondamentale » qui fait du cerveau un « organe comme les autres », le philosophe entend saisir l’apport des neurosciences dans toute sa richesse et non comme le moyen d’une réduction matérialiste de l’homme. « Le défi de notre époque consiste donc essentiellement à articuler nos fantastiques connaissances et la puissance de la technologie avec la connaissance et le respect des circuits de la vie. » Les chemins sont multiples dans cette hybridation entre l’humain et ses artefacts, rien n’est encore joué et c’est au cœur de cette hybridation que ces chemins doivent être ouverts. Ce à quoi contribue cette passionnante discussion.

10/10/2016 - Franck Damour - Études

 

ENHANCED BRAIN, DIMINISHED MAN


Some people think that, because of advances in neuroscience we can envisage improving the brain and eliminating its weaknesses and “defects.” The dream of a “perfect” brain seems within reach. Miguel Benasayag shows why, in reality, this new ideal of the “improved brain” is a dangerous illusion. There is a considerable risk that the world the transhumanists and some scientists intend to create will be filled with madness and disease.


Miguel Benasayag, is a philosopher and psychoanalyst. He heads the “Malgré tout” collective. He is the author of numerous works for Éditions La Découverte among which are, Connaître est agir (To know is to act) (2006) and Éloge du conflit (In praise of conflict) (2007) with Angélique del Rey, professor of philosophy; and, with Pierre-Henri Gouyon, Fabriquer le vivant. Ce que nous apprennent les sciences de la vie sur les défis de notre époque (Manufacturing life. What the life sciences teache us about the challenges of our age) (2012). His latest publication for La Découverte is Clinique du mal-être. La “ psy “ face aux nouvelles souffrances psychiques (A study of angst. Psychiatry faced with new psychological problems) (2015).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com
 
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