L'ironie est louée de toutes parts. Elle peut faire rire et réfléchir tout à la fois. En jouant sur des effets de mention et d'écho, elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants.
Mais jusqu'à quel point cette parole critique est-elle politique ? Permet-elle de souder une communauté politique ou plutôt d'entretenir certains préjugés dans le confort de l'entre-soi ? Est-elle un instrument d'émancipation susceptible de renverser les hiérarchies ou bien l'expression d'un privilège (genré, lettré, etc.) ?
Certes, l'ironie remet en cause notre tendance à adhérer sans réfléchir aux discours en vogue. Mais elle est aussi une parole d'esquive, qui rechigne à fixer un contenu, qui refuse de prendre parti, qui fait un pari risqué : répéter un discours-cible pour le ridiculiser, au risque cependant de le normaliser.
Loin des distinctions faciles entre la " bonne " et la " mauvaise " ironie (ce qui revient, en réalité, à distinguer l'ironie qui nous plait et celle qui ne nous plait pas), ce livre, en analysant de nombreux exemples polémiques, mène l'enquête sur les ambigüités politiques de l'ironie dans le monde contemporain.




2026-01-01 - Patrice Bollon - Lire/Le Magazine littéraire
Depuis que Socrate en a fait une arme discursive (en feignant l'ignorance pour exposer la faiblesse de l'autre), nous avons appris à en faire usage, parfois jusqu'à plus soif. Le problème, c'est que comme l'analyse finement la linguiste Laélia Véron dans son essai co-écrit avec Guillaume Fondu, l'ironie nous divise, puisqu'elle appuie là où cela fait du bien pour les un·es, et là ou cela fait du mal pour les autres. Tout sauf consensuelle, l'ironie tire sa force et sa limite de sa hargne subversive. Arme discursive redoutable, l'ironie "semble pouvoir se prêter à des fins très diverses'. C'est l'éclaircissement de ces fins diverses que le livre prend pour objet, en cartographiant dans le paysage de l'humour actuel les différents points d'accrochage possible, de ses modes d'écriture à sa capacité à rassembler ou diviser... [...].
2026-01-12 - Jean-Marie Durand - Les Inrockuptibles
Militant dans un parti, citoyen concerné ou simple observateur - parfois à distance - de la vie politique: tout profil trouvera son bonheur dans cet ouvrage. Alerte, sans jargon inutile ni raisonnement alambiqué, il s'aborde sans diffi culté. D'autant que Laélia Véron et Guillaume Fondu illustrent leurs propos théoriques de multiples exemples éclairants. Ils empruntent à l'actualité récente comme à la rhétorique antique afin de mettre leurs hypothèses et convictions en perspective. Chaque chapitre s'attache à un visage spécifique de l'ironie, depuis sa "rencontre" avec le dis cours et l'action politiques, jusqu'à sa fonction "critique", en passant par ses vertus "pédagogiques", le " lien communautaire" qu'elle ins taure mais aussi "l'arme" ambiguë qu'elle représente. Cette progression accompagne celle du lecteur, invité, in fine, à cultiver une saine distance avec l'ironie.
2026-01-23 - Emmanuelle Giuliani - L'essai de la semaine - La Croix l'Hebdo
Poursuivant son travail sur les liens entre langage et pouvoir, la linguiste Laélia Véron décrypte dans son dernier essai l'ironie. Pour en révéler les pièges et les ambiguïtés. (...) Et elle s'y emploie avec finesse et rigueur en alliant réflexion philosophique et analyse comparée des discours, exemples polémiques à l'appui. On ne trouvera donc pas, dans cet essai exigeant et pourtant accessible (la vulgarisation du savoir étant l'un des moteurs de Laélia Véron) les prêts-à-penser en vogue tel que "l'humour est politique". Ni les distinctions faciles entre la bonne ironie qui s'attaquerait aux forts et la mauvaise qui accablerait les faibles. L'analyse est bien plus fine, et par là même stimulante.
2026-01-29 - Alexia Vidot - La Vie
Universitaire spécialisée dans les liens entre langage et pouvoir, Laélia Véron décrypte les différents visages et usages de l'ironie avec Guillaume Fondu, normalien et agrégé de philosophie. Vif et documenté " T'es sérieuse ? " Problèmes politiques de l'ironie, s'intéresse plus particulièrement à l'ironie dans la parole politique, militante, contestataire, pédagogique, communautaire.
2026-01-30 - Minh Tran Huy - Madame Figaro
Si l'ironie jouit d'un véritable prestige, maniée par Socrate comme par Voltaire, ses usages contemporains sont plus ambigus, comme le démontre le récent essai "T'es sérieuse ?".
2026-02-01 - Alexandre Lacroix - Philosophie magazine
La chercheuse en linguistique et le philosophe spécialiste des études marxistes interrogent l'ambivalence politique de cette figure de réthorique et auscultent certaines manifestations actuelles de l'humour. (...) La réflexion que mène l'ouvrage sur les frontières entre satire, cynisme et relations de pouvoir, s'ouvre cependant sur une qualité insoupçonnée de l'ironie : la manière dont elle peut détourner l'attention du présent afin d'imaginer l'avenir ou de l'esquiver.
2026-02-05 - Eric Payonne - L'Humanité
Dans son ouvrage " T'es sérieuse ? ", la linguiste Laélia Véron, passée par des émissions humoristiques deFrance Inter et de Radio Nova, dissèque les rapports entre ironie et politique, entre promesse de changer le monde et catharsis face à sa violence.
2026-02-09 - Noé Mégel - Libération

Avant-propos. Ironie et pouvoir
Introduction. " Je suis antisémite " : d'Alain Finkielkraut à Blanche Gardin, vertiges de l'ironie
Chapitre 1. Grands discours et sourires en coin. Quand ironie et politique se rencontrent
Humour, ironie et politique : entre suspicion et légitimation
Le piège de la binarité : le bon et le mauvais, le vrai et le faux
Sortir du consensus universitaire
Quand l'ironie légitime la critique (et
vice versa)
Le gout universitaire pour l'ironie : un gout social ?
Pour une approche discursive comparée
Parole politique et parole ironique : la question des normes collectives
Chapitre 2. L'ironie comme méthode pédagogique ? De Socrate à Guillaume Meurice
Retour à Socrate
Les chroniques de Guillaume Meurice : piège ou pédagogie ?
Ironie littéraire et itinéraire pédagogique
Usages militants de l'ironie
Ironie et débat : convaincre ou faire bloc
Chapitre 3. L'ironie comme lien communautaire. Créer, entretenir, figer un " nous " ?
La communauté politique : " nous " contre " elles/eux "
Communauté ironique et communauté politique
Intégrer la communauté ironique
Ironie et démagogie
L'unification par l'exclusion
Interroger la communauté
Ambivalences de l'auto-ironie
Chapitre 4. L'ironie comme arme. Dominations et rapports de pouvoir
Ironie dominatrice, ironie libératrice ? Identifier et transformer les rapports de pouvoir
Qui peut ironiser, contre qui ?
Élitisme inconscient et misérabilisme exacerbé
Des relations de domination complexes
L'ironie, arme de domination ou contre les dominations ?
Le retournement du stigmate
via l'ironie : une stratégie ambigüe
Replacer l'ironie dans des rapports de force plus généraux
Chapitre 5. L'ironie comme critique de l'actualité. S'éloigner du présent pour imaginer ou pour oublier l'avenir ?
L'ironie ou la désadhésion lucide vis-à-vis du présent
Le scénario politique : parier sur l'avenir à partir du présent
Ironie, créativité et posture apolitique
La satire comme mise en pratique du travail critique de l'ironie
Le ludisme : quand l'ironie n'est qu'un jeu Le cynisme : quand l'ironie se fait insignifiance
Conclusion. Un peu de sérieux ?
Remerciements
Notes.