La croissance verte contre la nature
Critique de l'écologie marchande

Hélène TORDJMAN

Fabriquer de toutes pièces des micro-organismes n’ayant jamais existé pour leur faire produire de l’essence, du plastique, ou absorber des marées noires ; donner un prix à la pollinisation, à la beauté d’un paysage ou à la séquestration du carbone par les forêts en espérant que les mécanismes de marché permettront de les protéger ; transformer l’information génétique de tous les êtres vivants en ressources productives et marchandes… Telles sont quelques-unes des « solutions » envisagées aujourd’hui sous la bannière de la transition écologique, du Pacte vert européen ou du Green New Deal pour répondre tout à la fois à la crise climatique, au déclin de la biodiversité et à la dégradation de la biosphère. Sont-elles vraiment en mesure de préserver la planète ?
En disséquant les ressorts idéologiques, techniques et économiques de ce nouveau régime de « croissance verte », Hélène Tordjman montre que ses promoteurs s’attachent plutôt à sauvegarder le modèle industriel qui est la cause de la catastrophe en cours. Alors que de nouvelles générations de carburants « biosourcés » intensifient une logique extractiviste et contreproductive et que l’élargissement du droit de la propriété intellectuelle à toutes les sphères du vivant permet à quelques firmes de s’approprier l’ensemble de la chaîne alimentaire, l’attribution de prix aux « services écosystémiques », le développement de dispositifs de compensation écologique ou les illusions d’une finance prétendument verte stimulent un processus aveugle de marchandisation de la nature.
Loin d’opérer la rupture nécessaire avec le système économique qui nous conduit à la ruine, ce mouvement témoigne en réalité d’une volonté de maîtrise et d’instrumentalisation de toutes les formes de vie sur Terre et d’une foi inébranlable dans les mécanismes de marché. Refuser cette fuite en avant est le premier pas à engager pour tracer enfin une autre voie.

Version papier : 22 €
Version numérique : 15,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : 25/03/2021
ISBN : 9782348067990
Nb de pages : 352
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782348068089
Format : EPUB

Hélène TORDJMAN

Hélène TORDJMAN
Hélène Tordjman est économiste, maîtresse de conférences-HDR à l’université Sorbonne Paris-Nord et membre du Centre de recherche en économie de Paris Nord (CEPN, UMR-CNRS 7234).

Extraits presse

Les grands dirigeants seraient-ils devenus écolos ? Évidemment, non. Mais encore faut-il l’étayer, et c’est la réussite de ce livre méticuleux. Hélène Tordjman démolit les soi-disant « solutions » pour répondre à l’urgence écologique. […] Ce « capitalisme vert » fonctionne sur le fantasme, au cœur du pacte vert européen, d’un découplage entre croissance économique et utilisation des ressources.

2021-04-01 - Youness Bousenna - Socialter

 

L’économiste Hélène Tordjman montre comment, sous couvert de « transition écologique », le capitalisme financiarisé poursuit sa destruction de la planète. [...] Avec beaucoup de didactisme malgré la complexité du sujet, [elle] montre comment, sous couvert de « transition écologique et numérique », de « progrès » ou encore de « croissance verte », les grandes institutions internationales, les États et les multinationales ne font in fine qu’aggraver la crise écologique qu’ils et elles, main sur le coeur, assurent vouloir stopper… après en avoir été à l’origine. [...] Il est ainsi question de la fabrication de nouveaux organismes destinés à produire de l’essence ou du plastique, de «big data», de nanotechnologies ou encore de la privatisation d’informations génétiques, transformées en ressources destinées à un échange marchand. En bref, d’une monétisation et d’une «financiarisation de la nature» [...]. Elle consacre ainsi des pages passionnantes et sans manichéisme à l’autoaccroissement et à l’autonomie de la technique moderne. «Les nouvelles techniques vont à leur tour créer de nouveaux problèmes, qui nécessiteront l’invention de nouveaux moyens, et cela dans un processus sans fin. »

2021-04-15 - Amélie Quentel - Reporterre

 

Table des matières

Introduction
Remarques générales sur le langage et le vocabulaire
1 - La convergence NBIC, un projet de société
« Des technologies convergentes pour augmenter la performance humaine » : une utopie en marche
De la convergence NBIC à la « bioéconomie »
2 - Quand la recherche de l’efficacité se retourne contre elle-même : la contre-productivité des agrocarburants
Les agrocarburants de première génération : pollutions multiples et perte de souveraineté alimentaire
Les agrocarburants « avancés » : nouvelles solutions, nouveaux problèmes
3 - Des semences « augmentées », ou la science au service de nouvelles enclosures
La privatisation des variétés végétales
Progrès scientifique et extension de la propriété intellectuelle
Les brevets sur les procédés d’obtention : les nouvelles techniques d’obtention variétale
4 - Protéger la nature à l’ère contemporaine : « capital naturel » et « services écosystémiques »
La financiarisation des esprits
Les institutions de la conservation de la nature
L’émergence d’une gouvernance internationale : le pouvoir de la «soft law»
5 - La dématérialisation de la nature : une nouvelle classe de marchandises fictives
Le grand inventaire des manifestations de la vie sur Terre
L’évaluation monétaire des services écosystémiques
Les dispositifs de valorisation des services écosystémiques
6 - Faire confiance à la finance ?
Des outils pour orienter l’investissement vers des activités « vertes »
Le rôle crucial des benchmarks ESG
La gestion des risques : des produits financiers « adossés » à la nature
Conclusion. Changer de cap : quelques pistes de réflexion et d’action
À l’échelle microéconomique
À l’échelle mésoéconomique
À l’échelle macroéconomique
Remerciements.



Droits étrangers

UNNATURAL GREEN GROWTH
A Critique of Market-Based Environmentalism

In this book, Hélène Tordjman demonstrates that instead of making a much-needed break with the system that is leading us straight toward disaster, the new regime of green growth displays a desire to instrumentalize all forms of life on Earth and an unshakeable faith in the workings of the market. Refusing the headlong rush toward so-called progress that it envisions is the first step in imagining an economic model that is truly different and respectful of nature.


Hélène Tordjman is an economist, lecturer, and researcher at the University Sorbonne Paris-Nord, and a member of the Center for Economics Research Paris Nord (CEPN, UMR-CNRS 7234).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com