Héritocratie
Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020)

Paul PASQUALI

Pour relancer un « ascenseur social » interminablement en panne, les grandes écoles affichent depuis quelques années leur ouverture à la « diversité » et leur volonté de renouer avec la méritocratie qu’elles auraient incarnée par le passé. Certains les accusent au contraire d’instaurer des critères étrangers au mérite, quand d’autres dénoncent une volonté de sceller le sort des universités, reléguées à la gestion des flux étudiants. Mais, de la IIIe République à nos jours, les grandes écoles ont-elles jamais récompensé le mérite ?
En retraçant les controverses oubliées et les choix politiques qui ont garanti les prérogatives de ces établissements et ainsi légitimé un haut niveau de reproduction sociale, cette enquête sociohistorique montre que rien n’est moins sûr. Si l’évocation rituelle de figures emblématiques de boursiers entretient le mythe d’un âge d’or méritocratique, l’histoire de ces filières d’excellence révèle la pérennité d’un système héritocratique, grâce auquel des élites résolues à défendre leurs frontières et leurs intérêts parviennent à consacrer leur héritage comme un privilège mérité.
Replacée dans des rapports de force qu’occulte la croyance en l’égalité des chances, l’introuvable démocratisation des grandes écoles ne s’explique pas par un complot de caste, mais par une succession de luttes dont les élites en place sont régulièrement sorties victorieuses. Face aux perspectives de changement et aux projets de réforme, elles ont su se mobiliser pour restaurer l’ordre qui était sur le point de s’ébranler. Des lendemains de la Commune au Front populaire et à la Résistance, de la Libération à Mai 68 et aux années Mitterrand jusqu’à Parcoursup et la refonte de l’ENA, la continuité qui s’observe derrière les secousses éphémères et les évolutions structurelles ne relève donc pas d’une mécanique implacable – ni d’une fatalité politique.

Version papier : 21 €
Version numérique : 14,49 €
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Détails techniques
Collection : SH / L'envers des faits
Parution : 26/08/2021
ISBN : 9782348042683
Nb de pages : 320
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782348070198
Format : EPUB

Paul PASQUALI

Paul PASQUALI
Paul Pasquali est sociologue, chargé de recherche au CNRS. Il a notamment publié, avec Gilles Laferté et Nicolas Renahy, Le Laboratoire des sciences sociales. Histoires d’enquêtes et revisites (Raisons d’agir, 2018) et, à La Découverte, Héritocratie. Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (2021), ainsi que Passer les frontières sociales. Comment les « filières d’élite » entrouvrent leurs portes (rééd. La Découverte/Poche, 2021).

Extraits presse

Le sociologue Paul Pasquali déconstruit le mythe de l’égalité des chances et esquisse des pistes de réforme. Il montre comment la distance entre les filières d’élites et les universités n’a cessé de se creuser en cent cinquante ans. Des lendemains de la Commune jusqu’à Parcoursp, il retrace l’histoire des controverses et des choix politiques qui, en dépit de multiples réformes et tentatives d’ouverture, ont permis à ces écoles de conserver un haut niveau de reproduction sociale. Dans cette succession de luttes, les élites en place, résolues à défendre leurs frontières et leurs intérêts, sont toujours parvenues à consacrer leur héritage comme un privilège mérité.

2021-08-26 - Michel Soudais - Politis

 

Une vaste enquête sur les élites, leur fabrique, leur repères et leurs stratégies sur 150 ans, qui vient de paraître à La Découverte et qui tient du tour de force.

2021-09-03 - Chloé Leprince - France Culture

 

C’est une histoire de décisions et de luttes politiques. Le sociologue et chargé de recherche au CNRS, Paul Pasquali, en fait le récit dans un livre important et dont le titre, très fort, Héritocratie, interpelle.

2021-09-06 - Louise Tourret - France Culture

 

Un passionnant essai retraçant l’histoire de ces établissements dits d’excellence depuis l’avènement de la IIIe République et sa conception moderne du mérite républicain.

2021-09-06 - Amélie Quentel - Les Inrocks

 

Ce livre brillant nous incite à ne pas cesser de questionner le fonctionnement de nos écoles, grandes et petites.

2021-09-10 - Gilles Bastin - Le Monde des Livres

 

L’âge d’or de la méritocratie n’a jamais existé. Balayant cent cinquante ans d’histoire des grandes écoles, le sociologue Paul Pasquali déconstruit patiemment le mythe, montrant que depuis l’avènement de la IIIe République, celles-ci sélectionnent les élites et organisent la reproduction sociale, invoquant le mérite pour légitimer leur pouvoir. [...]À travers le récit des conflits qui dessinent l’histoire des grandes écoles, l’un des mérites de ce livre est de mettre au jour tous leurs possibles non advenus, inventifs et audacieux.

2021-09-10 - Marguerite de Lasa - La Croix

 

Dans « Héritocratie », Paul Pasquali raconte les « mésaventures du mérite » dans une école républicaine plus citadelle que tremplin.

2021-09-15 - Frédéric Pagès - Le Canard enchaîné

 

"L'héritocratie" n'est pas seulement une façon de retracer l'histoire des luttes politiques qui permettent aux classes supérieures de se perpétuer. Ce concept nous invite à rompre avec une conception classiste, restrictive et faussement consensuelle du mérite, fondée sur la performance scolaire.

2021-09-29 - Charles Perragin - Philosophie Magazine

 

Le sociologue Paul Pasquali déconstruit le mythe d’un élitisme républicain égalitaire fondé sur le mérite.

2021-09-30 - Simon Blin - Libération

 

Table des matières

Introduction
Les grandes écoles, ou le mérite en héritage
Une histoire critique de la méritocratie française
À qui profite le mérite ?
De l’héritocratie en république
Les coulisses de l’enquête et le regard du sociologue
1. Quelques rois nés du peuple et qui donnent un air de justice à l’inégalité
Des boursiers qui disent non
Le fantôme de Condorcet auquel Jaurès ne croyait pas
Barrières et niveaux dans la République des boursiers
2. De petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps
« Refaire une tête de peuple »,avec ou sans lui ?
Les grands corps ne meurent jamais
Marc Bloch, la Résistance et les « jours heureux »
3. La classe bourgeoise peut dormir tranquille
La loi du phénix et le théorème du guépard
Beaucoup de bruit pour (presque) rien
Des universitaires contre les grandes écoles
Quand l’« appareil élévateur » était déjà en panne
4. Cela peut durer très longtemps si l’on ne fait pas d’omelette avant
Spectres et réalités de la sélection avant 1968
Vous avez dit « démocratisation » ?
Le Mai des grandes écoles
Les silences de la loi Faure, ou comment serrer les rangs
Que l’on protège les forts contre les faibles
5. Ils durent néanmoins essuyer des mesquineries de caste
L’euphorie de 1981 et les fantômes de 1968
La « troisième voie », une brèche dans la forteresse
Adieux au prolétariat, triomphe de la noblesse d’État
6. Ce n’est pas de la philanthropie, mais de la lucidité
Des lieux communs au mot d’ordre d’ouverture sociale
Plus qu’un alibi : des banlieusards à Sciences Po
Les grandes écoles face à leurs responsabilités
Liberté, diversité, fraternité : le « moment Sarkozy »
7. Nous ne sommes pas des magiciens
Les boursiers et leur « niveau », retour sur un scandale
Sciences Po et l’héritage Descoings, ou la réforme comme talisman
Tout sauf des quotas, ou les petits pas des grandes écoles
Ce qu’ouvrir peut dire : des réformes sur mesure et leurs bilans
Un volontarisme en trompe-l’oeil
Les quotas Parcoursup et la politique des algorithmes
Épilogue : un air de déjà-vu ?
Conclusion
Encore de nos jours, les spirites n’admettent chez eux aucun incrédule

Historiciser la croyance méritocratique
Les leçons du temps long
Mythe et réalité de l’ascenseur social
Déconstruire l’héritage, repenser le mérite
Remerciements
Notes.