Au terme d'un siècle marqué par plusieurs génocides et d'innombrables autres actes de violence contre des civils, une question reste en suspens : pourquoi certains hommes acceptent-ils d'être des " exécuteurs " de ces crimes, alors que d'autres le refusent ? Après que de nombreux travaux ont été consacrés aux victimes, aux bourreaux et aux résistants, Philippe Breton identifie, dans ce livre, une nouvelle catégorie d'acteurs : les " refusants ".
En dépit de leur quasi invisibilité - ils commentent rarement leur acte -, on trouve des refusants aussi bien parmi les SS durant la Seconde Guerre mondiale, parmi les génocidaires au Rwanda, dans les guerres du Viêt-nam ou d'Algérie, ou encore parmi les kamikazes islamistes. N'évoquant aucune idéologie politique, religieuse ou même humaniste, ces personnes ne sont pas des résistants. Alors que les tueurs en appellent à la vengeance - bien plus qu'à la haine raciste ou à la nécessité d'obéir aux ordres - pour que s'exerce une " légitime justice ", les refusants se révèlent imperméables à cet argument. Dès lors, une nouvelle question se pose : pourquoi, dans des contextes de crise extrême, certains sont-ils accessibles à la problématique de la vengeance et d'autres non ?
Grâce à une longue enquête, Philippe Breton apporte une contribution inédite aux débats sur les mécanismes de la violence, insistant sur l'importance que revêt encore aujourd'hui le principe de vengeance dans l'éducation et la culture de la plupart des sociétés humaines.


2010-03-04 - Olivier Cléach - Liens socio
" L'analyse de la violence criminelle forme un vaste corpus des sciences sociales. A la mesure de la fascination plus ou moins morbide qu'elle suscite; de nombreux chercheurs et romanciers ont tenté de saisir ce qui agite au fond de lui-même l'exécuteur, le bourreau, le complice de la torture ou l'individu soumis à l'autorité. Étrangement le contechamps de la violence - le refus obstiné d'y recourir - reste flou, comme si le passage à l'acte suscitait plus de curiosité que le fait de s'y soustraire. Il se cache pourtant autant de mystère dans ce refus discret de la violence que de haine dans l'état furieux qui y mène. C'est le grand mérite de l'anthropologue Philippe Breton, spécialisé dans l'étude de la parole, que de tenter de définir les contours psychologiques de ces individus qui, dans un contexte politique les poussant à commettre des crimes de masse, se rétractent. "
2026-05-01 - PRESSE

Introduction
1. Qui sont les refusants ?
Dans l'œil du cyclone
Les massacres sur le front de l'Est
Les crimes de guerre du conflit vietnamien : My Laï (1968)
Torture et exécutions sommaires dans la guerre d'Algérie
Y a-t-il eu des refusants au Rwanda ?
La volte-face du kamikaze
2. Jusqu'ou peut-on étendre la notion de refusant ?
Le refus des crimes de guerre
Ne pas être complice de crimes en préparation
L'expérience de Milgram
La peur du sang : le refus de continuer à tuer
Combien y a-t-il de refusants ?
3. Comment expliquer le geste des refusants ?
Le silence sur cette réalité
La rivalité des acteurs
La fascination pour la question du Mal
Comment expliquer la bifurcation des destins ?
4. Un opposant à la sauvagerie ?
L'exécuteur est-il un sauvage ?
Les effets de la " division psychique "
5. Un sujet libre et antiraciste ?
Deux paradigmes explicatifs dominants
Une vision irénique du refusant
Un refusant libre et désobéissant ?
Un refusant humaniste antiraciste ?
6. La vengeance comme cadre d'action
L'hypothèse de l'argument vindicatif
Paroles de vengeance
Un nouveau cadre d'interprétation
7. Les raisons de la séparation des trajectoires
La " légitimité " du principe vindicatif
Le jeu des circonstances
Les effets de la socialisation par la violence
Profils croisés des exécuteurs et des refusants
Conclusion
Bibliographie