On ne les voit nulle part en France. Pourtant, les " esclaves modernes " sont partout : derrière les murs de belles demeures ou d'appartements modestes, sur les chantiers, dans les champs, les vignes, mais aussi les restaurants, les commerces de proximité. Invisibilisé.es et fondu.es dans nos décors, en bas de chez nous. Comment devient-on " esclave " aujourd'hui ? Comment survivre à cette situation, y résister, et en sortir ? Que sait-on des individus qui en asservissent d'autres – en toute illégalité, mais souvent sans être inquiétés ?
Fruit d'une enquête de terrain inédite, Comme des esclaves explore l'épaisseur de la surexploitation au plus près des personnes qui la vivent et de celles qui l'imposent. Il éclaire d'un jour nouveau les conséquences insoupçonnées de décisions gouvernementales qui, au nom des prétendus bienfaits du capitalisme global, contribuent à forger des chaînes d'exploitation. Car si l'" esclavage moderne " existe bel et bien aujourd'hui en France, c'est parce que des politiques migratoires, sociales et économiques favorisent l'extrême servitude des un·es et l'extrême domination des autres.
À distance de tout misérabilisme, ce récit sensible invite à questionner les frontières souvent floues entre contrainte et consentement, vie et survie, logiques de profit et surexploitation, qui traversent les existences de millions de salarié.es.



2026-08-26 - Jean-Marie Durand - Les Inrockuptibles
Ils travaillent du matin jusqu'au soir, jusqu'à l'épuisement du corps. (...) Autant de victimes invisibles dans une société française qui a du mal à concevoir leur existence au pays de la liberté. Qui sont-ils ? Comment sont-ils devenus des esclaves ? Qui abuse de leurs bras ? (...) La sociologue [Alizée Delpierre] mêle habilement les histoires des victimes à l'analyse.(...) Malgré la brutalité de certains témoignages, le lecteur parvient souvent à rester à la juste distance du phénomène décrit. On en ressort ni fataliste ni découragé, grâce au parti pris de l'autrice de montrer les portes de sortie de l'esclavage moderne.
2026-08-28 - Olivier Tallès - La Croix l'Hebdo
Difficile de savoir combien de personnes seraient vraiment concernées aujourd'hui [par l'esclavage moderne] car les statistiques ne révèlent que la partie visible des situations dénoncées. (...) Très peu de dépôts de plainte débouchent sur une condamnation, tant il est difficile de caractériser ces situations comme des cas de travail forcé. Non qualifiées, elles restent invisibles. Ce qui rend d'autant plus précieux un tel travail ethnographique qui fait émerger la parole de ces gens de peu.
2026-09-01 - Frédérique Letourneux - Sciences Humaines
Après Servir les riches, sur les domestiques de très grandes fortunes, Alizée Delpierre nous propose une enquête de terrain sur l'esclavage moderne. Un travail remarquable qui se termine sur une note optimiste consacrée au rôle libérateur des sciences sociales, " résolument tournées vers la construction d'un avenir meilleur ".
2026-09-01 - Naïri Nahapétian - Alternatives économiques
On en sait peu sur qui se passe derrière les murs des centres de rétention, dont l'architecture et le fonctionnement empruntent à l'univers carcéral. Après plusieurs refus, la sociologue Louise Tassin, post-doctorante au Centre européen de sociologie et de science politique (Cessp) a obtenu l'autorisation d'accéder à ce quotidien, qu'elle documente dans un livre. Nourrie d'une immersion de plusieurs mois dans deux centres de région parisienne, son enquête l'a aussi conduite à Lampedusa, en Italie, et à Lesbos, en Grèce, afin d'identifier des logiques communes à ces dispositifs, au-delà des spécificités locales. (...) Alors que, partout, ces étrangers expriment un sentiment d'injustice, refusant non seulement les expulsions mais aussi le fait d'être traités comme des criminels, cette enquête montre comment la rétention fabrique la criminalisation des étrangers en situation irrégulière.
2026-09-04 - Marion Perrier - Alternatives économiques

Introduction. Au coeur de l'exploitation
De l'exploitation au travail en France
De l'exploitation à la surexploitation
Un objet insaisissable ?
Des enjeux éthiques et scientifiques
Une enquête qui tombe à pic
1. Un tabou en France
Ne parlons pas d'esclavage
La liberté d'être contraint
La famille n'exploite pas
Le poids des routines
2. Tomber dans la surexploitation
Étrangers, sans papiers et prolétaires : la triple peine
La force de la confiance
Consentir sous la contrainte
Familles ébranlées, États fracturés
3. Un corps poussé à bout
Ce qu'être surexploité veut dire
Écouter et ne rien dire
Du sang et du sexe
Aux confins de la torture
4. Qui surexploite ?
Ni responsable, ni coupable
Surexploiter par " le haut "
Surexploiter par " le bas "
Petites économies et gros profits
Business en famille ou family business ?
5. En sortir
Se libérer grâce aux autres
Au-delà du seuil de tolérance
Des liens qui libèrent
6. Lutter contre la surexploitation
" Le problème, c'est qu'on n'a pas de victimes "
Prouver le travail, prouver la surexploitation
Exotiser la violence, altériser le non-droit
Protéger ou punir ?
Conclusion. Vers la liberté ?
Les trois invariants de la surexploitation
Surexploitation, capitalisme et colonialisme
Et après ?
Notes
Remerciements.