Le premier grand débat transnational sur le retour d'œuvres spoliées dans leurs pays d'origine n'est pas issu des bouleversements du XXe siècle, mais de la désagrégation de l'Empire napoléonien en Europe.
Entre 1794 et 1812, la France révolutionnaire puis impériale confisque plusieurs milliers d'œuvres d'art et de livres précieux dans les pays occupés par ses armées. Cette politique d'appropriation, légitimée par l'idée que les arts, fruits du " génie de la liberté ", doivent revenir au " pays de la liberté ", entraîne un vaste transfert d'objets culturels vers Paris, principalement au Louvre et à la Bibliothèque nationale. En 1814 puis 1815, revendiquées par leurs pays d'origine, ces œuvres leur sont en grande partie restituées. De Goethe à Stendhal en passant par Walter Scott ou les frères Grimm, cet enjeu mobilise l'intelligentsia européenne, préfigurant des controverses qui suivront d'autres fins d'empire emblématiques : les restitutions en Europe après la dissolution du " Reich " nazi, les revendications postcoloniales formulées en Afrique après les indépendances des années 1960, les réflexions amorcées vers 1991 sur l'avenir des patrimoines annexés et déplacés par l'Union soviétique avant sa dissolution et, depuis 2017, le retour du débat sur les restitutions de biens culturels aux pays anciennement colonisés.
En appréhendant le moment 1815 comme la matrice de nos questionnements actuels, Bénédicte Savoy nous invite à repenser la notion de patrimoine dans une perspective relationnelle, où les " objets de musée " ne sont plus seulement des entités matérielles et esthétiques, mais aussi des capsules d'histoire, de mémoire et de conscience collective.



2026-01-25 - Ali Baddou - France Inter
Avec 1 815, le temps du retour, texte érudit et stimulant, l'universitaire remonte un peu plus loin dans le temps, pour documenter un autre moment clé dans la fixation des débats sur le retour d'objets spoliés : durant cette année 1815, lorsque Le Louvre, devenu un "super-musée, comme il n'en n'existe nulle part dans le monde", finit par être démantelé, pour restituer aux voisins européens les chefs d'oeuvre volés par les armées de Napoléon.
2026-01-29 - Ludovic Lamant - Mediapart
Dans 1815, le temps du retour, l'historienne de l'art Bénédicte Savoy montre comment, dès la chute de l'Empire napoléonien, les débats font rage sur les restitutions d'oeuvres d'art. S'y oppose alors le besoin de réconciliation et de musée universel. Certes, la date frappe moins immédiatement que 1515 ou 1789. Pourtant "1815" est une de ces dates charnières qui bouleversent l'ordre établi et modèlent pour longtemps les nouveaux équilibrs. L'essai de l'histoirenne de l'art Bénédicte Savoy, le prouve au fil d'une enquête précise et ample.
2026-02-05 - Sonya Faure - Libération
Une remarquable enquête historique sur les captations d'oeuvres artistiques auxquelles se sont livrés les Français en Europe durant les guerres napoléoniennes.
2026-02-05 - Paul François Paoli - Le Figaro
Dans son nouvel essai, 1815, le temps du retour. Restituer l'art en Europe après l'Empire napoléonien, l'historienne de l'art Bénédicte Savoy identifie au début du XIXe siècle la scène originelle d'une éthique de la restitution des oeuvres aux pays spoliés. Avec son nouvel essai, 1815, le temps du retour. Restituer l'art en Europe après l'Empire napoléonien, elle s'attarde sur la chute de l'empire napoléonien, pour identifier en lui la matrice – un "modèle opératoire' – de nos questionnements contemporains sur les restitutions
2026-02-16 - Jean-Marie Durand - Les Inrockuptibles
A la chute de Napoléon 1er , la question des œuvres pillées et exposées à Paris fait débat. Comme aujourd'hui l'art africain. Un saisissant essai de Bénédicte Savoy. (...) 1815, le temps du retour offre ainsi la palette des arguments mobilisables pour justifier ou dénoncer les translations artistiques, de la prise de guerre à la restitution, forcée ou, au contraire, encadrée.
2026-02-20 - JEAN-LOUIS JEANNELLE - Le Monde
La co-autrice durapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain voit dans le retour des oeuvres emportées par Napoléon le point d'origine de débats toujours actuels.
2026-02-20 - Jean-Christophe Castelain - Le Journal des Arts


Introduction. Fins d'empire et restitutions
Les arts et les armes
1814 et 1815 : un débat européen
Coordonnées d'un débat : de la violence fondatrice à l'écologie des objets
1. Reprendre
Efforts vains, mémoire vive
Inversion des forces et inventaire des pertes
Silence diplomatique
Traçabilité
La formule du " don consenti "
Sous le radar
Monopole décisionnel
Vacuum législatif
Pause et
statu quo
Passage en force
Le retour des experts
Accès à l'information et obstruction
Violence et solidarité
Publicité radicale
2. Droit et morale
Silence diplomatique
De Madrid à Moscou
Droit de conquête, droit des gens
Légalité
Éthique
Légitimité
Statu quo
Double morale
Au-delà du droit et de la morale : rivalités impériales
3. Le dilemme de l'universel
Universalisme de surplomb
Centralisateurs
Malaise au musée
Constellationnistes
Situistes
Le clash des épistémologies
4. Reconnexions
Intertemporalité
Des retours très politiques
Expositions temporaires
Le retour du même différent
Une espèce d'existence active
À qui rendre ?
Musées
Lieux de culte
Centralisation pontificale
Réaffectations royales à l'Église
Modèle hybride en terrain sensible
Retours différés en mains privées
Le temps des musées
Rome
Madrid
Berlin
Et Paris ?
Conclusion. Vers une écologie politique du patrimoine
1815, année zéro
Une grammaire des restitutions
Notes
Bibliographie
Index
Remerciements.