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Nouvelle édition

Chantier interdit au public
Enquête parmi les travailleurs du bâtiment

Nicolas JOUNIN

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infos techniques
auteur
table des matières
extraits presse

Chantier interdit au public - Nicolas JOUNIN
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Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique économique ou judiciaire, mais le quotidien des chantiers demeure obscur. C’est ce quotidien qu’explore ce livre. L’auteur, qui s’est immergé durant une année dans le monde du béton armé parisien, en tant qu’ouvrier, retrace ici l’itinéraire de son enquête. Au fil des expériences et des rencontres, il expose les conditions d’emploi et de travail liées au recours croissant à la sous-traitance et à l’intérim : division des collectifs ouvriers, infériorisation et culpabilisation des sous-traitants et des intérimaires, pratiques illégales d’employeurs, contradictions pesant sur la sécurité au travail, recours massif à une main-d’œuvre étrangère fragilisée et parfois sans papiers, racisme et discriminations…
L’enquête ébranle au passage certaines idées reçues et témoigne également des résistances des travailleurs concernés. S’ils s’affrontent rarement à leurs employeurs, ils entretiennent en revanche une révolte souterraine qui peut menacer à l’occasion les constructions et contraindre les employeurs à mettre en œuvre des aménagements. L’implication physique de l’auteur dans son enquête permet une restitution fine des situations rencontrées et offre une immersion impressionnante dans cet univers méconnu du bâtiment.

Introduction - Le jeu de l'oppression et de la résistance sur les chantiers - La « pénurie de main-d'oeuvre » : un bon point... de départ si on ne la prend pas trop au sérieux - L'enquête -
1. Les « mamadou » : l’humiliation ordinaire - L’intérim des manœuvres : une discrimination inversée ? - À situation précaire, humiliation stable - « Mamadou » : entre classe et race - Derrière les « Mamadou » : des émigrés et des (dés)illusions - Keïta, prisonnier de son statut - Un apartheid professionnel ?
2. Des « bétonneurs » sans ouvriers ? L’externalisation - L’exemple d’un chantier : sept travailleurs sur huit externalisés - Les travailleurs externalisés : étrangers au cœur de la production - Comment contourner de nouvelles lois en profitant de nouvelles lois : petite histoire de l’externalisation
3. « Toujours à la bourre, les ferrailleurs » - Les éternels fautifs - Fuites et absences - Une externalisation sous le contrôle des donneurs d’ordres -
4. « Je préférerais vendre des savonnettes » : l’intérim - Une organisation de la précarité - Affaiblir des affaiblis - La stabilité dans la précarité - Une gestion discriminatoire de la main-d’œuvre - Un « commerce » si particulier
5. Intérimaires fidélisés contre travailleurs détachés - Les « noyaux » - « Un ouvrier du bâtiment qui vit après soixante-cinq ans, c’est qu’il a été feignant » - Ferrailleurs embauchés et intérimaires : deux mondes étanches mais côte à côte - Et après ? Le ferrailleur polonais
6. Une belle équipe ? - Un patron d’un côté, un employeur de l’autre - Intérimaires et embauchés : divisions et réconciliations toujours à refaire - La peur des mouchards - Le chef de chantier ou la technique du « gueulard » - Discrimination : quand l’anticipation rejoint la réalité - Rendus à l’intérim
7. « Arrêtez, je suis le premier concerné par la sécurité ! »- L’« union sacrée » contre les inspecteurs : la sécurité en représentation - Un affrontement clandestin du danger - Cadence et prudence : des exigences contradictoires portées par une même hiérarchie - Beau temps ou intempéries ? Tout dépend du rapport de forces - Ouvriers coupables, mais pas responsables - La déresponsabilisation en cascade : la sécurité à l’épreuve de l’externalisation
8. L’ouvrier impossible - Aller-retour des qualifications - Un sans-papiers vous manque et tout est désorganisé - Les Portugais : des petits chefs incarnés ethniquement - Être français sur un chantier : soit « con » soit « chef »
Conclusion - Le travail et le travailleur dissociés ? - Logique marchande et logique personnelle - Loyautés incertaines : les travailleurs du bâtiment entre discrimination et précarité - De la liberté du citoyen à celle du travailleur
Annexes
Éléments bibliographiques.

« Le jeune chercheur au laboratoire Urmis (Unité de recherches Migrations et Société) s'est glissé trois ans - de 2001 à 2004 - dans la peau d'un intérimaire des chantiers de gros oeuvre parisien. D'abord manoeuvre puis ferrailleur, il relate un vécu âpre, une immersion parfois brutale avec un quotidien teinté de précarité, de discrimination, de cet humour raciste "assez plaisant pour être objet de rires et assez ambigu pour être porteur de sens". Les nombreux témoignages qui étayent l'analyse de l'auteur - ouvriers, chefs de chantier, conducteurs des travaux, commerciaux d'agence intérim, responsables des ressources humaines... - illustrent les contradictions de la profession: pénibilité du métier, pratiques illégales d'employeur, dispositions sécuritaires sacrifiées sur l'autel du rendement... S'il n'a pas la prétention de décrire le quotidien de tous les chantiers de France (nous sommes bien dans le "gros oeuvre parisien"), l'auteur, en se plaçant au bas de l'échelle sociale et au sommet de celle de la précarité, décrypte au fil des pages les mécanismes qui conduisent à l' "ethnicisation des tâches" (correspondance entre poste et origine ethnique) et souligne les dissonances entre travail intérimaire et sécurité. »
LE MONITEUR

« Comme si on y était ! Avec Chantier interdit au public, le lecteur plonge dans le parcours d'un ouvrier débutant dans le secteur du béton armé parisien, où la loi du marché est impitoyable. Mais si le livre est remarquable pour la peinture qu'il donne de cet univers, son objectif n'est pas de le représenter sur un mode réaliste. Il s'agit d'une enquête sociologique qui vise à mettre au jour les rapports de domination qui le structurent. »
POLITIS

« Après avoir passé un an comme ouvrier intérimaire, Nicolas Jounin, professeur et chercheur, met en évidence les résistances ténues, éparpillées, silencieuses et têtues, qui menacent, à l'occasion, les constructions elles-mêmes, et qui contraignent les employeurs à mettre en place des stratégies de compensation. Une immersion qui met à jour le jeu de l'oppression et de la résistance sur les chantiers. »
ENTREPRISE ET CARRIÈRES

« A présent maître de conférences à l'Université Paris 8, Nicolas Jounin a enquêté pour sa thèse de sociologie sur le gros oeuvre en France entre 2001 et 2004. À cette occasion, il a lui-même participé à des chantiers pendant neuf mois où il prenait des notes environ toutes les deux heures, d'où la précision des dialogues rapportés. Relations hiérarchiques pas toujours respectueuses, origines étrangères déterminant la fonction de chacun, discrimination, intérim... Il nous livre à présent le résultat de son expérience et l'histoire des ouvriers du secteur dans Chantier interdit au public, enquête parmi les travailleurs du bâtiment, où les protagonistes ont été anonymisés. »
BATIACTU

« Le secteur du bâtiment et des travaux publics manque de bras, les salaires y sont meilleurs qu'ailleurs, il offre des perspectives de carrières et l'ascenseur social fonctionne... si l'on en croit le discours officiel des dirigeants d'entreprises de BTP. Mais, derrière les palissades, la réalité des chantiers est tout autre. Nicolas Jounin, sociologue, s'y est fait embaucher, incognito, durant un an, d'abord, comme manoeuvre puis comme ferrailleur. Son enquête nous immerge dans cet univers très rude. »
LE MONDE

« Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique, mais derrière les éclats des réalisations grandioses, des affaires judiciaires, des faits divers tragiques, le quotidien du travail des chantiers demeure obscur. C'est ce quotidien qu'explore ce livre. L'auteur, qui s'est immergé durant une année dans le monde du béton armé parisien, en tant qu'ouvrier, retrace ici l'itinéraire de son enquête. Au fil des expériences et des rencontres, il expose les conditions d'emploi et de travail liées au recours croissant, à la sous-traitance et à l'intérim: division des collectifs ouvriers, infériorisation et culpabilisation des sous-traitants et des intérimaires, pratiques illégales d'employeurs, contradictions pesant sur la sécurité du travail, recours massif à une main d'oeuvre étrangère fragilisée et parfois sans-papiers, racisme et discriminations... L'enquête ébranle au passage certaines idées reçues: beaucoup de précaires ne sont pas instables; les sans-papiers ne travaillent pas forcément au noir: les règles de sécurité ne protègent pas toujours les ouvriers. »
VEI ACTUALITÉ

« Trois années de recherches (2001-2004), un an d'immersion dans le monde du béton armé, une cinquantaine d'entretiens avec syndicalistes (salariés et patronat), institutionnels, cadres des ressources humaines et de chantiers, responsables d'entreprises, commerciaux d'intérim et ouvriers... Autant d'éléments nécessaires à la réalisation d'une analyse fine et honnête des conditions d'emploi et de travail d'un ouvrier intérimaire. Cette enquête apporte un éclairage nouveau au lourd dossier de la précarité. »
LE JOURNAL DU CNRS

« L'oeil avisé du chercheur, son expérience originale menée dans la durée offrira au sociologue du travail une réflexion stimulante: le chantier est désormais ouvert au public. »
ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES

« Une enquête sur les travailleurs du BTP ? On imagine: la pénibilité, la précarité, les accidents du travail... Pourtant il faut lire cette passionnante enquête que le sociologue Nicolas Jounin a tirée de deux ans et demi d'observation sur les chantiers. elle est incroyable, notamment quand elle traite de l'ethnicisation des tâches: les "Portugais" et les "Français" donnent des ordres, les "Mamadous" et les "Maliens" - même si ils sont Congolais - obéissent, les "Mohammed" sont ferrailleurs... Tout le système est soutenu par une assignation raciale permanente, en général sous forme de blagues racistes. Cette plongée nous fait aussi découvrir que beaucoup d'ouvriers opposent une "résistance sourde, dispersée, sans revendication explicite" aux cadences infernales. Comme le résume l'un deux, "un ouvrier du bâtiment qui vit après 65 ans, c'est qu'il a été feignant. »
TERRA ECO

PRESSE

 

Un jeune universitaire, qui a décidé de travailler incognito plusieurs mois comme ouvrier du bâtiment, dévoile les rouages d’un quotidien que nous préférons souvent ignorer. Indiana Jones, l’archéologue aventurier, a sans doute beaucoup fait pour dépoussiérer l’image de prof d’université, lui donner du glamour. Mais à sa façon Nicolas Jounin, n’est pas en reste. Mais à la différence du héros hollywoodien, il s’est colleté à un réel qui n’avait rien de factice. Il a cherché l’aventure non pas dans la jungle amazonienne mais au coin de la rue pour préparer sa thèse de doctorat ! Loin du cliché de ces chercheurs qui ne chercheraient en rien, coupés du monde et de ses réalités, Nicolas Jounin a en effet décidé de se faire embaucher incognito comme ouvrier du bâtiment. […] Une plongée dont il a tiré un livre saisissant. Car en se glissant lui-même dans le bleu de manœuvre, Nicolas Jounin fait apparaître tout ce qu’on ne laisserait voir ni à un sociologue ni à un journaliste. Bien sûr, tout le monde soupçonne, l’existence du racisme, la pénibilité des taches, mais il en révèle l’ampleur. En premier lieu, l’ « ethnicisation » des tâches sur les chantiers : des hiérarchies qui s’organisent par nationalité. En bas de l’échelle, aux postes les plus éprouvants, avec les statuts les plus précaires, les Africains qui se voient appelés « cafards » « macaques » […] Aux maghrébins, les postes d’ouvriers qualifiés, aux portugais et aux français, ceux de chefs d’équipe, conducteurs de travaux. Pas de blancs chez les manœuvres et les coffreurs. Du coup, Nicolas jounin a bien eu du mal à décrocher sa première mission. Naïf, il avait cru que c’était parce qu’il n’était pas assez costaud. […] Peu habituée à ce qu’on l’invite à se regarder en face, le profession a d’ailleurs été quelques peu secouée par la démarche de Nicolas Jounin. […] Cette méthode d’immersion, en vogue chez les sociologues aux Etats-Unis, commence à gagner du terrain chez nous. Une nouvelle école semble en effet voir le jour, notamment sous la houlette de Stéphane Beaud, qui dirige aux Editions La Découverte, la collection au titre explicite : « Enquête de terrain ».Celle là même où est publiée son récit…

12/06/2008 - Véronique Radier - Le Nouvel Observateur

 

En consolidant ses observations par l’analyse de données relatives à l’origine des salariés, à l’organisation de la sous-traitance mais aussi au « turn-over » et aux accidents du travail, l’auteur nous livre un état des lieux qu’une approche plus académique n’aurait sans nul doute pas permis. Le chantier était donc bien « interdit au public », comme l’indique le titre de l’ouvrage. La lecture des annexes et plus particulièrement de ses réflexions méthodologiques : « Observer des gens : un problème scientifique et déontologique » constitue une invitation à pratiquer une sociologie « dans l’action » qui ouvre la porte à des consolidations particulièrement fécondes.

28/03/2010 - François Granier - Liens socio

 

Chantier interdit au public ! L'annonce attise la curiosité du passant. De là à enjamber la palissade, il y a encore un pas (le livre illustre d'ailleurs très bien la difficulté de l'exercice). En général, on respecte la consigne et on passe son chemin. Nicolas Jounin s'est montré plus persévérant. Bien lui en a pris. [...] Le livre prend la forme d'un témoignage ethnographique. Il place donc l'auteur au centre du récit. Comme le rapport d'identification au narrateur fonctionne bien, le texte est d'un abord agréable. Mais la démarche ne se limite pas à un exercice de style. Elle est surtout très didactique; en accompagnant le chercheur dans son enquête, le lecteur voit les hypothèses se dessiner de manière convaincante au fil du terrain et des recherches documentaires (les fines descriptions alternant tout au long du livre avec des cadrages plus larges, sur les évolutions des mécanismes d'embauche, des politiques migratoires etc...). [...] Pour clore sa "chronique des chantiers", Nicolas Jounin s'empare, une fois de plus, de l'exemple qu'il incarne: un français ni "con", ni "chef", à la fois docile et en règle. Cette figure très courtisée par la maîtrise, éclaire les contradictions du modèle de mobilisation des travailleurs à l'oeuvrer, oscillant entre logique marchande et logique personnelle. De cette manière, l'auteur ouvre la porte à une conclusion plus conceptuelle visant explicitement à mettre de l'ordre dans son récit. Cette dernière se clôt par une inscription dans les débats actuels de la sociologie du travail, concernant la précarité et la refonte des droits sociaux des travailleurs. Après s'être tenu de manière exemplaire à distance de tout misérabilisme et de toute exaltation subjectiviste l'auteur semble comme hésiter à emprunter une position normative... et on le comprend. Ceci dit, que le lecteur ne s'arrête pas en si bon chemin ! Suivant la tradition de Chicago, le livre comporte encore une postface méthodologique. Remarquable d'intelligence, celle-ci donnerait bien envie d'ériger Chantier interdit au public en "lecture fortement conseillée aux apprentis ethnographes". Finalement, à mettre entre toutes les mains.

17/03/2008 - Mathias Waelli - Non fiction

 

Thèse centrale du livre : le recours à la sous-traitance et à l’intérim constitue le pivot de l’organisation des chantiers. Pour faire des économies, les entreprises font appel aux sous-traitants. Lesquels, pour être plus compétitifs, ont recours à l’intérim (cette "fourniture non temporaire mais durable d’une main d’œuvre précaire"). Jusque-là, rien de très nouveau. Mais le sociologue démontre que ces employeurs intermédiaires jouent un autre rôle : ils permettent aux entreprises de transgresser les règles (sans-papiers, licenciements, sécurité) sans être responsables : c’est "externalisation des illégalités". Cette grille de lecture permet au sociologue de donner un nouvel éclairage à plusieurs dossiers chauds du BTP...

26/07/2008 - Lise Barcellini - Rue89

 

Parmi les cinq ouvrages en lice pour le prix La ville à lire 2009, le jury a décidé le 9 mars de distinguer "Chantier interdit au public, enquête parmi les travailleurs du bâtiment". Cet ouvrage écrit par le sociologue Nicolas Jounin est paru en 2008 aux éditions de la Découverte (276 pages, 23 euros). Pendant neuf mois, l'auteur a pratiqué une "observation participante", c'est-à-dire qu'il s'est rendu sur le terrain de son étude, travaillant comme intérim, manoeuvre, coffreur, ferrailleur.

08/02/2008 - Philippe Defawe - Le moniteur.fr

 

Bienvenue dans le monde des ouvriers du bâtiment. Vous savez, celui des chantiers, de la boue, du bruit des marteau-piqueurs, des défis techniques, de la force physique, du travail en équipe au grand air. Du racisme quotidien aussi, d'un déni total du droit du travail, de l'immobilité sociale. C'est ce que révèle l'intéressante lecture de l'étude de Nicolas Jounin, maître de conférences en sociologie à l'université Paris VIII, Chantier interdit au public, enquête parmi les ouvriers du bâtiment. Sa méthode de travail est simple: se faire embaucher, un an durant, sur différents chantiers de Paris et ses environs, et observer. Ce qu'en sociologie, on appelle "observation participante" permet de rapporter de l'enquête bien plus que des chiffres, déjà éloquents (par exemple, 77% de ces travailleurs du bâtiment sont des intérimaires): le point de vue d'un sociologue "embeddede" sur la pénibilité du travail, la précarité des intérimaires et le peu de cas que les géants du bâtiment font de leur main d'oeuvre. Et aussi bien au cours des descriptions que des extraits d'entretiens menés auprès d'ouvriers, de chefs de chantiers, de responsables d'agence intérim, ou encore des cadres des entreprises de construction. Le constat est saisissant. [...] Finalement, cette étude pourrait paraphraser Bourdieu, qui, voyant l'immense diversité de destin des jeunes, disait "la jeunesse n'est qu'un mot", sans réalité concrète et homogène. Ici, pourrait-on dire, la "réglementation du travail n'est qu'un mot". Ou bien: "Le droit du salarié n'est qu'un mot".

Marianne.net

 

 
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