Une drôle de justice - Sylvie THÉNAULT

Une drôle de justice
Les magistrats dans la guerre d'Algérie

Sylvie THÉNAULT

De 1954 à 1962, au nom de la lutte contre la « subversion » du FLN, au nom du rattachement de l'Algérie à la France qui interdisait d'y appliquer le droit de la guerre et de considérer les nationalistes comme des combattants, la justice et son personnel prirent une part active à la guerre d'Algérie : instruction des affaires, condamnations par milliers infligées par les tribunaux correctionnels et militaires, rappel de magistrats sous les drapeaux, etc. Les seules condamnations à mort atteignirent les 1 500, dont près de 200 furent exécutées. Dans ce livre passionnant et très documenté, Sylvie Thénault montre que cette insertion de la justice dans un vaste système de répression la priva de fait de son droit de regard sur les arrestations, les gardes à vue, les détentions et les interrogatoires pratiqués par l'armée. S'appuyant sur des archives jusque-là inaccessibles de l'Armée de terre - instructions, directives, fiches de renseignements, etc. - et du ministère de la Justice, notamment la correspondance entre les procureurs généraux d'Algérie et la Chancellerie parisienne, elle met au jour une justice amputée et réformée par les législations d'exception. Une « drôle de justice », à l'image de la « drôle de guerre », cette guerre qui n'en était pas vraiment une.

Version papier : 12,20 €
Version numérique : 11,99 €
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Détails techniques
Préface de : Jean-Jacques BECKER
Postface de : Pierre VIDAL-NAQUET
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°173
Parution : 06/07/2017
Format : EPub
ISBN papier : 9782707142580 ISBN numérique: 9782707195586

Sylvie THÉNAULT

Sylvie THÉNAULT

Sylvie Thénault, agrégée et docteur en histoire, est directrice de recherches au CNRS.

Table des matières

Préface, par Jean-Jacques Becher - Introduction - I. Genèse d'une situation controversée (1954-1956) - 1. L'Algérie en 1954 : cent vingt ans de colonisation française - La justice et le droit, miroirs de la société coloniale - Le 1er novembre 1954, un événement fondateur ? - 2. La justice en guerre - Le tribunal militaire et le camp, sièges de l'état d'urgence - La guerre encadrée par la loi ? - La pérennisation du système - II. Quand la guerre oblige la justice (1957-mai 1958) - 3. 1957, l'année des grandes affaires - À la source : un nouvel environnement pour la justice - Incarner une répression qui s'amplifie - Bilan : une justice soumise à une logique de guerre - 4. Aux limites de la légalité : l'internement - Un système parallèle de détention - Le règne de l'arbitraire - 5. Hors de la légalité : torture, exécutions sommaires et disparitions - État des lieux - Le cas de conscience du magistrat : l'impuissance - Le cas de conscience du magistrat : l'inaction -III. La justice civile à l'heure du retrait (mai 1958-1962) - 6. Agir : un impératif - Les exécutions, objets de toutes les préoccupations - Premiers pas vers des réformes plus profondes - Pendant ce temps... - 7. Le décret du 12 février 1960, victoire d'une armée ambitieuse - Dans le maquis du droit, une réforme très politique - Le procureur militaire, gardien de la légalité ? - Développements en série dans l'esprit de la réforme - 8. Faire régner la loi : une gageure - L'internement entre surveillance et promotion - « Toucher ces écrouelles sur le corps de la France... » - 9. Dans la tourmente de la fin du conflit : une justice et des magistrats déboussolés - Contre les nationalistes : des tribunaux militaires imperturbables - Contre les activistes : l'exception comme règle - 10. Bilan d'une guerre et de ses répercussions - La métropole, seul espace ouverte à la critique - Au fil du temps, vers le présent - Épilogue - Postface, par Pierre Vidal-Naquet - Bibliographie - Index.

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