Routines cosmétiques en mille étapes matin et soir, engouement pour les produits et les modèles de la K-Beauty – la beauté sud-coréenne –, recours de plus en plus banalisé à la médecine et à la chirurgie esthétiques afin de conserver l'apparence de la jeunesse... Depuis quelques années, la peau est devenue le point focal des pratiques de beauté et supplante même la question du poids dans les préoccupations de certaines jeunes filles. On la veut lisse, sans défaut, d'une perfection aussi irréelle qu'avec les filtres des réseaux sociaux.
Presque quinze ans après Beauté fatale, un premier livre consacré aux normes esthétiques prescrites aux femmes, Mona Chollet se concentre ici sur l'addiction aux cosmétiques, en partant de sa propre fascination pour les crèmes, développée à l'adolescence. Elle fait vivre les personnalités et les histoires d'un univers social souvent méprisé. Elle détaille les ressorts de la séduction exercée par cette industrie, l'imaginaire qu'elle déploie, ses stratégies publicitaires, ses mystifications, ses chausse-trapes. Et se penche aussi sur les implications des injections (Botox, acide hyaluronique...) ou du lifting, par lesquels les femmes sont encouragées à tenter de déjouer l'intolérance sociale à l'égard du simple vieillissement de leur corps.



2026-09-19 - Leslie Rezzoug - Le Temps
[Mona Chollet] observe aujourd'hui comment les industries culturelle, médiatique et cosmétique sont parvenues à faire de la peau, en particulier celle des femmes, une nouvelle obsession in fine contreproductive, sexiste et âgiste. (...) Soigner sa peau conduit finalement à une réflexion critique sur nos comportements de consommation et sur la valeur symbolique de certains choix que nous faisons, largement suggérés par un capitalisme tentaculaire.
2026-10-01 - Marie Fouquet - LH Le Mag
Mona Chollet s'intéresse aux mécanismes qui rendent les femmes – et elle la première – accro aux soins cosmétiques. Loin d'être un organe neutre, la peau concentre en effet plusieurs possibilités d'aliénation, de la surveillance du vieillissement féminin à l'exploitation de ressources naturelles limitées.
2026-10-01 - Victorine De Oliviera - Philosophie Magazine
Riche d'anecdotes personnelles, de récits empruntés à des amies ou aux médias, mais aussi de références à la pop culture (d'American Psycho de Bret Easton Ellis à la série La Fabuleuse Madame Maisel), le livre ausculte cette obsession contemporaine avec l'intelligence, le didactisme et l'humour qu'on connaît à l'écrivaine. À la force de sa plume, Mona Chollet poursuit ainsi sa réflexion sur l'injonction faite aux femmes "à être et à demeurer des créatures décoratives'.
2026-10-03 - Marthe Mabille - Vogue
Dans Soigner sa peau, Mona Chollet se penche sur notre rapport obsessionnel aux cosmétiques. (...) À 53 ans et devenue, au fil de sa notoriété, " plus anxieusement consciente " de son apparence, elle a beau être " nourrie d'une foule de travaux féminins sur l'âgisme ", elle se ruine en crèmes. Sa compulsion quasi " hors de contrôle " aurait pu rester intime, par honte de consacrer deux cents pages à cette passion, qui contamine aussi les très jeunes. Elle y voit l'occasion au contraire d'interroger sa schizophrénie et la nôtre.
2026-10-04 - Weronika Zarachowicz - Télérama
C'est un inframonde que ces cosmétiques pour la peau, raconte-t-elle brillamment dans ce livre, un inframonde dont l'imagerie flirte sans cesse avec le transhumanisme, où l'on use d'une novlangue simili scientifique (...). [Mona Chollet] confesse une passion pour son sujet, une envie toujours renouvelée d'essayer crèmes et onguents miracles, qu'elle interroge à l'aune de ses engagements politiques. (...) Comme un grand nombre de ses lectrices, elle cultive cette ambivalence ; elle apprivoise cette dissonance cognitive.
2026-10-05 - Johanna Luyssen - Libération
Mona Chollet ne cherche pas à culpabiliser ; elle reconnaît d'ailleurs l'ambivalence qu'elle ressent, entre plaisir et colère, face à ce marché. Il y a d'une part, l'aliénation aux normes relayées par des produits colorés, doux, apparemment rassurants ; et d'autre part, l'émancipation féministe qui travaille à déconstruire ce qu'on nous vend derrière des valeurs rétrogrades. (...) Soigner sa peau fait le jour sur ce marketing, parfois agressif, qui ne cesse de vanter des normes qui durcissent, souvent encore, les injonctions faites aux femmes.
2026-10-08 - Marie Viguier - Maze


Remerciements
Skincare, une frénésie contemporaine. Introduction
1. Une tyrannie ruineuse. La pureté du teint, gage de moralité féminine
Un camion-benne de produits
Derrière la K-Beauty ou le chic à la française : le patriarcat déchaîné
2. Plaisir et émancipation. Un univers méprisé, car féminin et " superficiel "
Hugh Grant et son " scrotum "
Un secteur " peu légitime "
3. Crème " Doudou " et " Boucler ". Une planche de salut face à la dureté du monde
Un consumérisme à même la peau
Prospérité du fétiche
Le cosmétique comme lampe d'Aladin
Les boudoirs du XXIe siècle
4. L'imagination au pouvoir. La cosmétique, terrain de jeu rêvé pour le marketing
Une religion où les femmes sont reines
" Bouillons miraculeux " et savants fous
Thé vert coréen, raisin de Santorin : l'Atlantide cosmétique
Un joyeux pillage des ressources du bout du monde
5. Une cacophonie affolante. dans le labyrinthe des sollicitations publicitaires
En ligne, une réorganisation de l'aliénation
Entre sobriété et compulsion
6. La lecture des étiquettes ou le retour au réel. Que mettons-nous sur note peau, au juste ?
Aux États-Unis, un empoisonnement décomplexé
La criminelle " simplification " européenne
Qu'est-ce qu'un cosmétique " naturel " ?
7. Censurer l'expressivité des femmes. Quand lifting et injections brouillent l'identité
Des femmes âgées " invisibles ", vraiment ?
Devenir la " carte de visite d'un chirurgien "
" L'essence de qui vous êtes "
8. Médecine et chirurgie esthétiques, la grande offensive. Comment inculquer aux femmes la honte de leur vieillissement
Un lifting à trente ans
L'âgisme, une discrimination imputée à ses victimes
Salut individuel, enfer collectif
9. Le rêve d'un corps en plastique. Ou le transhumanisme en embuscade
Défier le temps, défier la gravité
Un univers de plus en plus médicalisé, voire morbide
Rouvrir la fenêtre.