L'oeil de l'État
Moderniser, uniformiser, détruire

James C. SCOTT

Pourquoi, malgré des intentions parfois sincères et orientées vers le bien-être de leurs populations, les États modernes les ont-ils si souvent malmenées, voire meurtries ? Pourquoi, malgré les moyens colossaux mis en œuvre, les grands projets de développement ont-ils si tragiquement échoué et ravagé l’environnement ? Dans cette recherche foisonnante, James Scott démonte les logiques bureaucratiques et scientifiques au fondement de ces projets « haut-modernistes », poussant à toujours plus de lisibilité et de contrôle sur la nature et les sociétés humaines.
À partir d’une large palette d’études de cas allant de la foresterie scientifique à la création des premiers recensements et des noms propres, de la doctrine révolutionnaire de Lénine à celle de Le Corbusier en matière d’urbanisme, et de la collectivisation de l’agriculture soviétique aux politiques de villagisation en Tanzanie et ailleurs, Scott dénonce ces entreprises de planification autoritaire qui finissent par appauvrir et étouffer le monde physique et social.
En appuyant leur pouvoir sur des formes de classification, de standardisation et d’abstraction, ces projets tendent tous à négliger les mécanismes et les processus informels d’ajustement pourtant essentiels à la préservation d’ordres sociaux viables. Ils échouent aussi car ils marginalisent les savoirs locaux de celles et ceux qu’ils ciblent. À l’encontre de ces approches autoritaires centralisées et surplombantes, Scott défend le rôle de formes de savoirs plus modestes, étroitement liées à l’expérience pratique et davantage capables d’adaptation au gré des circonstances.

Version papier : 28 €
Version numérique : 19,99 €
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Détails techniques
Traduit par : Olivier RUCHET
Collection : Sciences humaines
Parution : 07/01/2021
ISBN : 9782348057359
Nb de pages : 546
Dimensions : 154 * 240 mm
ISBN numérique : 9782348057380
Format : EPUB

James C. SCOTT

James C. Scott est professeur émérite de science politique et d’anthropologie à l’université Yale. Il est l’auteur de nombreux livres, dont trois ont été traduits en français : La Domination et les arts de la résistance (Amsterdam, 2009), Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil, 2013) et Petit Éloge de l’anarchisme (Lux, 2013).

Extraits presse

À l’heure où la surveillance globale dispose de moyens technologiques inédits, l’anthropologue James C. Scott propose une généalogie de la volonté de savoir, et de voir, mise en place par les États modernes.

2021-01-13 - Joseph Confavreux - Mediapart

 

Son oeil, James C. Scott l’a posé sur l’État depuis un moment. Dans ce livre écrit en 1997, qui vient d’être traduit, l’anthropologue s’intéresse avec une érudition enthousiasmante à tout ce que la modélisation d’État manque et tente de réprimer. […] Cette contre histoire de la modernité invite à la vigilance, car, dans les temps de crise, les fantasmes de grandes transformations trouvent un écho particulièrement favorable, «au nom et avec le soutien de citoyens en quête d’assistance et de protection».

2021-02-01 - Cédric Enjalber - Philosophie Magazine

 

L’oeuvre phare de James C.Scott, dont la réflexion est plus que jamais d’actualité.

2021-02-01 - Maxime Rovère - Lire Magazine littéraire

 

Table des matières

Remerciements
Introduction
Partie I / les projets étatiques de lisibilité et de simplification
Chapitre 1. Nature et espace

État et sylviculture scientifique : une parabole
Faits sociaux, crus et cuits
Fabriquer les outils de la lisibilité : mesures populaires, mesures étatiques
Régimes fonciers : pratiques locales et raccourcis fiscaux
Chapitre 2. Villes, langues, peuples
La création des patronymes
Le décret instituant une langue officielle standardisée
La centralisation des transports
Partie II / Visions transformatrices
Chapitre 3. Le haut-modernisme autoritaire

La découverte de la société
L’autorité radicale du haut-modernisme
Le haut-modernisme au XXe siècle
Chapitre 4. La ville haut-moderniste : une expérience et sa critique
Urbanisme total
Brasília : la ville haut-moderniste (presque) construite
Le Corbusier à Chandigarh
Jane Jacobs, pourfendeuse de l’urbanisme haut-moderniste
Chapitre 5. Le Parti révolutionnaire : un plan et un diagnostic
Lénine, architecte et ingénieur de la révolution
Luxemburg : docteure et accoucheuse de la révolution
Alexandra Kollontai et l’Opposition ouvrière à Lénine
Partie III / L’ingénierie sociale de la production rurale et du réaménagement des campagnes
Chapitre 6. Collectivisation soviétique, rêves capitalistes

Un fétiche américano-soviétique : l’agriculture industrielle
La collectivisation en Union soviétique
Paysages étatiques de contrôle et d’appropriation
Les limites du haut-modernisme autoritaire
Chapitre 7. Villagisation forcée en Tanzanie : esthétique et miniaturisation
L’agriculture coloniale haut-moderniste en Afrique de l’Est
Villages et agriculture « améliorée » en Tanzanie avant 1973
« Vivre au sein de villages est un ordre »
Le village d’État « idéal » : variation éthiopienne
Conclusion
Chapitre 8. Domestiquer la nature : une agriculture de la lisibilité et de la simplicité

Variétés de simplifications agricoles
Le catéchisme de l’agriculture haut-moderniste
Foi moderniste contre pratiques locales
Les affinités institutionnelles de l’agriculture haut-moderniste
Les hypothèses simplificatrices des sciences agricoles
La pratique simplificatrice de l’agriculture scientifique
Deux logiques agricoles comparées
Conclusion
Partie IV / Le chaînon manquant
Chapitre 9. Simplifications « minces » et savoir pratique : la mētis

La métis : les contours du savoir pratique
Le contexte social de la mētis et sa destruction
Les arguments contre le savoir impérial
Conclusion
« C’est l’ignorance, imbécile ! »
Planification pour citoyens abstraits
Dépouiller la réalité jusqu’à l’essentiel
L’échec des schémas simplifiés et le rôle de la mētis
Plaidoyer en faveur d’institutions favorables à la mētis.