Je n'existais plus
Les mondes de l’emprise et de la déprise

Pascale JAMOULLE

« Je n’existais plus. » Cette phrase, Pascale Jamoulle l’a entendue à de multiples reprises lors de l’enquête de terrain qu’elle a menée, pendant sept ans, pour mieux cerner et comprendre ce fait social contemporain qu’est l’emprise. Prononcés par des personnes qui se sont longtemps tues, ces mots en résument les effets d’anéantissement et de dépersonnalisation. Auparavant libres de penser et d’exister par elles-mêmes, elles sont devenues dépendantes d’un prédateur ou d’un système prédateur, charismatique. En les piégeant, celui-ci s’est approprié graduellement différentes dimensions (physiques, mentales, socioéconomiques, symboliques...) de leur existence.
Cet ouvrage explore et cherche à élucider les systèmes d’emprise, les passages d’une emprise à une autre, ainsi que les dynamiques d’émancipation qui permettent de s’en libérer. Il croise les lieux d’investigation (le couple, la famille, le soin, le travail, l’économie souterraine) et les récits de personnes touchées. Il pose en particulier cette question anthropologique : les systèmes d’emprise ont-ils la même structure, d’un terrain à l’autre ? Les processus lents et progressifs de la déprise sont-ils similaires ?

Version papier : 22 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : 18/03/2021
ISBN : 9782348065101
Nb de pages : 306
Dimensions : 140 * 205 mm
ISBN numérique : 9782348065118
Format : EPUB

Pascale JAMOULLE

Pascale JAMOULLE

Pascale Jamoulle est docteure en anthropologie, licenciée en lettres et assistante sociale. Chargée de cours à l’UMONS (Université de Mons) et professeure à l’UCL (Université de Louvain), elle est membre du Centre de recherche en inclusion sociale (CeRIS/UMONS) et du Laboratoire d’anthropologie prospective (Laap/UCL). Elle a notamment publié à La Découverte Des hommes sur le fil (Poche, 2008), Fragments d’intime (2009) et Par-delà les silences (2013).

Actualités

Extraits presse

Dans Je n’existais plus, Pascale Jamoulle définit des grands invariants de l’emprise dans différentes situations : le couple, la famille, le soin, le travail, l’économie souterraine et mafieuse. À chaque fois, malgré la singularité des êtres, des systèmes de prédation se rejouent, avec le consentement actif des « abusés », certains devenant abusifs eux-mêmes.

2021-04-10 - Cynthia Fleury - L'Humanité

 

Les récits rapportés par l’anthropologue Pascale Jamoulle dans son livre d’enquête sur le phénomène d’emprise sont poignants, parfois très douloureux […] Mais l’ouvrage de l’anthropologue belge ne s’arrête pas au récit de ces chutes. Au contraire, elle analyse les trajectoires de déprise, le sursaut, le détail qui fait dérailler le système abuseur, la lente émancipation.

2021-04-17 - Sonya Faure - Libération

 

Table des matières

Introduction
1 - Clara, d’emprise en emprise
Un récit emblématique

Quand des « extraits de film » refont surface
« Préserver l’honneur des femmes », un mot d’ordre familial et sociétal
Le « secret-trésor » de Clara
« Sous leurs yeux » : déni familial et figures secourables
Conversion de la colère en luttes sociales et politiques
« Garder le contrôle » : dissociation et conduites à risque
Deuil traumatique et dislocation familiale
Engagement dans la lutte armée et radicalisation
« C’était une période de Sibérie » : en exil, la tyrannie conjugale et l’asservissement doctrinal
Un lent processus de déprise et d’émancipation
Quand l’emprise se rejoue et se déjoue à la génération suivante
Traits structuraux des systèmes d’emprise et de déprise
2 - L’emprise sur le couple et la famille
S’en défaire

Iris, Ada et Jody : des femmes solidaires
« Se donner tout entière » par amour
Aimer un tyran
Les ravages de la terreur domestique
« Lavage de cerveau », confusion et détestation de soi
Sidération des enfants, culpabilité et clivages
Défis sacrificiels et fantasmes de mutinerie
Les effets intergénérationnels de l’emprise
Déni des proches et risques de mise au ban
Imaginer une autre vie
Décrypter la machinerie de l’emprise intrafamiliale et la déprise
3 - L’emprise dans le champ du soin
Se rétablir

Une famille dans le chaos et la confusion, en quête de secours
Rencontre d’un pseudo-thérapeute dans la toute puissance
Une pseudo-thérapie fondée sur une vision néotraditionaliste de la famille
Une rééducation totalitaire : asservissement ou mise au ban
Posséder et jouir d’autrui, jusqu’à le détruire
Une vie de « zombie », dans la peur et l’obéissance
L’adhésion a un système délirant et l’inversion de la culpabilité
La dépendance aux « maitres », d’une servitude a l’autre
Se rétablir : exister en tant que personne
Elaborer le passé et se chercher dans des voies différentes
Quand les dérives du soin éclairent les systèmes d’emprise
4 - L’emprise dans les mondes du travail
S’en dégager

Serge et Arthur, rencontres avec deux hommes de peine
Des situations personnelles et des contextes donnent prise
Dérégulations dévastatrices des mondes du travail
« Ils cherchent des gens soumis » : déconstruction des droits du travail
Pression au travail, hypercontrôles et exclusion des dissidents
Désolidarisation des équipes et absence de lieux de délibération
« Des fois, j’ai des pointes de cœur » : stress et asservissement au travail
Emoussements affectifs et sexuels
Crise morale, injonctions paradoxales et sacrifices humains
Se dégager : construire un rapport soutenable au travail
L’épuisement au travail éclaire les systèmes d’emprise
5 - L’emprise des microtrafics de drogues sur les quartiers populaires
Résister

Un collectif a l’épreuve du microtrafic de drogues
Des vies en bas de la hiérarchie urbaine dans une cite cul-de-sac
Des habitats indignes, des espaces dévastes et abandonnés aux trafics
Les humiliations des habitants dans leurs relations avec le « système »
Le pouvoir des réseaux face aux instances socialisatrices
L’accrochage aux trafics de jeunes qui se font piéger
Le peu de secours, l’abandon et l’inaction de la puissance publique
Des vécus d’emprise qui affaiblissent et se répètent dans les familles
Les va-et-vient entre trafics et fondamentalismes religieux
« Se faire emboucaner »
Résister à l’emprise du trafic : la « méthode quartier »
S’appuyer sur la mobilisation des communautés de vie
Conclusion
Traversée des mondes et des systèmes d’emprise
Les lents processus de déprise
Remerciements
Notes.

Droits étrangers

I STOPPED EXISTING
The Worlds of Toxic Influence and Breaking Free

“I stopped existing.” These are words Pascale Jamoulle heard time and again during her seven years of fieldwork.

This work explores and seeks to shed light on systems of influence, the passage from one sphere of influence to another, as well as the dynamics of emancipation that enable people to break free. It studies sites of inquiry (the couple, the family, therapy, work, the underground economy) and first-person accounts of those who have lived under the hold of toxic influence. Specifically, it asks the following anthropological question: do all systems of toxic influence have the same structure, no matter the setting? Are the long, slow processes of breaking free similar?
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Pascale Jamoulle holds a Ph.D. in anthropology and a M.A. in humanities. A social worker, she lectures at the University of Mons and is a professor at UCLouvain (Louvain-la-Neuve and Mons campuses). She is a member of the Center for Social Inclusiveness Research (CeRIS/UMONS) and Laboratory of Potential Anthropology (LAAP/UCL). With La Découverte, she has published Des hommes sur le fil (Men on the Wire: The Construction of Male Identity among the Unemployed, Poche, 2008), Fragments d’intime (Fragments of Intimacy, 2009) et Par-delà les silences (Beyond Silences, 2013).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com