Une contre-histoire de la IIIe République

Marion FONTAINE, Frédéric MONIER, Christophe PROCHASSON

La classe politique française n’a cessé de célébrer la République au lieu d’y réfléchir. Dans la mythologie politique nationale, la IIIe République occupe l’une des meilleures places. Elle traîne derrière elle une mémoire positive qu’incarnent une figure familière (Marianne), une devise prometteuse (« Liberté-Égalité-Fraternité ») et de mémorables réalisations (l’école, la démocratie ou l’armée des citoyens). Dans les années 1980, historiens et hommes politiques se sont alliés pour chanter les louanges d’un « modèle républicain » enchanté résumant un « rêve français » au fondement d’une identité nationale.
Cet acharnement aveugle à certains angles morts a du coup suscité les critiques, remettant en cause poncifs et clichés cultivés par l’historiographie républicaine de la IIIe République. Celle-ci n’avait-elle pas oublié d’accorder le droit de vote aux femmes ? N’avait-elle pas ardemment colonisé le monde aux noms des valeurs les plus ambivalentes ? L’inclusion politique des ouvriers n’avait-elle pas été payée du prix de leur exclusion sociale ? À la légende dorée de la République s’est ainsi opposée une légende noire ternissant un « modèle » de ses impensés, de ses oublis, voire de ses crimes.
Cette contre-histoire de la IIIe République appelle un autre regard. Elle s’attarde sur des réputations usurpées sans pour autant tenir le discours de l’accusation. Elle réfute les mises en cause anachroniques en présentant la IIIe République non comme un modèle à suivre ou à contourner, mais comme un moment d’histoire à penser. Un livre essentiel pour comprendre les enjeux républicains d’aujourd’hui.

Version papier : 26,50 €
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Détails techniques
Collection : Cahiers libres
Parution : mars 2013
ISBN : 9782707174239
Nb de pages : 400
Dimensions : 155 * 240 mm

Marion FONTAINE

Marion Fontaine est historienne, maître de conférences à l’université d’Avignon. Ses travaux portent sur l’histoire sociale et politique des mondes ouvriers. Ils concernent également l’histoire des gauches en France, ainsi que l’histoire des loisirs sportifs et du temps libre.

Frédéric MONIER

Frédéric Monier, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université d’Avignon, est un spécialiste de l’histoire politique de la France de la IIIe République. Il a publié Le complot dans la République. Stratégies du secret de Boulanger à la Cagoule (La Découverte, 1998) et Les années vingt (Le Livre de poche, 2000).

Christophe PROCHASSON

Christophe Prochasson, historien,est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est membre de la rédaction de Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle et de Mouvement social. Il collabore à la collection « Repères » (Éditions La Découverte).

Extraits presse

Le livre est intéressant, astucieux et ouvre de nombreuses pistes. Il ne s'agit non pas d'être contre mais de porter un regard différent sur la III° République, celle de Jules Ferry, ce modèle auquel on se réfère sans plus vraiment savoir pourquoi. Car, en effet, lorsqu'on parle de valeurs républicaines, de pacte, de sanctuaire ou d'ordre républicains, c'est à elle que l'on renvoie comme si elle s'imposait comme la matrice de toutes les autres. Pourquoi ? C'est la grande question qui sert de guide à ce collectif d'une vingtaine d'historiens mené avec énergie par Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson sous l'impulsion de François Gèze, le patron de la Découverte. Décortiquée mais pas systématiquement attaquée, la III° République est mise à nue dans son ensemble d'institutions, de symboles et d'idées avec ses promesses pas toujours tenues en matière de liberté et de citoyenneté ou dans la place accordée aux femmes, aux ouvriers et aux catholiques. Les différentes contributions incitent à dépasser la célébration de la République pour réfléchir à ce qu'elle représente dans la mythologie nationale.

15/02/2013 - Laurent Lemire - Livres Hebdo

 

Cette "contre-histoire" a le mérite de remettre de nombreuses idées en place, en labourant dans tout les sens, y compris dans des domaines très sensibles comme celui de l'histoire coloniale.

21/03/2013 - Jacques de Saint Victor - Le Figaro littéraire

 

Les auteurs de cet ouvrage sont partis d'une observation : la référence incessante dans le discours politique depuis l'échec du « socialisme » des années 1980 aux « valeurs républicaines » et au « modèle républicain ». Selon eux, ce nouveau langage, entendu à droite comme à gauche, serait évocatoire d'une République particulière, la IIIe - « surtout celle d'avant 1914, qui est élevée au rang d'étalon indépassable ». On peut en discuter. Quand on parle aujourd'hui de « valeurs républicaines », on utilise une notion abstraite, quintessenciée, ne coïncidant que partiellement avec les réalisations de la IIIe République : les droits de l'homme datent de la monarchie constitutionnelle en construction ; le suffrage universel masculin et le « droit au travail » de 1848 ; la République « sociale » et le vote des femmes de la Libération et la décolonisation, de la Ve République. Mais peu importe ce contestable point de départ s'il est le prétexte d'un ouvrage qui se propose de revisiter cette République, de poser un regard neuf sur son histoire au moyen du questionnement renouvelé de notre époque. Disons-le d'entrée : l'entreprise, stimulante, est réussie. Les maîtres d'oeuvre ont voulu échapper à la « légende noire » qui, depuis une vingtaine d'années, est alimentée par des historiens préoccupés d'en finir avec la « légende dorée ». En refusant de se tenir à égale distance entre les deux versions, ils ont voulu situer leur démarche à un nouveau moment historiographique où la République cesse de se présenter comme un « modèle » ou un « antimodèle ».

01/05/2013 - Michel Winock - L'Histoire

 

Depuis une trentaine d’années, les références aux «valeurs» ou aux «principes» républicains se sont multipliées sur la scène politique. La République, en France, est devenue une sorte d’«étalon indépassable» de la démocratie que l’on invoque lorsque rien ne va plus ou que l’on manque d’inspiration. C’est sur cette étrange construction, ses formes, ses institutions et ses «boîtes noires», que se sont penchés les 27 historiens réunis dans ce livre collectif.

23/05/2013 - Dominique Kalifa - Libération

 

Une contre-histoire de la IIIe République s’inscrit comme une entreprise de recadrage sur cette Troisième République semblant aux hommes du XXIe incarner le républicanisme. Ainsi ne nous méprenons pas sur le titre de cet ouvrage, les contributeurs n’ont pas à l’idée de revenir contre tous les courants historiographiques qui jalonnent l’écriture de la IIIe République, ce qui ne les fait pas au demeurant s’abstenir d’évoquer les différents débats et controverses qui animent les historiens de la période. Il ne s’agit pas non plus de réécrire une histoire de la République ni même du régime républicain tel qu’il s’établit dans la société et les esprits tout au long du XIXe siècle et de ses révolutions. La visée des travaux ici présentés est sans conteste d’éclairer les « idées reçues » qui enserrent la Troisième République et contribuent de nos jours encore à faire de celle-ci un mythe. Il est apparu aussi nécessaire qu’indispensable aux contributeurs de se faire les rectificateurs d’une vision de l’histoire de cette République qui idéalisée, qui porteuse de fantasmes, s’érige comme la représentation paroxysmique du régime.

16/04/2013 - Simon Laporte - Liens socio

 

Vidéos

Table des matières

Introduction,par Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson
I / Les institutions et les valeurs républicaines : idées reçues
Les pratiques du pouvoir

1. « La plus longue des Républiques », par Nicolas Roussellier
2. Le président de la République : un prince républicain ?, par Christophe Prochasson
3. « La République est vivifiée par la vertu de ses hommes politiques », par Jens Ivo Engels
4. « La République est en danger », par Gilles Candar
Les formes de régulation sociale
5. « Le droit constitutionnel garantit le fonctionnement de la République » , par Guillaume Sacriste
6. « L’ordre est républicain », par Quentin Deluermoz
7. L’armée, une institution républicaine ?, par Odile Roynette
8. « La République fabrique des patriotes », par Olivier Cosson
9. « L’école républicaine est méritocratique », par Yves Déloye
La dynamique des exclusions
10. « La République garantit l’égalité des citoyens(ne)s », par Laura Lee Downs
11. « La République est ouverte à toutes les classes sociales », par Marion Fontaine
12. « La République est assimilatrice », par Claire Zalc
13. De la « mission civilisatrice » à la « République coloniale » : d’une légende à l’autre, par Pierre Singaravélou
14. « La République et les républicains, adversaires du religieux et des religions », par Perrine Simon-Nahum
II / Les boîtes noires de la République
L’élaboration d’une légitimité

15. L’Empire dans la IIIe République, par Natalie Petiteau
16. L’idée républicaine et ses métamorphoses, par Jean-Louis Fabiani
17. L’historiographie de la IIIe République : ni histoire ni République ?, par Vincent Duclert
18. La fondation de la République : histoire, mythe, et contre-histoire, par Sudhir Hazareesingh
La fabrique des normes
19. Science et progrès, des mythes pour la République ?, par Anne Rasmussen
20. Le pacte fiscal est-il républicain ?, par Nicolas Delalande
21. Compromis historique et déceptions démocratiques : la laïcité républicaine, par Patrick Cabanel
22. Liberté, égalité, identité : l’identification républicaine en question, par Bruno Bertherat
23. Quelle morale ? État, famille et religion, par Judith Surkis
La républicanisation : les processus
24. Une société de la distinction : politiques de l’honneur, par Frédéric Caille
25. La République des « faveurs », par Frédéric Monier
26. Les paysans au cœur de la République, par Alain Chatriot
27. La République, des « nouvelles couches » aux « classes moyennes », par Klaus-Peter SickConclusion,par Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson
Index des noms
Les auteurs.

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