La ville

Max WEBER

Comment définir la notion de ville, ou plutôt, comment rendre justice de la diversité du phénomène urbain sans renoncer pour autant à l’ambition conceptuelle ? Pour quelles raisons, en Occident seulement, les citadins se sont-ils parfois constitués en « citoyens » de leur ville, prenant l’administration de leurs affaires en main propre ? Et par quels curieux détours historiques cette figure typiquement occidentale du « citoyen » a-t-elle paradoxalement engendré celle du « bourgeois » moderne, de l’Homo oeconomicus consacrant sa vie au gain pacifique plus qu’aux affaires publiques ?
C’est à ces questions toujours actuelles que Max Weber tente de répondre dans cette vaste fresque sociohistorique publiée ici dans une nouvelle et rigoureuse traduction. Dix ans après L’Éthique protestante, il y examine comment s’est constituée la couche sociale de travailleurs libres sans laquelle le développement d’une éthique du travail, condition sine qua non du capitalisme moderne, eût été impossible. Il y analyse aussi les luttes sociales qui ont peu à peu fait passer le pouvoir politique, traditionnellement aux mains des élites militaires, dans celles de nouvelles élites économiques – des luttes qui, dans les villes, opposaient plus des « ordres » que des « classes » et présupposaient la fraternisation insurrectionnelle des bourgeois en « communes » autonomes. Ce faisant, il propose une généalogie du bourgeois moderne, vecteur social et corrélat anthropologique des deux puissances déterminantes de la modernité globale : le capitalisme d’entreprise et l’État bureaucratique.

Version papier : 17 €
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Détails techniques
Introduction de Yves SINTOMER, Aurélien BERLAN
Traduit par Aurélien BERLAN
Collection : SH / Politique et sociétés
Parution : octobre 2014
ISBN : 9782707178046
Nb de pages : 280
Dimensions : 155 * 240 mm

Max WEBER

Max Weber (1864-1920), principal fondateur de la sociologie allemande, fait l'objet d'une redécouverte en France depuis quelques années, comme l'attestent les traductions récentes ou annoncées d'œuvres du sociologue allemand (Sociologie des religions, Gallimard, 1996), ainsi que les travaux qui lui sont consacrés (Pierre Bouretz, Les promesses du monde, la philosophie de Max Weber, Gallimard, 1996). Il est notamment l'auteur de L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme et de Le Savant et le Politique.

Extraits presse

Cette nouvelle édition de l’ouvrage classique de Max Weber bénéficie tout d’abord des nombreux apports dus à l’important travail éditorial d’Aurélien Berlan : nouvelle traduction, révision des notes de bas de pages et du glossaire (rédigés par les précédents éditeurs allemands), rédaction d’une notice et d’une introduction qui resituent le propos de ce texte dans les réflexions générales de son auteur…

26/12/2014 - Jonathan Louli - Liens socio

 

Table des matières

Note éditoriale sur les éditions de Wirtschaft und Gesellschaft et leurs traductions françaises
Note éditoriale sur la présente traduction de La Ville
Introduction. Le citadin, le citoyen et le bourgeois, par Aurélien Berlan

Un chapitre de La Domination ? – Un complément à l’Éthique protestante ? – Un moment dans
la généalogie du type d’humanité caractéristique de la modernité

L’idéal-type de la ville occidentale comme commune
Du concept de ville à celui de commune : méthode comparative et idéal-typique – Caractéristiques de la commune : groupement, sociétisation, institution (Anstalt) – Genèse de la commune : fraternisation, synoecisme, conjuration – Conditions religieuses et militaires de la constitution en communes
Similitudes dans l’évolution politique des villes antiques et médiévales
Démocratie antique et démocratie médiévale – Les lois internes de l’évolution politique : critique
positive du matérialisme historique

Généalogie de la bourgeoisie occidentale
La polysémie de la notion allemande de « Bürger » et de ses dérivés – Du citoyen antique au bourgeois moderne : émergence de l’homo oeconomicus
1 / Concept et catégories de ville
Le concept économique de ville
La ville de consommateurs – La ville de producteurs et la ville de marchands – Le rapport des
villes à l’agriculture et le cas des villes de « citoyenspaysans » – La ville comme groupement menant une politique économique

Le concept politique de ville
La ville comme place forte et garnison – La ville, synthèse du château fort et du marché – La ville
occidentale comme commune – Différences avec les villes asiatiques et orientales – Présence en Orient de villes patriciennes sur le point de se constituer en communes

2 / La ville d’Occident
La spécificité de la ville occidentale, notamment médiévale
La stratification sociale urbaine : « L’air de la ville rend libre » – Conditions religieuses de la fraternisation en commune – Les obstacles à la fraternisation hors de l’Europe médiéval –L’individualisation du droit de cité dans les villes médiévales d’Europe du Nord.
La genèse de la commune médiévale, entre usurpation et octroi de privilèges
De la conjuration à la mise en place de consuls, notamment en Italie – Rôle des guildes, des
confréries et des métiers, notamment dans les villes du Nord – Rôle du Conseil et de la propriété
foncière, notamment dans les villes allemandes

L’auto-équipement militaire, un facteur décisif de la spécificité européenne
3 / La ville praticienne au Moyen Âge et dans l’Antiquité
La domination des notables ou « patriciens » au Moyen Âge
Venise, cas extrême de ville patricienne – L’évolution des autres villes italiennes : Guelfes, Gibelins et podestats – Les villes anglaises : cas extrême d’oligarchies liées à l’administration royale – Le renversement des patriciens dans les villes continentales du Nord
Les cités patriciennes antiques
Les premiers temps de la cité grecque – La cité patricienne : synoecisme, phratries, phylai et pouvoir de la noblesse – Différences et similitudes avec les villes patriciennes médiévales
La structure économique du patriciat
Une conduite de vie de rentier – Le mépris du travail lucratif systématique
4 / La ville plébéienne
Le renversement de la domination patricienne
Le popolo italien, un groupement politique révolutionnaire – Les tribuns de la plèbe à Rome et les
éphores à Sparte – Les résultats de la « démocratie » dans l’Antiquité et au Moyen Âge – La
tyrannie urbaine, notamment la signoria italienne

Tableau d’ensemble des conquêtes communales médiévales
Autonomie politique et politique d’expansion – Autonomie juridique – Autocéphalie politico-administrative – Autonomie fiscale – Politique économique autonome – Rapport des communes aux couches non bourgeoises : noblesse et clergé
Cités antiques et communes médiévales : des rapports différents au travail et à l’économie
L’environnement géopolitique et l’originalité des villes médiévales (du Nord) – Différences entre
les luttes sociales antiques et médiévales : intérêts de consommateurs
versus intérêts de producteurs – Structuration politique des villes en dèmes ou en tribus versus en métiers – Orientation politique de la cité antique versus orientation économique de la commune médiévale –Homo politicus versus homo oeconomicus – Évolution de la place des serfs, des esclaves pour dettes, des clients et des affranchis – La cité antique comme corporation de guerriers versus la commune médiévale (du Nord) comme vecteur de l’entreprise économique rationnelle
Les grandes puissances antiques : Athènes, Carthage, Rome
La spécificité romaine : la domination de la noblesse de fonction – Différences entre les cultures
grecque et romaine

Postface. De Max Weber à l’histoire globale, par Yves Sintomer
L’apport de la commune à l’histoire de l’Occident - Méthode idéal-typique et histoire globale – Une spécificité de l’Occident ?
Glossaire
Index.