La nature est un champ de bataille
Essai d'écologie politique

Razmig KEUCHEYAN

Face à la catastrophe écologique annoncée, les bonnes âmes appellent l’humanité à « dépasser ses divisions » pour s’unir dans un « pacte écologique ». Cet essai s’attaque à cette idée reçue. Il n’y aura pas de consensus environnemental. Loin d’effacer les antagonismes existants, la crise écologique se greffe à eux pour les porter à incandescence.
Soit la localisation des décharges toxiques : si vous voulez savoir où un stock de déchets donné a le plus de chances d’être enfoui, demandez-vous où vivent les classes populaires et les minorités raciales. Ces inégalités écologiques, dont le « racisme environnemental » est une forme, jouent à l’échelle des pays et à celle du monde.
« Marchés carbone », « dérivés climatiques », « obligations catastrophe » : les produits financiers « branchés » sur la nature prolifèrent. Faute de s’attaquer à la racine du problème, le néolibéralisme choisit de financiariser l’assurance des risques climatiques. C’est l’essor de la « finance environnementale » comme réponse capitaliste à la crise.
Surcroît de catastrophes naturelles, déstabilisation des océans, « réfugiés climatiques » par millions à l’horizon 2050… Autant de facteurs qui annoncent des conflits armés d’un nouveau genre, auxquels se préparent aujourd’hui les militaires. Finie la guerre froide, bienvenue aux « guerres vertes ».
Cet essai novateur fournit une grille de lecture originale pour saisir les enjeux de la crise écologique. À travers l’exposition édifiante des scénarios capitalistes face au désastre environnemental, il fait œuvre de futurologie critique.

Version papier : 10,50 €
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Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°489
Parution : juin 2018
ISBN : 9782348036286
Nb de pages : 234
Dimensions : 125 * 190 mm

Razmig KEUCHEYAN

Razmig Keucheyan est docteur en sociologie et professeur de sociologie à l'université de Bordeaux. Il est l'auteur de Constructivsme. Des origines à nos jours (Hermann, 2007), d'une anthologie des Cahiers de prison d'Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position (La Fabrique, 2012) ainsi que de Hémisphère gauche, cartographie des nouvelles pensées critiques, La Découverte, 2017, 3eéd..

Extraits presse

« Et si la «pensée critique» s’offrait un guide de voyage ? Et si le moment était venu de prendre acte de la mondialisation des idées en dressant la mappemonde des nouveaux courants ? De l’altermondialisme sud-américain au néomarxisme européen, des gender studies en vogue dans les universités américaines aux recherches postcoloniales où brillent lessociologues venus du sous-continent indien, la vie intellectuelle mondiale connaît depuis une quinzaine d’années un profond renouvellement. Problème : l’éparpillement conceptuel, thématique et même géographique rend difficile de s’y repérer. Il était temps de dresser un état des lieux, d’établir une «cartographie des nouvelles pensées critiques».Une carte peut être simpliste, dessinée à gros traits, comme sur les dépliants à l’entrée des parcs de loisirs : une flèche pour le train-fantôme, une autre pour la rivière canadienne, un énorme «I» pour le «point information». Celle dressée par Razmig Keucheyan, un jeune sociologue français, tient plutôt de l’album routier. Ecrit avec intelligence et clarté, ce qui n’est pas si fréquent dans ce genre de littérature, il recense les grands thèmes actuels - le nouveau capitalisme, les transformations de l’Etat-nation, la question de la démocratie, le genre… - et présente une vingtaine de figures incontournables, parmi lesquelles Negri, Agamben, Badiou, Rancière, Butler… »
LIBÉRATION

« De Toni Negri à Slavoj Zizek, de Jacques Rancière à Giorgio Agamben, d’Axel Honneth à Judith Butler, de Leo Panitch à Giovanni Arrighi, de Daniel Bensaïd à Fredric Jameson, d’Ernesto Laclau à Alain Badiou, plébiscité pour la radicalité de ses textes quasi-insurrectionnels (dont le bestseller De quoi Sarkozy est-il le nom ?), ces penseurs critiques ne sont pas exclusivement commentés dans les cercles autorisés : ils sont lus partout, par beaucoup, comme les nouveaux guides spirituels d’un monde à réenchanter, où la question de l’égalité ? des droits, des identités, des imaginaires ? doit se redéployer au risque d’un fatal recul démocratique. Mais au fond, outre leur posture commune ? celle d’une volonté de rupture avec l’ordre dominant ?, qu’est-ce qui réunit tous ces théoriciens, issus de courants de pensée parfois éloignés, travaillant sur des objets diversifiés ? C’est à ce travail d’éclaircissement d’une pensée aux mille ramifications que s’est attaché le sociologue Razmig Keucheyan dans un précieux ouvrage, dont la vertu première tient à son effort pédagogique. De sorte que sa cartographie servira de guide à tous ceux qui rêveraient de mieux saisir les concepts de ce renouveau critique. Grâce à des rapprochements pertinents entre des territoires dispersés de la pensée contemporaine, grâce à ses explorations au coeur de théories souvent conçues comme des laboratoires d’action pratique, Razmig Keucheyan aide à voir plus clair. »
LES INROCKUPTIBLES

« Les années 1980 semblaient leur avoir donné le coup de grâce, avec pour point d’orgue la chute du mur de Berlin en 1989. Pourtant, depuis les années 1990, les « pensées critiques » connaissent un nouvel essor. À gauche toute. Elles prennent corps avec de nouveaux mouvements sociaux, telles les manifestations contre l’OMC à Seattle en 1999, le Forum social mondial de Porto Alegre en 2001, ou la montée de la gauche en Amérique latine. Razmig Keucheyan entend dans Hémisphère gauche « cartographier » ces nouvelles pensées et donner quelques points de repère pour s’orienter dans un paysage foisonnant et dense. L’exercice est périlleux. L’auteur tranche dans le vif, s’attache aux « stars » (Toni Negri, Judith Butler, Alain Badiou, Slavoj Zizek…) mais aussi à des penseurs moins connus du grand public mais non moins féconds, tels Leo Panitch, Ernesto Laclau, David Harvey, Alvarao Garcia Linera ou Robert Cox. »
SCIENCES HUMAINES

22/04/2010 -

 

Ce livre retient l’attention essentiellement pour deux raisons. Tout d’abord, parce qu’il dresse un panorama bien détaillé de ce que la pensée critique mondialisée compte d’important aujourd’hui. C’est donc l’occasion, pour les non-spécialistes, de découvrir l’œuvre de penseurs parfois difficiles comme Zizek, Butler, Negri ou encore Jameson (entre autres). Celle aussi du géographe marxiste américain David Harvey, dont l’auteur dit avec raison « qu’il n’est pas exclu que la postérité fasse un jour (de lui) l’un des représentants majeurs des pensées critiques de la fin du XXe siècle et du début du XXIe». À travers ces auteurs, le livre aborde des questions à la fois classiques et difficiles : l’impérialisme, la nation, les nouvelles formes du capitalisme, les classes, le féminisme, etc.

19/11/2013 - Florian Gulli - L'Humanité

 

Depuis que la Théorie Critique est en voie de disparition, les pensées critiques tendent, elles, à proliférer. Elles recouvrent aujourd’hui des acceptions aussi multiples que « la théorie queer » développée par la féministe nord-américaine Judith Butler, la métaphysique de l’événement proposée par Alain Badiou, la théorie du postmodernisme de Fredric Jameson, le postcolonialisme de Homi Bhabha et Gayatri Spivak, l’open marxism de John Holloway ou encore le néolacanisme hégélien de Slavoj Zizek » (p. 8). Autrement dit, les formes de critique qui tendaient à être unifiées, notamment dans le marxisme occidental, sont devenues non seulement très disparates entre elles, mais bien souvent contradictoires les unes envers les autres. Leur forme commune est sans conteste « l’hybridation » (p. 94), principalement entre les multiples avatars du marxisme et du poststructuralisme. C’est en partant du constat de la « défaite de la pensée critique » que l’auteur entend montrer les spécificités des nouvelles pensées critiques.

23/01/2014 - Lecture

 

Table des matières

Introduction
I / Racisme environnemental

Un événement philosophique
La couleur de l’écologie
L’ouragan Katrina comme « métaphore » du racisme environnemental
La spatialité du racisme
Saturnisme et lutte des classes
Postcolonialisme et crise environnementale : le conflit au Darfour
Les inégalités écologiques : une approche marxiste
Archéologie du racisme environnemental
Race et reboisement
Purifier la nature…
…et naturaliser la race
Exporter l’environnement
L’écologie politique qui vient
Conclusion
II / Financiariser la nature : l'assurance des risques climatiques
Des marchés financiers « branchés » sur la nature
Principes de l’assurance
Des nouveaux risques ?
Ontologie de la catastrophe
Risque et postmodernité
Les aventures de l’assurabilité
Cat Bonds, ou les obligations catastrophe
La nature comme « abstraction réelle »
Marchés carbone et développement inégal
Construire des marchés profitables
Une obligation « multi-cat » au Mexique
Crise écologique et crise fiscale de l’État
Une nature dérivée
La nature comme stratégie d’accumulation
Conclusion
III / Les guerres vertes, ou la militarisation de l'écologie
Une doctrine émergente
Dictature bienveillante
Spécialistes du chaos
Terrorisme et changement climatique
La nouvelle écologie militaire
Conservation et contre-insurrection
Éconationalisme
Agent orange
De la guerre froide aux guerres vertes
La fin des guerres conventionnelles ?
Double mouvement
Réfugiés climatiques
Dissuasion nucléaire et crise écologique
Guerre et biocarburants
Les océans déstabilisés
Le partage de l’Arctique
Pôle Nord et mondialisation
Marchandiser la fonte des glaces
La vitesse de circulation du capital
Conclusion
Conclusion : fin de partie ?

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