L'histoire comme champ de bataille - Enzo TRAVERSO

L'histoire comme champ de bataille
Interpréter les violences du XXe siècle

Enzo TRAVERSO

Le XXe siècle s’est arrêté un beau jour de 1989, avec la chute du mur de Berlin. Ce qui jusqu’à la veille palpitait dans le présent a soudainement semblé faire partie de l’histoire. Profondément affectée par cette rupture, l’historiographie a dû remettre en cause ses paradigmes, questionner ses méthodes, redéfinir ses domaines.
Dans ce livre, Enzo Traverso reconstitue de manière magistrale et critique le tableau d’ensemble des mutations qui sont au cœur des grands débats historiographiques actuels. Il y aborde les grandes catégories interprétatives, tant anciennes (révolution, fascisme) que nouvelles (biopouvoir), pour mettre en lumière à la fois la fécondité et les limites de leurs apports ou de leurs métamorphoses. Il y interroge le comparatisme historique, d’abord en étudiant les usages de la Shoah comme paradigme des génocides, puis en mettant en parallèle l’exil juif et la diaspora noire, deux thèmes majeurs de l’histoire intellectuelle. Il analyse, enfin, les interférences entre histoire et mémoire, entre mise à distance et sensibilité du vécu, qui affectent aujourd’hui toute narration du XXe siècle.

Version papier : 12 €
Version numérique : 11,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°359
Parution : janvier 2012
ISBN : 9782707171511
Nb de pages : 304
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782707194381
Format : EPUB

Enzo TRAVERSO

Enzo TRAVERSO

Enzo Traverso est né en Italie en 1957, il a enseigné les sciences politiques à l’Université de Picardie Jules Verne. Il est professeur de sciences humaines à Cornell University (New York). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, traduits en une douzaine de langues. Parmi ses derniers travaux, Le Totalitarisme (Seuil, 2001), La violence nazie (La Fabrique, 2002), À feu et à sang. La guerre civile européenne 1914-1945 (Stock, 2007 ; Hachette-Pluriel, 2009). À La Découverte, il a publiéLes Juifs et l’Allemagne (1992), L'Histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle (2010, 2012) et La Mélancolie de gauche. La force d'une tradition cachée, XIXe - XXIe siècle (2016)

Extraits presse

Auteur d'essais importants consacrés aux tragédies du XX° siècle, Enzo Traverso propose ici un recueil de textes qui donne une vue d'ensemble de ses réflexions. S'inspirant de Walter Benjamin, discutant François Furet ou Eric Hobsbawm, il parcourt les grands débats portant sur la mémoire du siècle passé: guerres, totalitarismes, génocides. Mais son propos n'est pas que savant: ce qui intéresse Enzo Traverso, c'est de comprendre le moment politique actuel, celui qui s'est ouvert avec la chute du mur de Berlin. Et surtout d'en éclairer les enjeux "pour ceux qui n'ont pas choisi le désenchantement résigné ou la réconciliation avec l'ordre dominant.

13/01/2011 - Jean Birnbaum - Le Monde

 

Ce livre, compilation de différents articles retravaillés par l'auteur pour leur donner la cohérence de l'essai, analyse avec talent les débats historiographiques autour des violences du monde contemporain. Traverso y aborde certaines de ses thématiques de prédilection (le fascisme, le totalitarisme, le génocide...) poursuivant sans redondances un dialogue fécond avec les penseurs des cataclysmes du XX° siècle; il s'intègre ainsi dans la lignée d'une "histoire des concepts" outils indispensables selon lui pour "déconstruire les mots par lesquels l'histoire se fait, ses acteurs la conçoivent et la représentent". [...] L'ouvrage foisonnant de Traverso est au final une belle réussite: il nourrit et clarifie la pensée; il incite surtout à la vigilance face à l'instrumentalisation de l'histoire, à la tentation de comparer l'incomparable.

01/03/2011 - Sébastien Jahan - Lire

 

C’est un livre d’histoire sur l’histoire dans l’histoire, celle du XXe siècle avec ses utopies fracassées ou muées en cauchemar. Une «histoire comme champ de bataille» selon la formule du titre, c’est-à-dire comme terrain d’affrontements politiques et idéologiques. L’histoire en effet s’écrit toujours au présent. «Les événements qui entourent l’historien et auxquels il prend part constituent la base de sa présentation comme un récit à l’encre sympathique», relevait le philosophe allemand Walter Benjamin qu’Enzo Traverso cite volontiers dans ce livre. L’historien d’origine italienne aime aussi à se référer au concept de «futur passé» forgé par Reinhart Koselleck, historien allemand, soulignant que «le passé et le futur, loin d’être deux continents rigoureusement séparés, sont unis dans une dynamique créatrice». Le présent donne un sens au passé. Et ce dernier fournit aux acteurs de l’histoire un immense réservoir d’expériences leur servant à écrire l’avenir. D’où le grand intérêt de ce livre avec ses partis pris parfois discutables mais toujours stimulants.

31/03/2011 - Marc Semo - Lire

 

Le XXIe siècle sera-t-il le tombeau des utopies ? La réponse dépend en partie du regard que les historiens porteront sur le précédent. Dans cet ouvrage, Enzo Traverso s’interroge sur l’écriture de l’histoire aujourd’hui. À en croire Eric Hobsbawm, le XXe siècle a été « l’âge des extrêmes », celui des catastrophes. À la chute du mur de Berlin, des discours ont célébré la victoire de l’Ouest. Francis Fukuyama proclama la victoire définitive de la démocratie libérale sur ses alternatives, et annonça la fin de l’histoire. Mais, pendant que les uns se félicitaient, d’autres adoptèrent le ton de la « mélancolie tragique », écrit E. Traverso. Ils ne regrettaient pas la fin des régimes totalitaires, mais constataient que, dans l’euphorie de la victoire, se dessinait aussi la fin des grandes espérances. Pour l’auteur, E. Hobsbawm est un représentant de ces derniers lorsqu’il fait ce constat sur le communisme « qu’il ne pouvait qu’échouer, mais qu’il fallait y croire ». L’histoire est donc aujourd’hui traversée par deux tendances, mais, si elles comptent toutes deux de grands historiens, la vision d’E. Hobsbawm est, pour E. Traverso : « Plus fructueuse que la célébration complaisante des vainqueurs. » En dressant le tableau des différentes sensibilités au sein de l’historiographie d’aujourd’hui, l’auteur met le doigt sur une réalité qui est que ce jeune XXIe siècle ne croit plus aux utopies. S’il est sans doute sage de ne plus partager la foi millénariste de certains acteurs du XXe siècle, il est aussi dangereux de ne soulever que les aspects négatifs de ce dernier et de croire qu’au fond, toute utopie aboutit irrémédiablement au totalitarisme. Comme l’écrivait le rhéteur romain Lucien de Samosate, le travail de l’historien consiste à raconter des faits accomplis, mais la difficulté reste toujours : de quelle manière ?

01/04/2011 - Pierre-Samuel Icikowics - Sciences Humaines

 

Italien d’origine, professeur de phi­losophie politique en France, Enzo Traverso s’attache à l’interprétation donnée par des historiens actuels sur la période allant de la Révolution d’oc­tobre 1917 à la Chute du mur de Berlin, en 1989. Son projet porte plutôt sur les organisations conceptuelles que les historiens actuels, consciemment ou non, mettent en oeuvre pour situer les violences staliniennes et hitlériennes dans le cadre de l’histoire générale. Les historiens interrogés sont très diffé­rents, de langues et de traditions uni­versitaires diverses, et la plupart des lecteurs auront besoin d’une informa­tion plus large sur les oeuvres évo­quées, alors qu’Enzo Traverso se contente trop souvent d’allusions cryp­tées. C’est dire que l’ouvrage ne sera vraiment utile qu’à des spécialistes, capables d’apprécier sur pièce. Remarquons cependant que le qua­trième et le cinquième chapitres, sans être d’une lecture facile, donnent un tableau intéressant des positions tou­chant à l’interprétation du rôle des exterminations nazies, de la Shoah, d’Auschwitz, dans le déroulement de l’histoire allemande et européenne.

01/09/2011 - Pierre Valin - Etudes

 

Un des livres les plus probes et les plus subtils sur ces questions d'histoire contemporaine qui restent, par delà les courtoisies académiques, autant de champs de bataille.

01/02/2011 - Marr Riglet - Lire

 

Table des matières

Introduction. Écrire l’histoire au tournant du siècle
Notes sur les sources
1. Fin de siècle. Le XXe siècle d’Eric Hobsbawm
Une tétralogie
Eurocentrisme
Communisme
Barbarie
Longue durée
2. Révolutions. 1789 et 1917 après 1989. Sur François Furet et Arno J. Mayer
Matrices du totalitarisme
Furies
Mythe et histoire
3. Fascismes. Sur George L. Mosse, Zeev Sternhell et Emilio Gentile
Constellations historiennes
Culture fasciste
Idéologie
Révolution ou contre-révolution ?
Usage public de l’histoire
4. Nazisme. Un débat entre Martin Broszat et Saul Friedländer
Une correspondance
Historisation
Apories
Antisémitisme
« Histoire intégrée »
5. Comparer la Shoah. Questions ouvertes
Comparatisme
Génocide
Antisémitisme et racisme
Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale
Totalitarisme
La Shoah comme synthèse
6. Biopouvoir. Les usages historiographiques de Michel Foucault et Giorgio Agamben
Biopolitique et historiographie
Le modèle foucaldien
Biopouvoir et souveraineté
Penser le XXe siècle
7. Exil et violence. Une herméneutique de la distance
Distance et critique
Exil et violence
Exil comme observatoire
Théorie voyageuse
Exil juif et Atlantique noir
8. L’Europe et ses mémoires. Résurgences et conflits
Historiciser la mémoire
Éclipse des utopies
Entrée des victimes
Identités européennes
Espaces mémoriels
Conclusion
Index des noms