La Découverte Live
Twitter
Youtube
Facebook
Catalogue / Documents / Boulots de merde !     

Boulots de merde !
Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers

Julien BRYGO, Olivier CYRAN

présentation
infos techniques
auteur
table des matières
extraits presse

Boulots de merde ! - Julien BRYGO, Olivier CYRAN
Imprimer la fiche

Lire un extrait


 
Pas un jour sans que vous entendiez quelqu’un soupirer : je fais un boulot de merde. Pas un jour peut-être sans que vous le pensiez vous-même. Ces boulots-là sont partout, dans nos emplois abrutissants ou dépourvus de sens, dans notre servitude et notre isolement, dans nos fiches de paie squelettiques et nos fins de mois embourbées. Ils se propagent à l’ensemble du monde du travail, nourris par la dégradation des métiers socialement utiles comme par la survalorisation des professions parasitaires ou néfastes.
Comment définir le boulot de merde à l’heure de la prolifération des contrats précaires, des tâches serviles au service des plus riches et des techniques managériales d’essorage de la main-d’œuvre ? Pourquoi l’expression paraît-elle appropriée pour désigner la corvée de l’agent de nettoyage ou du livreur de nans au fromage, mais pas celle du conseiller fiscal ou du haut fonctionnaire attelé au démantèlement du code du travail ?
Pour tenter de répondre à ces questions, deux journalistes eux-mêmes précaires ont mené l’enquête pendant plusieurs années. Du cireur de chaussures au gestionnaire de patrimoine, du distributeur de prospectus au « personal shopper » qui accompagne des clientes dans leurs emplettes de luxe, de l’infirmière asphyxiée par le « Lean management » au journaliste boursier qui récite les cours du CAC 40, les rencontres et les situations qu’ils rapportent de leur exploration dessinent un territoire ravagé, en proie à une violence sociale féroce, qui paraît s’enfoncer chaque jour un peu plus dans sa propre absurdité. Jusqu’à quand ?
Introduction. Le continent des boursiers
1. Au salon des petits boulots de merde : « Ayez des yeux de vainqueurs »
Léa, 24 ans, plante verte dans un palace parisien
2. Le service civique, ou les volontaires du travail obligatoire
Yasmine, 30 ans, préparatrice de sandwiches dans une multinationale alimentaire
3. Le « business en plein renouveau » des cireurs de souliers
Michel, 42 ans, enquêteur dans un institut de sondages
4. Emplois poubelle pour prospectus jetable
Abel, 30 ans, livreur à vélo pour une « appli » de repas à domicile
5. Les « héros anonymes » du contrôle aux frontières
Alain, 54 ans, ouvrier sous-traitant dans une usine de farine
6. Les nouveaux forçats du commerce de luxe
Jessica, 38 ans, responsable santé dans une usine Seveso
7. Toyotisation des hôpitaux : les malades sont-ils des voitures comme les autres ?
Thomas, 30 ans, contrôleur dans une société d'audit financier
8. De l'utilité sociale des hommes d'argent
9. « C'est la lutte collective qui redonne du sens à notre boulot »
Remerciements.

Popularisé par l'anthropologue David Graeber, le concept de "bullshit jobs" désigne la prolifération d'emplois dénués de sens, favorisée par la bureaucratisation généralisée de l'économie. Tout en repartant de Graeber, les deux auteurs s'en démarquent en insistant sur une autre dimension qui fait la "merditude" d'une quantité croissante d'activités laborieuses à notre époque - y compris certaines parmi les plus utiles à la société -, à savoir la précarisation de leurs conditions d'exercice. Concernés au premier chef par le phénomène en tant que journalistes pigistes, ils proposent une galerie non exhaustive mais saisissante de ces "boulots de merde" à partir des récits de ceux qui les exercent, des livreurs de prospectus aux chasseurs de migrants dans les ports menant vers l'Angleterre, en passant par les cireurs de chaussures, mais aussi les jeunes pousses des grands cabinets d'audit. Tous ont en commun de voir une grande partie de leurs heures de travail volées par leurs employeurs via différentes ficelles, telles que la nécessité d'endosser le statut d'auto-entrepreneur. Sans prétendre brosser une grande analyse théorique, les auteurs esquissent certaines pistes pour comprendre le sens de ces évolutions. Ils donnent souvent de leur personne en se rendant au salon du lean management ou en allant interviewer l'inénarrable porte-voix des marchés financiers Jean-Pierre Gaillard. Un récit à la première personne - du pluriel - qui réussit le tour de force de faire rire autant que d'indigner, en espérant surtout susciter la mobilisation.

01/09/2016 - Igor Martinache - Alternatives Économiques

 

Qu'est-ce qu'un « boulot de merde » ? L'expression est triviale, mais bien présente dans les conversations. Journalistes spécialisés dans l'enquête sociale, Julien Brygo et Olivier Cyran tentent d'apporter une réponse dans un livre mêlant enquête de fond et reportages d'une rare opiniâtreté, notamment lorsqu'il s'agit d'aller interroger les maîtres d'oeuvre de (presque) chacune des situations présentées.
Il y a ceux qu'un confortable ennui salarié fait souffrir (le fameux bore-out, très médiatisé). Mais il y a surtout ceux qui triment pour quelques euros dans les soutes de la société. Deux critères se mêlent, qui rendent difficile une lecture immédiate des « boulots de merde »: l'utilité sociale d'un travail et les conditions d'exercice de celui-ci. Un travail socialement utile, par exemple celui d'infirmier, peut ainsi se transformer à l'occasion de changements statutaires ou managériaux en « boulot globalement merdique ».
Un travail très bien rémunéré et passionnant pour celui qui l'exerce, par exemple certains métiers de la finance, peut aussi se révéler socialement inutile, voire nuisible. Sans compter les jobs aux contours mal définis qui cumulent inutilité sociale et conditions d'exercice déplorables (livreurs de prospectus publicitaires, hôtesses d'accueil potiches, etc.). Ou encore certaines activités plus ou moins utiles, aux statuts souvent extravagants, encouragées par les pouvoirs publics pour occuper les chômeurs, et un peu vite labellisées « économie sociale et solidaire »
Des vigiles de Dunkerque aux postiers de Marseille, en passant par les livreurs à vélo de Paris ou les cireurs de souliers « auto-entrepreneurs » de la Défense, cet ouvrage livre des clés qui permettent incontestablement de mieux comprendre notre époque. Pas très optimiste, mais incontestablement édifiant.

06/10/2016 - Jérôme Anciberro - La Vie

 

Ils sont cireurs de chaussures, infirmiers, distributeurs de prospectus, ou gestionnaire de patrimoine… Leur point commun: ils font des boulots de merde. Julien Brygo et Olivier Cyran, journalistes, qui, comme ils le confient d’emblée «font partie du club», ont décidé d’aller à la rencontre de ces métiers, y compris les plus utiles socialement, rongés par la précarisation. Avec une plume acerbe et un brin de cynisme, ils font un état des lieux partiel mais édifiant de la «merditude du travail» aujourd’hui à travers les récits des travailleurs, qu’ils mettent en perspective avec les mesures gouvernementales et les nouvelles techniques de management.

07/10/2016 - Manon Legrand - Alter Echos

 

Mais « qu’est ce qui nous prend au juste d’assimiler le travail d’un Jean-Pierre Gaillard [ex-chroniqueur à boursier]à un boulot de merde ? » s’interrogent-ils. C’est là tout le propos de l’ouvrage. Bien au-delà des témoignages, l’intérêt du livre est de poser la question de l’utilité sociale des métiers. La valeur du travail ne devr ait-elle pas tenir compte de ce qu’il apporte à la société ?

12/12/0016 - Anne Rodier - Le Monde

 

 
Mentions légales - Plan du site - Crédits - Éditions La Découverte, 2017