À l'époque où l'esclavage s'impose dans les îles françaises des Antilles, le travail devient, dans les sociétés européennes, un élément constitutif de l'avènement de la modernité capitaliste dans les sociétés occidentales. Bien qu'étroitement articulé au système économique européen, le système esclavagiste apparaît s'opposer à cette mise en gloire du travail. C'est ce paradoxe que l'ouvrage de Caroline Oudin-Bastide s'efforce d'explorer. Mobilisant une documentation très diverse (ouvrages esclavagistes et abolitionnistes, correspondance administrative et textes littéraires), elle montre que les planteurs esclavagistes des Antilles françaises, installés dans la consommation ostentatoire, s'adonnant au jeu et aux plaisirs, cultivant l'oisiveté, ne formèrent pas une classe capitaliste, partageant cet " esprit du capitalisme " propre, selon Max Weber, à la bourgeoisie montante. Elle analyse par ailleurs très finement le rapport au travail des esclaves, généralement contraints à la forme la plus extrême et la plus inhumaine de travail pour autrui. En étudiant les modalités du travail servile, de sa division et de ses statuts, comme de ses pratiques quotidiennes, Caroline Oudin-Bastide offre une contribution importante à l'anthropologie du système esclavagiste, qui se caractérise avant tout par sa logique de dévalorisation du travail, d'autant plus grande qu'elle fut constamment, et nécessairement, associée à la violence, considérée comme l'unique moyen de vaincre la " paresse naturelle " de l'esclave. Au carrefour de l'histoire économique et de l'anthropologie historique, cet ouvrage dresse un portrait original et saisissant de la société esclavagiste des Antilles françaises.


2026-05-01 - PRESSE

Introduction
Quelques repères historiques
1. Les planteurs et l'" esprit du capitalisme "
Ostentation et simulacre
Otium et negotium
2. L'irrésistible érosion du travail " sous peau blanche "
Une inéluctable substitution ?
Une agriculture sans paysans ?
Une érosion expliquée
Une érosion contestée
3. La division du travail servile
La division sociale du travail esclave
La division technique du travail servile
L'origine et la race
Un travail désexualisé ?
Travail et œuvre
4. Travail pour autrui et travail pour soi
Jardins et " samedi-nègre "
Location d'esclaves
Une subvension du système ?
5. De l'inhumain
Marchandise et bête de somme
De la nécessité de la violence
6. L'ambivalence de la relation maître-esclave
Une inquiétante proximité
Fuite dans la mort et marronnage
7. Travail et émanticipation
De la paresse des nègres
Moraliser les nègres.
Conclusion.