La France des Belhoumi
Portraits de famille (1977-2017)

Stéphane BEAUD

Un livre de plus sur les jeunes « issus de l’immigration » ? Pour dénoncer les discriminations qu’ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers « difficiles » ? Et conclure sur l’échec de leur « intégration » dans notre pays ?
Non. L’ambition de ce livre est autre : décentrant le regard habituellement porté sur ce groupe social, il retrace, à partir d’une enquête sur la longue durée, le destin des huit enfants d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province. Le récit de leurs parcours – scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. – met au jour une trajectoire d’ascension sociale (accès aux classes moyennes) et essaie d’en expliquer les raisons. Cette biographie à plusieurs voix montre différents processus d’intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le « club France », en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015 qui ont singulièrement compliqué la donne pour les descendants d’immigrés algériens.

Version papier : 13,50 €
Version numérique : 11,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°526
Parution : 10/09/2020
ISBN : 9782348063985
Nb de pages : 420
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782348063992
Format : EPUB

Stéphane BEAUD

Stéphane BEAUD

Sociologue, Stéphane Beaud, est professeur de science politique à Sciences Po Lille, membre du Ceraps. Il a notamment publié, à La Découverte, Guide de l’enquête de terrain (avec Florence Weber, 1997), Retour sur la condition ouvrière (avec Michel Pialoux, 2012 ; 1re éd. Fayard, 1999), 80 % au bac, et après ? (2002, 2005), Pays de malheur ! (avec Younès Amrani, 2004, 2005).

Table des matières

Avertissement
Introduction
Brève présentation de la famille

Les parents
Les huit enfants (par ordre de naissance)
1. Histoire d’une émigration-immigration en France
Questions de méthode
Le père, venu des hauts plateaux de Mascara, dans et hors de la guerre d’Algérie
La mère, une jeune femme « de la ville »
L’émigration du père en France : une histoire de « jetons »
Parenthèse : quel « héritage colonial » aux yeux des parents Belhoumi ?
Le père, une invalidité professionnelle précoce en France
Le lien maintenu avec l’Algérie, la maison « là-bas »
I / Les cinq soeurs : école et émancipation
2. Les deux soeurs aînées : locomotives de la fratrie et soutiens de famille

Le mot d’ordre du père : « Travailler avec le stylo ! »
Samira trace le sillon
Leïla, une fille « de l’extérieur »
Effets de lieux : de la mixité en école primaire
La figure salvatrice des institutrices
Grandir dans une famille « pauvre », devenir tôt « soutien de famille »
Envisager des études supérieures, demander les « papiers français »
3. Les trois cadettes : suivre la trace des aînées
Quand l’enquête vient perturber la relation aînées-cadettes
Une scolarité primaire encadrée de près par les aînées...
... mais une forme de fragilité, inédite, dans la fratrie féminine
Sortir du quartier, l’ouverture par le sport
Le collège du quartier : trois soeurs et trois visions différentes
L’épreuve de l’arrivée au lycée
La menace de renvoi au lycée : « C’est à cause de filles comme toi qu’on vote Le Pen »
4. Stratégies matrimoniales et mobilité géographique
Brève description des parcours matrimoniaux de la fratrie
L’« obsession » du mariage des filles aînées : comment
Samira y fait face...
... et comment Leïla résiste
Repousser le mariage et la maternité
Samira et Leïla comme « têtes de pont » de la fratrie à Paris
Le mariage plus précoce des cadettes
Retour « au quartier » de Dalila et sentiment de déclassement
En guise de contrepoint, les frères : mariage avec des « Françaises »
II / Les trois frères sous la protection bienveillante des soeurs aînées
5. Les trois garçons : de l’échec scolaire à l’intégration professionnelle

Les trois garçons face à l’enquête : entre intérêt et prudence
Des scolarités avortées : liberté des garçons et effet de quartier
Quand Mounir « tente » allemand/latin au collège
Discrimination, racisme... Les garçons en première ligne
Quand les soeurs aînées aident leurs frères à s’établir sur le marché du travail
6. Le fils aîné : de la chute au rétablissement
Rachid et son histoire : en parler ou pas à l’enquêteur ? ...
De l’échec scolaire au sentiment d’être un « bon-à-rien »
Arrêt de l’école, placement en foyer, puis prison
Le salut par le travail, la respectabilité que donne l’« argent propre »
« Trahi » par son orthographe : le retour du stigmate scolaire
Quand Rachid était un « trophée » pour les femmes en quête de transgression
L’histoire de Rachid vue par ses soeurs
7. Chauffeur de bus à la RATP : l’apprentissage du travail et du syndicalisme
La découverte de la RATP, un « gars de cité » au travail
Conflits au travail : apprendre à « ne plus se laisser faire »
Au dépôt de bus, coincé entre les « Le Pen » et les « barbus »
Une envie d’« évoluer », voire de quitter le cocon de la RATP
De la CFDT à SUD : la découverte désabusée du syndicalisme à la RATP
Un « Arabe provincial » à la capitale
Épilogue à la deuxième partie. Les parents en filigrane
III / Le rapport au politique et à la région dans la fratrie
8. Quand les soeurs aînées ancrent la fratrie « à gauche »

Du côté du père, un regard oblique sur la politique en France
Quand les soeurs aînées donnent le ton politique dans la fratrie
Leïla : une éducation politique à Sardan, ville communiste
Avec le PCF, « pas de bague au doigt ! »
Le rapport au « populo » : la différence avec Samira
Les frères à distance de la politique
Amel et son entrée ratée en politique à la « fac de socio »
Tenir un bureau de vote à Paris, une expérience politique fondatrice
9. Quand Nadia passe « à droite » : mobilité sociale ascendante et rapport au politique
Les contradictions d’un couple improbable
Hollande et la gauche : un déficit de « charisme » et la taxation des classes moyennes
La découverte du milieu social UMP et de la force des « réseaux »
En province, la rencontre au travail de la « France profonde »
Gérer les usagers : « voilées » et « barbus »
La présence religieuse dans le quartier : un indice de déclassement résidentiel
10. À l’épreuve des attentats djihadistes de 2015
Les « trois soeurs » sous le choc
La manif du 11 janvier : « Je suis fière, ivre de la joie des gens qui m’entourent » (Amel)
Les autres frères et soeurs : « pas trop Charlie»...
Les attentats vus de la Mission locale de l’emploi
L’insupportable injonction à se désolidariser des djihadistes
11. Les usages de l’islam dans la fratrie, un révélateur de la différence de générations
Le paysage religieux dans la famille Belhoumi
Un repas de ramadan qui se passe mal
Petites surenchères religieuses, ici et là
Empreintes générationnelles dans la fratrie
Les soeurs aînées, héritières de la génération de la Marche pour l’égalité de 1983
Les trois cadettes dans l’orbite de la « génération de cité »
Le « féminisme pratique » comme facteur d’unité transgénérationnelle
Épilogue
Conclusion

Les ressorts de l’ascension sociale
Les enfants d’immigrés algériens : un groupe social clivé
Comprendre l’« intégration » sur la longue durée
La politisation de l’islam et ses effets
Le soubassement des expériences scolaires dans les parcours djihadistes
Une gauche qui a failli, une France « moins bienveillante »
Remerciements
Annexes

Sigles
Tableau 1. Chronologie de la famille Belhoumi
Tableau 2. La fratrie Belhoumi
Tableau 3. Rapport à la politique et à la religion de la fratrie Belhoumi
Postface
La lecture du livre par les enfants Belhoumi
La première « conférence Belhoumi » au lycée du Raincy...
... et dans un collège de quartier (REP) de l’est de la France
Un « atelier théâtre » autour de La France des Belhoumi
Notes.