À paraître
Chez les théoriciens de la révolution, le rire a toujours eu mauvaise réputation : l'insolence serait puérile, l'ironie mal intentionnée, le mot d'esprit réservé à la noblesse d'antan. Pourtant, les émeutes sont étymologiquement des émotions et, parmi les humeurs qui traversent les périodes de fièvre contestataire, il y a aussi l'irrévérence, la parodie, l'envie de se payer la gueule des puissants.
Plutôt que la chronique ou le catalogue, Yves Pagès choisit, dans cet essai, de croiser trois zones de cohabitation entre dérision et sédition, pour observer comment l'apparente légèreté du rire s'articule avec la gravité du désir d'émancipation. Il y a l'énergie festive des soulèvements, et les hypothèses de Bakhtine sur le carnaval qu'il faut reprendre à nouveaux frais : chambardement effectif, ou simple défouloir ? Il y a l'apport des avant-gardes artistiques aux effervescences sociales, et la ligne de crête fragile qui sépare l'ironie du cynisme. Il y a enfin la tentation martyrologique qui hante le messianisme révolutionnaire, avec ses rituels commémoratifs empreints de fatalisme.
Le livre n'élude pas les impasses contemporaines du rire insurgé, à commencer par la captation de la figure du bouffon par les nouveaux hommes forts, de Trump à ses émules. Contre la résignation ambiante, il cherche des antidotes au poison du pessimisme et rappelle, en guise de conclusion : plus que jamais, quand y'en a marre, on a le droit de se marrer.
