Dans les décennies précédant la Révolution française, des esclaves venus d'Afrique, des Caraïbes et de l'océan Indien se réfugient à Paris, dans l'espoir d'être libérés. La capitale culturelle des Lumières est alors célébrée comme une oasis de liberté, bien loin des ports français tristement célèbres pour leur commerce d'esclaves. Si les Français se sont lancés tardivement dans ce commerce, ils occupent à la fin des années 1780 une position dominante sur le marché mondial. Cette croissance explosive a transformé Paris en un lieu dangereux pour les esclaves en fuite, confrontés à des voisins indiscrets, des réseaux d'espionnage, des chasses à l'homme, des arrestations et des expulsions.
Leurs vies clandestines ont laissé des traces écrites. Dans un remarquable travail d'enquête historique, explorant de multiples strates d'archives (rapports de police, lettres de cachet, dossiers notariaux, registres portuaires, correspondances privées), Miranda Spieler retrace les parcours de cinq de ces esclaves : Jean, Pauline, Lucidor, Julien et Ourika.
En examinant leurs stratégies et leurs cachettes, leurs histoires familiales et leurs relations avec des figures célèbres, leurs espoirs déçus, leur persévérance et leur résilience, mais aussi la culture juridique racialisée qui imprègne tous les aspects de la vie quotidienne sous l'Ancien Régime, Miranda Spieler met en lumière une histoire cachée de l'esclavage et de la lutte pour la liberté, qui renouvelle la vision du Paris aristocratique de la fin du XVIIIe siècle.
David Pinkney Prize 2025
J. Russell Major Prize in French History 2026 remis par American Historical Association
James A. Rawley Prize in Atlantic History 2026 remis par American Historical Association



2026-08-03 - Revue Alarmer
C'est là qu'Esclaves à Paris atteint sa justesse la plus rare. Non lorsqu'il prétend restituer une parole perdue, mais lorsqu'il accepte de ne pas la posséder. Entre un papier de liberté, une serrure, une livrée ou une lame cassée, Miranda Spieler rend à l'existence ce que l'archive et l'ordre colonial avaient tenté de réduire à l'état de propriété.
2026-08-17 - Nicolas Gary - Actualitté
Dans un livre consacré aux esclaves à Paris sous l'Ancien Régime, l'historienne étasunienne Miranda Spieler cherche à comprendre si réellement, " tous les esclaves qui entraient en France étaient libres " durant l'Ancien régime, quand, dans les îles, commerce triangulaire et économie de plantation battaient leur plein.
2026-08-24 - Olivier Favier - RFI
L'ouvrage nous entraîne ainsi dans un paris tout à tour carcéral, subversif, mais aussi protecteur. Paris émerge, enfin, comme une capitale pleinement impériale (...). En somme une histoire qui dévoile avec force et sensibilité la part prise par les esclaves comme par les esclavagistes dans la fabrique du Paris des Lumières.
2026-09-01 - Domitille de Gavriloff - L'Histoire
On ne trouvera dans l'écriture de Spieler aucun des défauts persistants qui firent ensuite le succès d'un certain nombre de microhistoires : goût du pittoresque reconstitué, penchant pour la narration glissant vers la fiction, voire l'identification, appétence pour la leçon de choses couronnée d'un enthymème par chapitre. De même, elle se garde d'user des lieux communs en vigueur, évitant par exemple de parler d'agency (...) Si donc son écrit est bel et bien situé, il n'est pas positionné, et pourtant quelque chose s'en dégage d'aussi implacable que l'est l'objet de sa démonstration : prouver au cas par cas qu'au XVIIIᵉ siècle les esclaves à Paris, contrairement à ce que décidait la fameuse jurisprudence de 1315 selon laquelle " nul n'est esclave en France ", n'y accédaient à la liberté qu'au prix d'efforts extraordinaires – efforts le plus souvent déployés en vain.
2026-09-29 - Paul Bernard-Nouraud - En Attendant Nadeau
L'étude des "présences noires " et de la manière de les policer dans l'Europe moderne connaît un important dynamisme ces dernières années. Miranda Spieler y apporte une contribution majeure, non seulement par son cadre d'analyse (Paris), mais également par la réflexivité de sa démarche face au caractère fragmentaire des sources lorsqu'il s'agit d'y retrouver des vies d'esclaves. De ces silences d'archives, Miranda Spieler fait matière à réflexion, en les regardant comme l'écho des préoccupations des autorités et des imaginaires du temps. Cela fait de son livre un ouvrage où les pièces manquantes du puzzle demeurent visibles plutôt que cachées. Cela la conduit en outre à ouvrir son corpus à d'autres sources, afin d'apporter des éclairages adjacents susceptibles de donner une silhouette aux esclaves qu'elle étudie, et un paysage à leurs existences parisiennes. Se trouvent ainsi convoquées, autour des traces succinctes laissées par les cinq protagonistes du livre, l'histoire des institutions judiciaires, l'histoire du maintien de l'ordre, les histoires collectives et individuelles des planteurs, des compagnies esclavagistes, des régiments militaires où plusieurs tentèrent de se réfugier, et l'histoire d'autres esclaves fugitifs.
2026-10-02 - Côme Simien - Le Monde
L'enquête réalisée par Miranda Spieler, par sa nouveauté et les moyens engagés, est tout à fait remarquable. Comment retrouver celles et ceux qui étaient au ban de la société, qui se cachaient ou étaient en fuite et dont le physique était particulièrement visible dans le quotidien ? Analysant un nombre de documents impressionnant du Paris du XVIIIe, elle parvient à la reconstitution, avec des lacunes, du parcours de cinq esclaves. (...) Son enquête entend faire un sort à la fameuse maxime juridique : " Nul n'est esclave sur le sol français ".
2026-10-07 - Christiane Chaulet Achour - Collateral
A l'échelle de ces vies ordinaires que Miranda Spieler sort de l'oubli, la liberté n'est pas un principe universel intangible mais un statut fragile, voire opaque. De quoi nourrir nos interrogations sur cet idéal dont nous sommes les héritiers.
2026-10-08 - Pierre Berho - La Croix

Introduction
1. Jean
2. Pauline
3. Lucidor
4. Julien
5. Ourika
Conclusion
Remerciements
Abréviations
Index des noms de personnes et de lieux
Notes.