Devenir anorexique
Une approche sociologique

Muriel DARMON

Comment devient-on anorexique ? La sociologie a-t-elle quelque chose à dire à ce sujet ? On invoque fréquemment la « dictature de la minceur », les représentations médiatiques du corps féminin, les transformations des comportements alimentaires, pour expliquer la multiplication des cas d’anorexie chez les adolescentes. Plus généralement, l’anorexie est très souvent étudiée à travers les discours médicaux, psychanalytiques ou journalistiques qui détiennent sur ce sujet une sorte de « monopole de la parole légitime ».
Muriel Darmon a choisi, au contraire, de se tenir au plus près de l’expérience des personnes concernées par la maladie, de leurs propriétés sociales et culturelles, et s’efforce de reconstituer précisément les conduites et les processus qui font que des adolescentes en viennent à être diagnostiquées comme anorexiques. À partir d’entretiens avec des jeunes filles anorexiques hospitalisées ou non, avec leurs enseignants et avec des adolescentes du même âge, elle montre que l’anorexie peut être décrite comme un véritable « travail », une entreprise de transformation de soi qui requiert des dispositions spécifiques et qui s’organise en différentes phases composant une « carrière » anorexique, depuis l’engagement dans un régime jusqu’aux effets de l’hospitalisation et à la sortie de la maladie.

Version papier : 13,50 €
Version numérique : 12,99 €
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Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°270
Parution : 16/01/2014
Format : EPub
ISBN papier : 9782707153753 ISBN numérique: 9782707170392

Muriel DARMON

Muriel DARMON

Muriel Darmon, ancienne élève de l’École normale supérieure (Ulm), est sociologue et directrice de recherche au CNRS dans le Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS-EHESS-Paris I). Elle est également l’auteure de Devenir anorexique (La Découverte, 2003, 2008).

Table des matières

Remerciements - Introduction - Comment peut-on faire une sociologie de l’anorexie ? - Quelle approche sociologique ? - À quoi peut servir cette sociologie de l’anorexie ? - I. Partir d'un diagnostic - 1. Un détour par le XIXe siècle : enjeux historiques - Maladie et diagnostic : les « saintes anorexiques » - L'inscription du diagnostic dans les taxinomies médicales - Sous le regard de la médecine et de la famille - La redistribution des cartes du maigre - 2. Une entrée par l’hôpital : enjeux méthodologiques - Construire les corpus d’entretiens - Le diagnostic à l’hôpital H - Le diagnostic à la clinique C - Travailler les situations d’enquête et d’entretien - Des quasi-professionnelles du discours sur soi - Le travail de définition d’une situation d’entretien différente - Repérer le modelage des discours - Les reprises explicites - Des modelages distincts - Des modelages pluriels - Ouvrir une brèche pour la sociologie - Le poids du social - Les modalités d’intégration du social - L’assignation à résidence - II. La carrière anorexique - 3. « Transformer les individus en activités » - L’anorexie comme activité - Une « carrière » anorexique - Trois pistes dialectiques - Carrière et trajectoire - Une carrière « déviante » - « Mise entre parenthèses » et « mise en objet » du pathologique - Réintroduire des principes de variations - Une carrière déviante spécifique - 4. « Commencer » : s’engager dans une prise en main - Le commencement en questions - Les modalités du récit du commencement - Le commencement : une question de définition - Le commencement : un régime ? - Trois manières de « commencer » - « Commencer » par un régime - Ne pas « commencer » tout de suite par un régime - Ne pas « commencer » seulement par un régime - Se « prendre en main » - Une rupture mise en pratiques - Entrées et sorties de la prise en main - 5. « Continuer » (I) : maintenir l’engagement - Le travail sur les techniques - La rationalisation des techniques - Se forger des habitudes - Des tests techniques - Le travail de mesure - La rationalisation de la mesure - L’usage des techniques de mesure - Le goût pour les effets - Le goût pour les sensations physiques - Le goût pour la maigreur - Travail sur le temps et travail du temps - Un régime de vie : le travail sur le temps - Une incorporation de dispositions : le travail du temps - Les sorties de carrière - 6. « Continuer » (II) : maintenir l’engagement malgré les alertes et la surveillance - Le circuit des agents et des étiquettes - Les alertes - Le circuit des professionnels - La constitution d’un réseau de surveillance - Les exigences d’arrêt - La surveillance médicale et profane - Pouvoir maintenir l’engagement - Les réactions à la surveillance : de la discrétion au leurre - Les conséquences de l’étiquetage - 7. « Être prise en charge » : s’en remettre à l’institution - La « remise en questions » et en réponses de l’identité - La constitution hospitalière d’un groupe déviant - De « lâcher prise » à « se reprendre en main » : le travail sur les dispositions - « Lâcher prise » : arrêter le maintien de l’engagement - Accepter d’être « prise en charge » : la remise de soi - « Se reprendre en main » : le retournement des catégories - III. L’espace social de la carrière anorexique - 8. L’espace social de la transformation de soi - Le travail anorexique : des pratiques situées dans l’espace social - Se faire un corps - Se faire une culture - Quelques hypothèses sur le corps et la culture - La tension anorexique : un ethos socialement situé - L’ascétisme - Un ethos du contrôle sur le destin corporel et social - L’importance et la maîtrise des assignations - L’élitisme anorexique : vers l’exceptionnalité sociale - Les « gros » et les « grosses » comme repoussoir social - Le corps comme capital distinctif total - 9. L’espace social hospitalier - L’inscription sociale du diagnostic - La « résistance » : une posture située - Camille : la résistance en actes et en discours - Les stratégies de la résistance - Les conditions sociales de possibilité de la résistance - Conclusion.