Pourquoi les délits d'une partie de la jeunesse populaire, auparavant relativement tolérés, sont-ils désormais jugés insupportables ? Ces jeunes " difficiles " sont-ils des " sauvageons " perdus pour la société, comme se plaisent à le répéter certains responsables politiques ? Le travail socio-éducatif serait-il devenu inefficace, ne laissant d'autre alternative que la répression policière ? À partir d'une enquête menée sur des dispositifs judiciaires en région parisienne, Isabelle Coutant confronte la parole de victimes d'" incivilités " –; habitants des grands ensembles, enseignants, éducateurs et policiers –; à celles de mineurs délinquants et de leurs parents. En consacrant une place importante aux entretiens et aux récits d'observations, notamment en maison de justice, l'ouvrage montre que la délinquance juvénile contemporaine est le fait d'une autonomisation de la " culture de rue " vis-à-vis de la culture ouvrière. Cette évolution résulte pour partie de la précarisation des classes populaires et de la ségrégation urbaine. La " rue " offre alors une reconnaissance sociale à ceux qui ne l'obtiennent ni à l'école ni au travail, ni même au sein de leur famille. À travers le portrait d'anciens délinquants qu'elle a parfois suivis sur plusieurs années et l'analyse minutieuse du travail réalisé par les magistrats et les éducateurs rencontrés, l'auteur met en évidence les conditions d'efficacité des interventions judiciaires et socio-éducatives. Et elle reprend enfin une question centrale pour les républicains du XIXe siècle, soucieux d'enraciner les valeurs de la République : celle de l'" éducation morale ". Comment intervenir sur la vision du monde des enfants et des adolescents ? Comment faire en sorte que leurs valeurs soient rendues compatibles avec celles de la société dominante ?


2026-05-20 - PRESSE

Remerciements
Introduction
Les maisons de justice : entre sanction et prévention
Un dispositif d'insertion : confier des responsabilités aux délinquants
Plan de l'ouvrage
L'enquête
Le malaise pendant l'enquête
I. Passer en justice
1. Porter plainte
" Corner-boys " et " college-boys "
Déstabilisation des classes populaires et recours au droit
" Se faire respecter mais ne pas les repousser "
" Faire le premier pas "
2. La plainte des agents publics
Les " anciens " : plus tolérants ?
Régulation juridique versus régulation interne
Les conséquences de la ségrégation spatiale : gérer l'ingérable
Le sentiment de déclassement de la " petite noblesse d'État "
Dés-illusio
Conclusion
3. Les audiences : " au plaisir de ne plus vous revoir "
Une pédagogie du droit
La menace
Le délégué comme metteur en scène
Mettre en scène les parents
Mettre en scène les victimes
Se mettre en scène
La variété des pratiques selon les trajectoires socioprofessionnelles
À propos de l'efficacité de la " leçon "
Conclusion
4. Des parents " irresponsables " ?
Les réactions des familles en maison de justice
" Une erreur de jeunesse "
La " honte " des parents immigrés
La détresse des parents en situation sociale difficile
Qu'est-ce qu'un mineur " en danger de délinquance " ?
Les critères des éducateurs
Les critères juridiques
Des parents " trop " ou " pas assez sévères " ?
Des parents soupçonnés de mauvaise foi
Une propension à l'empathie variable selon les délégués
L'éducation morale : une fonction familiale ou étatique ?
Conclusion
II. Sociogenèse de la délinquance
5. " Se faire engrainer "
En quête de considération
Défendre son honneur
Du côté des filles
Logique de l'honneur et rapport aux institutions
Une " culture de rue " ?
Morale(s) de la rue et morale du sociologue : à propos des " tournantes "
Conclusion
6. Stigmatisation et délinquance
Le marquage scolaire
La configuration familiale
Précarité sociale et éducation
Des " enfants illégitimes ", des " parents arriérés " : immigration et conflits de générations
La place dans la fratrie
Les enfants issus de l'immigration : des enfants " de France " ?
Un passé colonial qui " ne passe plus "
Conclusion
III. " Se ranger "
7. Se frotter au travail
" Un âge pour tout "
De la " rue " au marché du travail
Un dispositif d'insertion
Devenir animateur
Échecs et abandons : force de la " culture de rue " et poids du stigmate
Un effet Pygmalion
8. À la recherche d'une autorité morale
Les qualités morales de l'intervenant
Le " bon juge "
Donner des gages de son investissement
S'imposer sans discréditer
Don et contre-don
Le pouvoir des mots
D'anciens caïds devenus experts en " leçons de morale " : la conversion d'un capital moral
Récit de soi et construction de soi
Le " besoin de parler "
Des sujets tabous avec les proches
Récit de soi et automatisation
Le silence face aux " psys "
Prendre ses distances avec la " rue "
Des cercles d'appartenance en dehors de la " rue "
La relation socio-éducative : un capital social ?
Rompre avec la cité, une nécessité ?
Conclusion
9. Pouvoir se projeter dans l'avenir
Walter : magasinier dans son quartier
Souad : entre vacations, business et galère
Un mari violent
Les obstacles " culturels " à la stabilisation professionnelle
La difficulté à " avancer " et l'impossibilité de se projeter
Patrick rattrapé par son passé : le spectre de la prison
" Se ranger " pour éviter la prison
Des aspiration artisitiques
L'herbe coupée sous le pied
Nicolas : l'usine ou la galère
La lassitude des vacations dans l'animation
L'usine
Espoirs et projets artistiques
L'heure des bilans : la difficulté d'être un " individu "
Fatima : le rôle du capital social dans la stabilisation des trajectoires
Frédéric : l'entrée à la RATP
Le rapport à la politique
Conclusion. Socialiser l'éducation morale.