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Statactivisme
Comment lutter avec des nombres

Isabelle BRUNO, Emmanuel DIDIER, Julien PRÉVIEUX

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Statactivisme
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Les statistiques nous gouvernent. Argument d’autorité au service des managers, elles mettent en nombres le réel et maquillent des choix qui sont, en fait, politiques. Le parti pris de ce livre, qui rassemble les contributions de sociologues, d’artistes et de militants, procède du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face, faire de la statistique une arme critique. L’histoire de cette forme de contestation dont Luc Boltanski indique qu’elle permet de formuler des « critiques réformistes » passe d’abord par un retour sur la longue controverse sur l’indice des prix en France, présentée par Alain Desrosières.
La deuxième partie du livre s’intéresse à la façon dont on ruse, individuellement et souvent secrètement, avec les règles. L’association Pénombre, composée de statisticiens critiques, y présente une fausse interview du brigadier Yvon Dérouillé, qui explique, face caméra, comment tripatouiller les statistiques de la délinquance. Mais les statistiques peuvent aussi servir à faire exister politiquement, en les rendant visibles, des catégories sociales discriminées. Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires, montre comment Victor Schoelcher, au XIXe siècle, mobilisait déjà des arguments quantitatifs pour la défense des droits des Noirs.
Une dernière stratégie statactiviste consiste à bâtir des indicateurs alternatifs, tels que le « BIP 40 », qui met en rapport les bénéfices dégagés par l’envolée des cours boursiers et le creusement des inégalités sociales.
Ces quatre démarches sont illustrées, avec humour ou sérieux, en texte ou en image, par les contributeurs de cet ouvrage, pour qui « un autre nombre est possible » : ce qu’une logique hégémonique de quantification a instauré, une pratique statactiviste avertie peut chercher à le défaire.
Introduction : pour un statactivisme !, par Isabelle Bruno, Emmanuel Didier, Julien Prévieux, et Cyprien Tasset.
I / Critique radicale ou réformiste, exemples pris au passé

Quelle statistique pour quelle critique ?, par Luc Boltanski
La statistique, outil de libération ou outil de pouvoir ?, par Alain Desrosières
Profils de visiteurs et Comment j’ai rencontré Hans, par Hans Haacke et Howard Becker
II / Opérations. Ruser avec la règle
Le jeu de la police avec les taux de criminalité, par Eli B. Silverman
Esthétique des statistiques. À propos de quelques ateliers artistiques statactivistes, par Julien Prévieux
Du nombre en public, par l'Association Pénombre
III / Sujets. Défendre de nouvelles catégories
Les « intellos précaires » et la classe créative : le recours à la quantification dans deux projets concurrents de regroupement social, par Cyprien Tasset.
Réussir en art grâce aux méthodes du consulting, par Martin Le Chevallier
Qui a peur des statistiques ethniques ?, par Louis-Georges Tin
IV / Finalités. Opposer des indicateurs alternatifs à l’institution
Peut-on quantifier la souffrance au travail ?, par Ivan du Roy
Quantifier contre les chiffres ? Une estimation du coût des expulsions de sans-papiers, par Damien de Blic
Nombre de visiteurs, par Superflex
Le BIP40 : alerte sur la pauvreté !, par Pierre Concialdi
Comment intervenir sur le programme de la statistique publique ? L’exemple des inégalités sociales, par Bernard Sujobert
FAIR, le Forum pour d’autres indicateurs de richesse, par Florence Jany-Catrice
Conclusion : Drôles de nombres, par Theodore M. Porter
Liste des auteurs.

Chacun des aspects de notre vie est quantifiable. Et quantifié. Votes, alimentations, lectures, plaisirs, professions... Tout peut être synthétisé en camemberts, courbes, diagrammes de Voronoï ou bâtons. Quand, au XVIIIe siècle, l'économiste allemand Gottfried Achenwall inventait le mot "statistique", il s'inspirait du terme italien "statista", "l'homme d'État". C'est dire le lien ténu notre pouvoir et description méthodique d'une société. Mais "un autre nombre est possible", nous dit l'ouvrage collectif Statactivisme, sous-entendant qu'une pratique alternative des chiffres permet de s'opposer, d'affirmer des vérités dérangeante. Dans ce livre, les contributions d'artistes, de scientifiques, de militants fleurissent. Certaines sont très drôles, d'autres sont plus "sérieuses". Mais toutes portent l'idée qu'il est nécessaire de s'approprier les statistiques, de les emprunter au pouvoir pour mieux les utiliser contre lui.

01/05/2014 - Clément Ghys - Next

 

Les statistiques ont acquis de nos jours une puissance argumentaire décisive. Cela tient sans doute notamment à l'apparente objectivité que présentent ces données chiffrées. Et pourtant, de nombreux travaux ont depuis mis à mal cette croyance et montré combien ces données constituaient un instrument de contrôle social efficace, indispensable au développement des Etats modernes. Mais elles peuvent aussi être un levier d'émancipation quand les citoyens se les réapproprient, devenant une forme particulière de contestation que les auteurs ont baptisée "stat-activisme". Dans cet ouvrage collectif, chercheurs, artistes et militants montrent les multiples formes que peut prendre cette résistance à la domination par les statistiques, de la contestation des indicateurs existants à la proposition d'outils alternatifs, en passant par l'usage de la dérision afin de montrer l'absurdité de certains fétichismes régnant dans l'administration comme dans les entreprises. Une arène politique aussi cruciale qu'invisible, où la lutte ne fait sans doute que commencer.

01/06/2014 - Igor Martinache - Alternatives économiques

 

Le pouvoir, c'est le nombre. Ou plutôt « les » nombres, l'ensemble des statistiques, réputées imparables qui légitiment le pouvoir des Etats néolibéraux. Voici le constat de ce livre collectif, dont les auteurs - chercheurs ou artistes - ne cachent pas les intentions : utiliser cet instrument de domination pour le retourner à l'avantage de ceux qui ont décidé d'user de leur force critique. Ouvrage engagé, dont le style - c'est sa faiblesse - n'est pas sans rappeler parfois les belles heures d'un marxisme français de bazar, ce travail, néanmoins, interpelle. Fort bien mené sur le fond, souvent original dans la forme - la fausse interview du brigadier dérouillé sur la façon de truquer les chiffres de la délinquance - le livre ouvre un débat : comment l'implacable vérité des chiffres, sous prétexte d'embrasser le monde réel, sert à effectuer des choix en fait très politiques. Loin de nier le besoin d'un appareil statistique solide, les auteurs préconisent de ne pas le laisser aux seules mains de ceux qui dirigent.

20/06/2014 - Daniel Fortin - Les Échos

 

La statistique est une arme sociale. Telle est la conviction partagée par la vingtaine d’auteurs convoqués dans cet ouvrage collectif. L’origine du mot statistique (Staat, qui signifie « État » en allemand) suffit à rappeler combien les enjeux de pouvoir se tiennent tapis derrière les chiffres. Inutile d’être un économiste ou un sociologue averti pour comprendre par exemple que la façon de décompter les chômeurs, les suicides au travail ou les agressions peut être politiquement très sensible. De là l’idée de travailler à ce que les auteurs nomment un « statactivisme », soit une « variété de pratiques allant du niveau le plus farouchement individuel au plus collectif » pour s’émanciper des règles de comptage et de production des catégories statistiques « que l’autorité impose » et « pour dévoiler les mensonges qu’elle profère ». En s’appuyant sur les textes déjà classiques de Luc Boltanski, Alain Desrosière et Howard Becker qui composent la première partie de l’ouvrage, 
les auteurs montrent comment il est possible de « lutter avec des nombres » dans les domaines de l’art, des conditions de travail, des inégalités sociales, 
de la criminalité, 
des catégorisations sociales, du marché du travail ou encore de la comptabilité des richesses nationales. Le parti pris est donc clairement militant mais il s’appuie sur des résultats sérieux et récents acquis dans divers domaines des sciences sociales.

01/07/2014 - Clément Lefranc - Sciences Humaines

 

Les dirigeants utilisent les statistiques à leur manière. Ce livre, qui réunit une vingtaine d'auteurs, s'interroge sur la possibilité pour les militants, les artistes, les journalistes, les chercheurs, de poursuivre le mouvement, comme au judo, pour contre-carrer le pouvoir. Exemples à l'appui (indice des prix, délinquance, pauvreté, sans-papiers), des usages alternatifs sont possibles. Agrémenté d'actions artistiques fort intéressantes !

01/10/2014 - Silence

 

STATACTIVISM
How to fight with numbers

Statistics rule. They form the basis of authoritative arguments that serve managers of every stripe. They put the real into numbers and disguise political choices with truths enshrouded in a mathematical aura. This collective anthology brings together contributions from sociologists, journalists, artists, and union and community activists. Its position is based on judo : prolong the movement of the adversary in order to turn his strength against him and send it right back at him. It attempts to turn statistics, the instruments of power of a large number of governments, into critical weapons. Or at least, it explores the possibility. Fighting with figures is taking part in statactivism.


Isabelle Bruno is a lecturer at the université Lille-II and a researcher at the Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS).
Emmanuel Didier is a research fellow at the CNRS (associated with the Groupe de sociologie politique et morale/EHESS).
The two are the authors of Benchmarking, l’État sous pression statistique (Zones, 2013).
Julien Prévieux is an artist and the author of Lettres de non-motivation (Zones, 2007).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com
 
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