Le champignon de la fin du monde
Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme

Anna Lowenhaupt TSING

Ce n’est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu’il faut apprendre à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l’erreur serait de croire que l’on se contente d’y survivre.
Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu’Anna Tsing a choisi d’explorer en suivant l’odyssée étonnante d’un mystérieux champignon qui ne pousse que dans les forêts détruites.
Suivre les matsutakes, c’est s’intéresser aux cueilleurs de l’Oregon, ces travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers, qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin faisant, on comprend pourquoi la « précarité » n’est pas seulement un terme décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour penser le monde qui nous est imposé.
Suivre les matsutakes, c’est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme s’est inventé comme mode d’exploitation et dont il ravage aujourd’hui la planète.
Suivre les matsutakes, c’est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie : les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements des sciences du vivant.
Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le support surprenant d’une leçon d’optimisme dans un monde désespérant.

Version papier : 23,50 €
Version numérique : 15,99 €
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Détails techniques
Préface de Isabelle STENGERS
Traduit par Philippe PIGNARRE
Collection : Les Empêcheurs de penser en rond
Parution : août 2017
ISBN : 9782359251364
Nb de pages : 416
Dimensions : 140 * 205 mm
ISBN numérique : 9782359251395
Format : EPUB

Anna Lowenhaupt TSING

Anna Lowenhaupt Tsing est professeure d’anthropologie à l’université de Californie, Santa Cruz, et à l’université Aarhus au Danemark.

Extraits presse

Plutôt que de contempler la destruction du monde, tentons de comprendre à quelles conditions il est possible de vivre dans les ruines du capitalisme. C’est le point de départ d’un livre magistral, Le champignon de la fin du monde, de l’anthropologue Anna L. Tsing.

Que faire de ce savoir sur les démolitions en cours ? Le point de départ d’un voyage à travers les ruines du monde pour comprendre comment, malgré tout, on continue d’y vivre, propose l’anthropologue Anna L. Tsing dans un livre extraordinaire, tout juste traduit en français, Le champignon de la fin du monde. Et pour suivre ce grand dessein, la chercheuse choisit de raconter l’histoire d’un champignon sauvage, le matsutake.

03/09/2017 - Jade Lindgaard - Mediapart

 

[…] l'auteure invite à« chercher du côté de ce qui a été ignoré, de ce qui n'a jamais concordé avec la linéarité du progrès », à observer ce qui se passe au milieu des ruines laissées par la prédation capitaliste. Car c'est là que se nouent, selon elle, ces enchevêtrements porteurs non pas d'alternative, mais de vie, tout simplement. Même s'il s'agit d'agencements locaux, fugaces et temporaires, «il nous faut regarder autour de nous plutôt qu'en avant ». Elle propose ainsi un nouveau «travail politique » visant à faire émerger ce qu'elle appelle des «communs latents ».

08/09/2017 - Antoine Reverchon - Le Monde

 

Cette anthropologue américaine, professeur à l’université de Californie à Santa Cruz (et proche de Donna Haraway), fait du matsutake le héros cosmopolite d'un essai ébouriffant, d’une folle originalité, enquête au long cours émaillée de photographies et de vies. Entre 2004 et 2011, l’aventure a conduit Tsing à rencontrer cueilleurs, agents forestiers, marchands, des forêts du centre du Japon jusqu’à celles de l'Oregon, sur la côte pacifique des États-Unis, en passant par le Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, et la Laponie, au nord de la Finlande. Les matsutakes – qui permettent « aux arbres hôtes de vivre sur des sols pauvres, sans humus fertile » et sont « en échange » nourris par ces arbres – incarnent une passionnante circulation : la façon dont de nouveaux modes de vie collaboratifs et inventifs se trament dans les ruines du capitalisme

13/09/2017 - Juliette Cerf - Télérama

 

Pour l'anthropologue Anna Lowenhaupt Tsing, il est le symbole d'une économie qui survit aux dégâts du capitalisme. L'objet de tant d'attention est un simple champignon, le matsutake, à l'étrange particularité : on déniche son rare chapeau bombé dans des zones écologiquement abîmées, voire en ruines – comme une forêt surexploitée de l'Oregon, où même les scieries sont à l'abandon et les bûcherons au chômage. C'est toutefois moins le métabolisme du champignon que l'économie et les liens que sa cueillette suscite qui intéressent l'anthropologue.
Le matsutake n'a rien d'une métaphore pour penser vie en réseau, collaboration, relations de symbioses, invention : il crée tout cela, et c'est ce que Tsing montre de façon fascinante dans une ambitieuse enquête menée entre 2004 et 2011.

04/09/2017 - Victorine de Oliveira - Philosophie Magazine

 

Table des matières

Préface
Activer les enchevêtrements
Prologue : Senteurs d’automne
I / Que reste-t-il ?
1. L’art d’observer
2. La contamination comme collaboration
3. De quelques problèmes d’échelle
Interlude : Humer
II / Après le progrès : l’accumulation par captation
4. Travailler à la marge
Liberté...
5. « Open Ticket », Oregon
6. Les histoires de la guerre
7. Qu’est-il arrivé à l’État ? Deux sortes d’Américains asiatiques
... En traduction
8. Entre le dollar et le yen
9. Des dons aux marchandises, et vice-versa
10. Rythmes résiduels : une atteinte au monde des aff aires
Interlude : Suivre à la trace
III / Des débuts mouvementés : une mise en forme involontaire
11. La vie de la forêt
Remonter au milieu des pins...
12. L’histoire
13. Résurgence
14. Sérendipité
15. Ruine
... Interstices et patchs
16. La science comme traduction
17. Spores aériennes
Interlude : Danser
IV / Au milieu des choses
18. En croisade pour les matsutakes, ou en attendant l’action fongique
19. Actifs ordinaires
20. Pour ne pas finir : à propos de quelques personnes que j’ai croisées en chemin
Sur la piste des spores. La suite des aventures d’un champignon.