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Catalogue / Histoire contemporaine / La force de l'obéissance     

La force de l'obéissance
Économie politique de la répression en Tunisie

Béatrice HIBOU

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Les violations des droits de l’homme et l’absence d’opposition politique dans les dictatures font régulièrement l’objet de critiques. Ce que l’on connaît moins, c’est le fonctionnement intime de ces régimes, les mécanismes par lesquels des populations entières se trouvent durablement assujetties. C’est ce travail de dévoilement qu’a entrepris Béatrice Hibou. À la croisée de deux traditions intellectuelles, l’économie politique wébérienne et l’analyse foucaldienne, elle analyse, à partir du cas de la Tunisie, les modes de gouvernement et les dispositifs de l’exercice concret du pouvoir. Elle montre comment ces dispositifs façonnent les modalités de l’obéissance, voire de l’adhésion. L’auteur fait émerger les rationalités des mécanismes d’assujettissement à partir de l’analyse du fonctionnement de l’économie tunisienne. Elle explique ainsi comment l’économie d’endettement, la fiscalité, la gestion des privatisations, l’organisation de la solidarité et de l’aide sociales créent des processus de dépendance mutuelle entre dirigeants et dirigés. La répression et le contrôle policier apparaissent alors moins centraux que les arrangements, les accommodements, les petites ruses calculées, les compromissions au jour le jour, les instrumentalisations réciproques garantissant la légitimation quotidienne du régime. Bien au-delà du seul cas tunisien, cet essai dérangeant fait comprendre comment se perpétuent les régimes autoritaires. Il permet aussi d’éclairer les mécanismes de domination à l’œuvre dans les États que l’on considère comme démocratiques.

Introduction - Une répression indéniable - Mort sociale et exil intérieur - Au-delà de la répression, une économie politique de l’assujettissement - Au-delà de l’autoritarisme, une analyse « laïque » d’une situation politique - La fiction au cœur de l’exercice autoritaire du pouvoir - Retour à Max Weber - Interpréter le terrain - I / Le pouvoir à crédit - 1. Créances douteuses - Le traitement comptable des créances douteuses - Une multiplicité de sources - Des apurements continus, réels mais formels - Les ambivalences de la modernisation du secteur bancaire - Une amélioration et une libéralisation réelles - Un archaïsme indépassable ? - La préférence pour les créances douteuses sans cesse réactualisée - Une économie d’endettement multiforme - Le financement de l’action publique - Le financement de l’économie et de la consommation privées - Les créances douteuses, un mécanisme « moderne » - 2. Les dépendances mutuelles de l’endettement - La participation collective à un monde fictif -Lesfacettes de l’activisme étatique - Le cercle vertueux des financements extérieurs - Un réseau d’intérêts convergents - Des failles dans le complexe politico-financier - Les fondements sociaux de l’économie d’endettement - La valeur symbolique de l’intrusion politique - La fonction régulatrice des immixtions politiques - Les modalités de l’ordre social implicite -II / L’adhésion encadrée - 3. Un quadrillage méticuleux - L’omniprésence policière, ou les filets de la peur - La police, une autorité morale - La banalisation policière - Le parti, ou les rets de la médiation sociale - Les cellules, intermédiaires du pouvoir central - Les cellules, dispositif de redistribution - Les cellules, vecteur d’intégration et d’adhésion encadrée - L’encadrement par le bas, ou le quadrillage par l’individualisation du contrôle - L’encadrement assumé : les organisations nationales et les comités de quartier - L’encadrement diffus : les milliers d’associations - L’enfermement de la « société civile indépendante » - Le jeu impossible des partenaires étrangers : l’exemple des financements européens - Des « indics » aux assistantes sociales : la surveillance individuelle au quotidien -4. Le travail normalisateur de la l’appareil bureaucratique - La centralité bureaucratique - Hiérarchie et allégeance - Centralité et attentisme : les paradoxes de l’administration tunisienne - « Il faut défendre la société » : la justice au service de la normalisation - Une justice fonctionnelle - Une justice sous pression - Bureaucratisation et disciplinarisation des organisations économiques intermédiaires - L’UGTT, un dressage par l’économique - L’UTICA, appendice et intermédiaire agréé de l’appareil de pouvoir partisan -III / La puissance des « douceurs insidieuses » : négociations et consensus - 5. « Les capitalistes ne prendront jamais le maquis » - Les méandres de la relation fiscale - La légitimité du contrôle comme de l’évasion - L’importance politique de la relation fiscale - Le déploiement national et international des entreprises tunisiennes - Rester petit pour rester libre ? - Internationalisation et grève des investissements, une surinterprétation politique - Soumission réelle, soumission imaginée - De quel interventionnisme s’agit-il ? - Des interventions incessantes et routinières - Un interventionnisme largement sollicité - Le consensus dans le monde économique : ambiguïtés politiques - 6. L’accomodement négocié - Offshore et flux tendus - Les atouts du dualisme - Flux tendus et gouvernement disciplinaire - Contrôle social et mise au travail des Tunisiens - La « mise au travail capitaliste » des Tunisiens - Un paternalisme affirmé et diffus - Un contrôle social assumé - La permanence des rapports de force - Tensions et étouffement des conflits de travail - Multiplicité des logiques internes - Les multiples voies de l’accommodement négocié - Assentiment et habitude - Entre adhésion et distanciation -7. les contours du Pacte de sécurtié tunisien - Le Pacte de sécurité, ou comment assurer ordre et quiétude - Une sécurité économique et sociale pour parer au plus grand des dangers - Dépendance et sécurité : les contours du Pacte - Sécurité et laisser-faire : deux facettes complémentaires du Pacte - L’insertion économique par tous les moyens - Le crédit garanti : La Banque tunisienne de solidarité - Les jeunes, entre contrôle et laisser-faire - Le Fonds de solidarité nationale, ou l’ombre intolérable - Le mécanisme du don obligatoire - Le « 26.26 », technique d’assujettissement - Une vision non libérale du pacte de sécurité - « C’est le prix à payer » : négociations et création du « consensus » - La négociation permanente, ciment de l’ordre social - La construction volontariste du consensus - Violence du consensus et idéologie du silence - IV / Surveiller et réformer - 8. Le réformisme : un bon redressement - Éléments de construction du mythe réformiste - Les contours actuels du réformisme officiel - Techniques de mythification du réformisme - Le réformisme, cité imaginaire - L’occultation des discontinuités et des différences - Le réformisme, problématisation obligée du politique - Les fondements sociaux du réformisme - Le réformisme comme processus d’assujettissement - Le réformisme, un imaginaire commun - La pluralité de sens du réformisme - Réformisme et « tunisianité », un éthos diffus - Une manière d’être tunisienne dans le monde - L’ambivalence de la « tunisianité » - Préférence nationale et ouverture limitée : le « nationalitarisme » économique en pratique - Un nationalisme économique explicite - L’exemple de la libéralisation du commerce extérieur - Les multiples instrumentalisations du « nationalitarisme » - Le national-libéralisme, une gestion complexe de l’insertion internationale - La pluralité des logiques d’action - L’exemple de l’informel -9. Des réformes à perpétuité, succès du réformisme - Des privatisations tout en prudence, ou comment défendre « latunisianité » - Tentative d’évaluation : la faiblesse des investisseurs étrangers - Les multiples formes du redéploiement étatique et bureaucratique - Rejet du regard extérieur mais adoption du lexique global - L’idéal panoptique de la mise à niveau - La rationalité économique de la mise à niveau - La mise à niveau, « affaire d’État » - La mise à niveau, une discipline intégrée - Le réformisme, une domination ambiguë et intérieure - Conclusion - Pouvoir personnel et extrême centralisation : réalité d’un « contrôle absolu » - « Corruption », népotisme et illégalismes : une modalité de gouvernement parmi d’autres - L’hypothèse de l’État tunisien comme « État de police » - Un État de droit aléatoire - L’individu et l’intime au cœur des relations de pouvoir.

«Cet ouvrage, fruit d'un long travail de terrain effectué dans des conditions difficiles - filatures, tentatives d'intimidation- s'inspire à la fois de l'économie politique de Max Weber et de la sociologie de Michel Foucault, pour nous révéler une réalité complexe, loin des idées reçues.»
ALTERNATIVES INTERNATIONALES

« Au-delà du seul cas tunisien, cet essai dérangeant met en évidence comment fonctionnent et se perpétuent les formes de gouvernement autoritaires et les mécanismes de domination à l'oeuvre dans des régimes considérés comme démocratiques. »
LE JOURNAL DU CNRS

« Ce livre est une mine d'or de laquelle il est difficile d'extraire une pépite, tellement l'opus en regorge. »
BAKCHICH

« La Tunisie n'est pas un cas exceptionnel d'économie politique de la répression. Mais cette étude, appuyée sur neuf années de recherche, servira désormais de référence pour mieux comprendre les autres. »
ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES

« Un essai à la lecture parfois difficile, mais qui éclaire, au -delà du cas tunisien, les mécanismes de domination et d'adhésion à l'oeuvre dans les régimes autoritaires. »
L'EXPRESS

« Ce livre passionnant et scientifiquement rigoureux démonte chaque rouage du système absolu, tout en manifestant qu'il repose sur un consentement de chaque individu. »
ENJEUX MÉDITERRANNÉE

« Chercheur au CNRS, Béatrice Hibou vient de commettre un livre puissant sur la Tunisie sous le titre: La force de l'obéissance, économie politique de la répression. Une fois décantées les pages sur la méthodologie de cette somme savante, ressortent de "pures infos" sur les réseaux politico-financiers au pays du jasmin. »
MAGHREB CONFIDENTIEL

« Si l'on passe outre le style très universitaire de cet ouvrage, parfois un peu redondant, La force de l'obéissance offre sans doute l'une desmeilleurs radiographies du "système Ben Ali ". »
LE MONDE

« Une étude minutieuse du régime de Ben Ali, " dictature douce " où le silence est le prix à payer pour le confort collectif. »
LE TEMPS

« Le mérite de Béatrice Hibou est de "s'attaquer" avec énergie à un régime contemporain, la Tunisie du président Ben Ali. Le résultat de ce travail, mené sur près d'une dizaine d'années, a d'ailleurs attiré à lui la "sollicitude" empressée de la police tunisienne et de ses affidés français, ainsi que le relate avec courage, l'auteur de cet ouvrage. On ne dévoile pas impunément les mécanismes d'un régime ami de la grande République. [...] L'image d'une société stable et heureuse que le régime et ses soutiens projettent à l'extérieur ("La Tunisie amie") n'est qu'illusion. Des désordres politiques et sociaux qui ont emporté le régime de Bourguiba, les artisans de la Tunisie actuelle ont retenu qu'il faut engluer les forces de la contestation. Ce perfectionnement de l'autoritarisme nécessitait bien une analyse. »
ESPRIT

« Un ouvrage qui est fondateur d'une économie politique de la répression. Il restitue avec finesse et profondeur neuf ans de recherche en Tunisie tout en apportant une contribution analytique aux concepts d'Etat de police et de pouvoirs autoritaires s'appuyant sur les dimensions imaginaires et fictives de l'exercice du pouvoir et sur la dialectique de la domination et de la dépendance qui caractérisent toute relation de pouvoir. »
LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATÉGIQUE

« Béatrice Hibou, chercheur au CERI, vient d'écrire un grand ouvrage, par la taille et surtout sur le fond, sur l'économie politique de la répression et les mécanismes d'assujettissement à partir de la Tunisie. [...] L'ouvrage témoigne à la fois d'une très grande culture et d'une connaissance en profondeur du terrain. Le discours est stimulant, roboratif, à contre-courant. Il refuse les typologies et classifications en -isme (autoritarisme, islamisme, sultanisme, néo patrimonialisme souvent mobilisés pour comprendre la société tunisienne) pour appréhender l'individu et la sphère interne aux relations de pouvoir et les pratiques intériorisées. »
REVUE TIERS-MONDE

« Cet ouvrage constitue une étape importante de la production scientifique sur la Tunisie politique contemporaine. De par son ambition empirique tout d'abord, celle de déployer son regard et sa thèse sur de larges pans de la société politique tunisienne. De par son ambition théorique ensuite, celle d'apporter des éléments de compréhension au fonctionnement concret des régimes autoritaires, quels qu'ils soient. »
IISMM.EHESS.FR

« L'ouvrage nous invite à un voyage au coeur des processus économiques de la dépendance. Il est le fruit d'un travail d'enquête approfondi, de plusieurs années, auprès des acteurs de l'économie tunisienne. »
ANNALES

PRESSE

 

THE STRENGHT OF OBEDIENCE


What defines a dictatorship? How can an entire population be enslaved? Taking the example of Tunisia, this ground-breaking book examines different forms of government and the ways and means of the exercise of power, showing how an (economic) interdependence between rulers and ruled can be installed, leading populations to seek their own enslavement. A study that can be extended to all nations.


A researcher at the CNRS, appointed to the Centre d’études et de recherches internationales of Sciences Po, Béatrice Hibou is the author of L’Afrique est-elle protectionniste ? Les chemins buissonniers de la libéralisation extérieure (Karthala, 1996), La Criminalisation de l’État en Afrique (Complexe, 1997, collective work) and La Privatisation des États (Karthala, 1999, under her direction).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com
 
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