La dynamique sociale de la conscience
Sociologie de la connaissance et des sciences

Norbert ELIAS

C’est à une part largement méconnue du travail de Norbert Elias, et jusque-là inédite en français, que nous convient les textes majeurs qui composent cet ouvrage. Elias y déploie en effet une véritable sociologie de la connaissance et des sciences. En mobilisant une impressionnante culture classique ainsi qu’une large palette de connaissances scientifiques (de la physique à la biologie), il se confronte à la fois à l’« absolutisme philosophique » et au « relativisme » de certains historiens et sociologues.
Au premier, et à travers une discussion extrêmement serrée et sans concession avec Karl Popper et Imre Lakatos, il reproche de prétendre dire ce qu’est la Science, et même ce qu’elle doit être, sans considérer ce que les savants font réellement dans leurs domaines scientifiques respectifs.
Quant au second, il regrette qu’il ne pose pas explicitement la question des conditions historiques dans lesquelles certains savoirs peuvent réellement gagner non seulement en autonomie vis-à-vis des intérêts des groupes qui en sont porteurs, mais aussi en pertinence par rapport à la réalité observable.
Ce faisant, Elias poursuit un double objectif : substituer à l’« homme » de la métaphysique transcendantale, les êtres humains au pluriel, interdépendants par nature et dans des cultures spécifiques ; remplacer les théories de la science au singulier (reposant sur le postulat d’une science universelle et d’une méthode unique) par une théorie des sciences au pluriel – soit les sciences employant différentes méthodes, reliées, en partie, à la diversité de leurs objets respectifs. Le caractère radical de cette authentique révolution copernicienne de la théorie des sciences et de la connaissance reste tout entier à découvrir.

Version papier : 24 €
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Détails techniques
Collection : SH / Laboratoire des sciences sociales
Parution : novembre 2016
ISBN : 9782707176325
Nb de pages : 336
Dimensions : 135 * 220 mm

Norbert ELIAS

Norbert Elias (1897-1990), sociologue allemand et l’un des grands penseurs du XXe siècle, est notamment l’auteur de La Civilisation des mœurs (Pocket, coll. « Agora », 2003), de La Dynamique de l’Occident (Pocket/Calmann-Lévy, coll. « Agora », 2003) et de La Société de cour (Flammarion, coll. « Champs/Essais », 2008). Ses textes inédits sur la psychanalyse (Au-delà de Freud) ont été publiés à La Découverte.

Extraits presse

Marchant dans les sillons d’Elias et de Bourdieu, Joly n’hésite pas à porter la contradiction, avec ce pavé de 600 pages jeté dans les mares des philosophes nostalgiques de métaphysiques hors d’âge, celle de Bergson et de ses épigones contemporains. Un livre décapant, stimulant et important.

02/02/2017 - Arnaud Saint-Martin - L'Humanité

 

Table des matières

Préface. Science des sciences et sociologie scientifique : sortir du labyrinthe philosophique avec Norbert Elias, par Bernard Lahire
Les limites de la sociologie de la connaissance de Marx
Le caractère non poppérien de l’activité scientifique
Philosophie des sciences et histoire des sciences
Une sociologie des établissements scientifiques : balance des pouvoirs et conflits
Critique du relativisme dogmatique et réhabilitation du progrès
Présentation, par Marc Joly
1. La théorie sociologique des sciences comme « science des sciences » ?
2. La vraie nature du « social »
3. Un nouvel espace des possibles
4. Un sociologue à contretemps ?
5. Innovation scientifique et tradition
I / Les secrets bien gardés de La Logique de la découverte scientifique
1. De la philosophie à la science de la science
2. Sciences de la « relation pure » et sciences théorico-empiriques
3. La sociologie comme science tridimensionnelle et comme matrice de la défonctionnalisation de la philosophie
4. Le secret de l’idéalisme
5. Le secret de l’axiomatisme
6. Le secret du nominalisme
7. Le secret de l’homo clausus
8. Le « test intersubjectif » et ses non-dits
9. Le vrai visage du déductivisme
II / Théorie de la science et histoire de la science. Commentaires sociologiques sur une controverse récente
1. La vision comtienne
2. Un conflit de légitimité académique
3. Les limites de l’historiographie de la science
4. La théorie sans la philosophie ou le chemin du sociologue
5. « Histoire interne » et « histoire externe »
6. Penser l’autonomie relative
III / Les établissements scientifiques
1. Introduction
2. Métaphysique et établissement philosophique
3. La philosophie et le problème du temps
4. Vers une théorie des établissements scientifiques
5. Établissements scientifiques et contrôle des moyens d’orientation
6. Établissements politiques et établissements scientifiques
7. Le développement des établissements scientifiques
8. La sociologie à l’ombre de deux blocs plus puissants
IV / La dynamique de la conscience au cœur des dynamiques sociales
1. La conscience, une dimension universelle de la société
2. La notion de « développement social » contre le relativisme
3. Vers une théorie sociologique de la connaissance scientifique
4. Penser le progrès cognitif
V / Esquisse d’une nouvelle sociologie de la connaissance
1. De la philosophie à la sociologie de la « conscience »
2. Diagnostic sociologique sur le développement déséquilibré du savoir humain
3. Critique de l’épistémologie philosophique classique
4. Désamorcer les pièges des théories traditionnelles
5. La tâche d’une théorie sociologique développementale de la connaissance
VI / La « nature » entre engagement et distanciation
1. Survie humaine et congruence au réel
2. La « nature » comme savoir
3. Un concept ambivalent
4. Un mythe trompeur
5. De la « nature » à l’« univers en évolution »
6. La culture de la nature
7. De la responsabilité humaine
Annexe 1. Science ou sciences ? Contribution à une discussion avec des philosophes qui se refusent à voir le réel
Annexe 2. Synopsis de la conférence au Collège de France de Norbert Elias, « Continuités et discontinuités dans la transmission du savoir » (26 novembre 1985)