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La bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale
Béatrice HIBOU
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La bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale
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Nos sociétés modernes sont victimes d'un envahissement croissant de la vie professionnelle et quotidienne par la bureaucratie. Comment qualifier autrement l'exigence toujours croissante de papiers, fussent-ils numériques ? Et que dire de la confrontation incessante avec des procédures formelles pour avoir accès au crédit ou à un réseau in-formatique, pour louer un logement, noter des banques ou bénéficier de la justice ? Ou encore du besoin de respecter des normes pour que les comptes d'une entreprise soient certifiés ou qu'un légume soit qualifié de biologique ?
Au point de rencontre entre Max Weber et Michel Foucault, Béatrice Hibou analyse les dynamiques politiques sous-jacentes à ce processus. La bureaucratie néolibérale ne doit pas être comprise comme un appareil hiérarchisé propre à l'État, mais comme un ensemble de normes, de règles, de procédures et de formalités (issues du monde de l'entreprise) qui englobent l'ensemble de la société. Elle est un vecteur de discipline et de contrôle, et plus encore de production de l'indifférence sociale et politique. En procédant par le truchement des individus, la bureaucratisation ne vient pas « d'en haut », elle est un processus beaucoup plus large de « participation bureaucratique ». Pourtant, des brèches existent, qui en font un enjeu majeur des luttes politiques à venir.

Introduction
Alice au pays des merveilles... de la bureaucratie néolibérale
Une nouvelle bureaucratisation
1. Qu'est-ce que la bureaucratie néolibérale ?
Une compréhension diversifiée et universelle de la bureaucratie
Le mythe de l'entreprise et de l'entrepreneur dans la nébuleuse idéologique néolibérale
L'occultation de la bureaucratie d'entreprise - La reconfiguration managériale de l'entreprise sous l'effet de la financiarisation et de la flexibilité
La bureaucratisation néolibérale comme abstraction
La bureaucratisation, série d'opérations d'abstraction - L'abstraction comme réalité érigée en système
L'imaginaire et la fiction au coeur de la bureaucratisation néolibérale
L'abstraction rationnelle de la bureaucratie néolibérale, institution imaginaire de la société - La finance comme figure emblématique de la bureaucratisation néolibérale
2. Une société bureaucratisée
La recherche d'efficacité, de rentabilité et de transparence : l'envahissement des métiers par les normes managériales
La réforme bureaucratisante des métiers - La remise en cause des logiques de métier
Extension du domaine de la bureaucratisation néolibérale
Des aliments 100 % sûrs à la tolérance zéro - La managérialisation du politique - Participation procédurale et formalisme non gouvernemental
3. La bureaucratie du marché et de l'entreprise, modalité centrale de l'art néolibéral de gouverner
La bureaucratisation du gouvernement frugal
Le partenariat public-privé comme figure emblématique de la « décharge » contractuelle - Le « new public management » et le principe de l'homothétie public/privé
« Plus on dérèglemente, plus on bureaucratise »
Du « gouvernement par les normes » dites « privées » - La lutte contre le blanchiment comme sabbat bureaucratique
4. La domination bureaucratique néolibérale : contrôle diffus et production de l'indifférence
Une forme renouvelée de la « cage d'acier » ?
Réduction de sens - Chaînes invisibles
La bureaucratie au coeur de la production de l'indifférence
La systématisation et la formalisation du gouvernement à distance - Empowerment et responsabilitéindividuelle, vecteurs paradoxaux de l'indifférence
L'euphémisation du caractère politique des inégalités
Le marché de la gouvernance de la pauvreté - La bureaucratie de la compassion comme exercice de la domination
5. La bureaucratisation comme lieu d'énonciation du politique. Luttes et brèches
L'invention du quotidien bureaucratique
L'industrie de la spécialisation normative - Des attentes et des demandes productrices de bureaucratie - Contribution involontaire et « constellation d'intérêts »
De l'autre côté du miroir 1. La dynamique bureaucratique : jeux sociaux et politiques
De la conformité formelle à la négociation comme règle : la créativité normative - L'inconnue des conflits et des rapports de force
De l'autre côté du miroir 2. Bureaucratisation néolibérale et informalités
Les faux chiffres, produits de procédures formelles et producteurs de fiction et de réalité - La contrefaçon, des formalités croissantes productrices d'informalités croissantes - L'imbrication des formalités et des informalités
Notes
Remerciements.

« Un essai qui tente de démontrer que la rationalité néo-libérale, loin de rompre avec la bureaucratie, instaure au contraire une nouvelle forme de bureaucratisation. »
Nonfiction.fr

Dans son précédent ouvrage (Anatomie politique de la domination, 2011), Béatrice Hibou avait analysé les mécanismes de domination dans les régimes autoritaires et totalitaires, et montré qu'ils n'étaient pas seulement générés "d'en haut". Ici, en s'appuyant sur les sociologues classiques (Max Weber), sur Michel Foucault, et sur de nombreuses études dans des champs disciplinaires différents, elle explique comment le néolibéralisme produit de la bureaucratie, et comment celle-ci se construit dans tous les domaines de la vie. Du New Public Management (introduire dans la gestion des affaires publiques des critères de performance dérivés du secteur privé) à l'aide au développement, de la recherche universitaire aux politiques migratoires, de la lutte contre la corruption aux politiques environnementales, on retrouve des formes de "gouvernement à distance", d'apparence dépolitisées mais produites par des luttes entre groupes d'intérêt. Tout semble commencer et finir par des chiffres, par des normes, par des évaluations, des audits et des certifications. Des multitudes d'acteurs ont intériorisé les discours et les pratiques de la bureaucratie néolibérale, même dans les efforts de contestation qui font appel aux mêmes procédés. Très nombreux sont ceux qui en profitent, cabinets d'experts et d'audit, mais aussi les managers "apparatchiks" de la recherche ou de la santé qui se vantent d'être "modernes". Paradoxalement, on retrouve la planification, la routine bureaucratico-administrative et son indifférence à l'égard des individus, la recherche de la sécurité absolue, la production de catégories "à problème". Un livre extrêmement riche qui regroupe des inquiétudes éparses et invite à davantage de travaux critiques et de vigilance, même si le processus décrit semble difficilement réversible.

01/09/2012 - Pierre Grosser - Alternatives Internationales

 

L'ouvrage s'ouvre sur le récit de la journée d'une jeune infirmière fictive afin de bien faire sentir combien les procédures bureaucratiques ont envahi notre quotidien jusqu'à l'absurde. Sauf qu'à rebours d'une idée rebattue, celles-ci émanent en premier lieu des entreprises privées. Spécialiste d'économie politique, l'auteure propose ainsi une synthèse de nombreux et divers travaux pour analyser cette diffusion continue des normes, standards et procédures sous un double impératif de rentabilité et de transparence. Un mode subtil de "gouvernement à distance", comme l'avait déjà pressenti Michel Foucault, évacuant les conflits, et dont certains savent aussi tirer directement profit. Pour autant, si le tableau peut apparaître dans un premier temps sans appel ni nuance, l'auteure montre dans une dernière partie - sans doute la plus stimulante et la plus originale -, que loin d'être irrésistible, cette normalisation généralisée suscite également ses propres détournements. Et plus encore, que formalités et informalités s'imbriquent et sont le fait des mêmes agents, "les formalités n'étant en fin de compte que des informalités qui ont réussi".

01/11/2012 - Igor Martinache - Alternatives Economiques

 

La bureaucratie n'est pas l'apanage des Etats. Du monde de l'entreprise, avec l'inflation des outils de mesure des performances pour les managers, à celui de la consommation, avec les règles souvent absurdes de relation avec les clients appliquées dans certains centres d'appels, « combien de fois n'avons-nous pas le sentiment de perdre du temps avec des règles, des procédures ou des contraintes normatives inutiles ? » écrit Béatrice Hibou, directrice de recherche au Centre d'études et de recherche internationale de Sciences po. Son ouvrage, riche en exemples puisés dans tous les domaines de l'économie, tend à démontrer que ce phénomène va de pair avec l'essor des sociétés néolibérales. Menées au départ pour réduire l'intervention bureaucratique des Etats, de nombreuses réformes aboutissent à une réinvention de la planification. Ce que l'auteur résume par la formule paradoxale : « Plus on déréglemente, plus on bureaucratise. »

23/11/2012 - Benoît Geoges - Les Echos

 

C’est par une situation ubuesque mais tellement ordinaire que Béatrice Hibou amorce son enquête sur les formes et les mécanismes de la bureaucratisation néolibérale. Qui n’a pas été confronté au protocole rigide d’un centre d’appels, essayant tant bien que mal de décrire un problème quelconque à un opérateur anonyme, formé à enregistrer des doléances toujours prévisibles ? Que l’on se confronte à une administration publique ou à un service client, ce sont les mêmes formulaires absurdes à remplir et des interactions sociales impersonnelles. La bureaucratisation, en ce sens, c’est plus qu’une organisation d’État : c’est une formation sociale, un système de gouvernement des conduites qui pénètre l’ensemble de la société. 
Dans l’« ère néolibérale », souligne l’auteure, ce système consiste en une « diffusion de pratiques bureaucratiques issues du marché et de l’entreprise ». L’« homothétie » (similitude) voulue entre le privé et le public favorise leur « enchevêtrement ». Plutôt que d’une « dérégulation » fantasmée par les économistes néolibéraux, on observe au contraire une « inflation normative ». Le fonctionnement des marchés, saturés de règlements, comme les partenariats public-privé, attestent de cette confusion en règles. La bureaucratisation, instauratrice de réalité, se prévaut d’un management par le formalisme et l’abstraction. On est vite étourdi par l’ubiquité et la complexité des processus en jeu. Béatrice Hibou réussit pourtant à en détricoter la logique au fil des chapitres. Les approches classiques du phénomène (Weber, Foucault…) sont resituées à l’aune des évolutions actuelles. L’auteure articule les mécanismes génériques (le formalisme, la normalisation…) et les exemples les plus concrets (des formalités, les normes ISO…). Tandis que les enquêtes sociologiques ont tendance à documenter les effets de la bureaucratisation sur des secteurs pris isolément (l’hôpital, la police, les associations, mais aussi la finance, etc.), l’analyse alterne les terrains d’étude et dévoile ainsi des « traits constitutifs ». Avec le New Public Management, les administrations et les services publics se « gèrent » comme des entreprises, selon des indicateurs quantifiés d’efficacité et d’effectivité, « l’obsession » de rendre des comptes, qui « cassent l’indépendance des métiers ». Le souci de la comparaison internationale aide aussi à rendre lisible l’implantation de ces guides de « bonnes pratiques » à l’échelle du globe, dans les pays du Sud, via d’« énormes machines bureaucratiques » tels le FMI, la Banque mondiale ou l’OCDE. L’analyse est efficace et directe. Elle s’ancre dans le « quotidien bureaucratique » et montre comment ce mouvement suppose la « participation » de tous. La bureaucratisation répond en effet à des « attentes » et, à notre corps défendant, fabrique une forme sournoise d’indifférence. En cela, elle est productrice d’un ordre politique qui opère par des standards de comportement attendus (performance, épanouissement, etc.). Le système conforte une individualisation de masse, qui déresponsabilise et fait obstacle à l’insubordination. Les marges d’action existent, mais encore faut-il se rendre attentif à la petite musique insidieuse de la bureaucratie, qui a tôt fait d’envoûter même les plus récalcitrants. Le constat, aussi déceptif que lucide, alimente donc une forme de conscience. Ça n’est pas la moindre de ses forces.

26/11/2012 - Arnaud Saint-Martin - L'Humanité

 

Poursuivant son travail original de réflexion sur les formes contemporaines de la domination, Béatrice Hibou analyse la bureaucratisation comme un envahissement de procédures, de normes, de formalités dont la souplesse fait la force. Tous les domaines de la vie courante y sont désormais soumis dans une véritable inflation de formalités. Mais loin d’une simple pesanteur, il faudrait voir la bureaucratie néolibérale comme un phénomène d’adaptation permanente. Elle est d’essence politique et marque le redéploiement du politique selon une nouvelle forme de gouvernement. Rien de kafkaïen donc dans cette bureaucratie-là, mais un débordement d’abstraction venu des méthodes de l’entreprise et qui, laissée aux mains de ses utilisateurs au quotidien, devient un outil de contrôle social. La différence se fait entre ceux qui savent en jouer et les autres.

01/12/2012 - Thierry Jobard - Sciences Humaines

 

BUREAUCRATIC INFLATION On the Neo-liberal art of governance

« Bureaucracy » is a term that can be applied to businesses, the private sector, the market economy, non-governmental organizations...To anyone living, producing and consuming today, one thing is evident: the growing place of bureaucracy.
How else can the growing requirement of paper be explained - documents are required to travel, to study, to be insured -, the relentless confrontation with formal procedures - to get a loans, have electricity or access to a computer network, rent a flat etc-. We are increasingly asked to comply with standards and rules - to ensure that the accounts of a company are certified, that vegetable can be labeled organic... There are endless examples of this growing bureaucracy, which shouldn't be defined as a prerogative of a State's apparatus, but as a set of standards, rules, procedures and formalities that encompasses not only governmental administration but the whole of society.

Béatrice Hibou is Director of Research at the CNRS (attached to the Centre for International studies and Research - Sciences Po). She is the author of several books including, published by La Découverte, La Force de l'obéissance (2006), published in English by Polity Press, and Anatomie politique de la domination (2011).


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