L'ordre de la dette
Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché

Benjamin LEMOINE

Pourquoi la dette publique occupe-t-elle une telle place dans les débats économiques contemporains, en France et ailleurs ? Comment s’est-elle imposée comme la contrainte suprême qui justifie toutes les politiques d’austérité budgétaire et qui place les États sous surveillance des agences de notation ?
À rebours de ceux qui voient la dette comme une fatalité et une loi d’airain quasi naturelle, Benjamin Lemoine raconte dans ce livre comment, en France, l’« ordre de la dette » a été voulu, construit et organisé par des hommes politiques, des hauts fonctionnaires et des banquiers, de gauche comme de droite – parmi lesquels François Bloch-Lainé, Charles de Gaulle, Antoine Pinay, Valéry Giscard d’Estaing, Michel Pébereau, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn… Autrement dit, il fut le fruit d’un choix politique.
Ce livre reconstitue la généalogie détaillée de ce choix stratégique, et prend la mesure de la grande transformation de l’État dans l’après-guerre. On réalise alors à quel point les nouveaux rapports entre finance privée et finances publiques sont au cœur des mutations du capitalisme, dans lequel l’État est devenu un acteur de marché comme les autres, qui crée et vend ses produits de dette, construisant par là sa propre prison.

« Ce qui est mis en cause dans ce livre, c’est l’évidence même de la dette. » André Orléan.

Version papier : 22 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Préface de André ORLEAN
Collection : Sciences humaines
Parution : mars 2016
ISBN : 9782707185501
Nb de pages : 308
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707190369
Format : EPUB

Benjamin LEMOINE

Benjamin Lemoine est sociologue, chercheur au CNRS et à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO – université Paris-Dauphine). Sa thèse a été primée par l’Association française de science politique.

Extraits presse

Dans son livre L’ordre de la dette, le sociologue Benjamin Lemoine explique le rôle des « trésoriens », ces hauts-fonctionnaires français qui, dès les années 1960 ont patiemment convaincu les gouvernants de placer les obligations de l’État sur les marchés financiers, ralliant leur pays au néolibéralisme. Histoire d’une véritable conjuration.

11/03/2016 - Marianne

 

Qui pourrait se satisfaire, nous dit-on urbi et orbi, d’une situation qui conduit chaque année à prélever sur nos finances publiques un montant proche de celui affecté à l’Education nationale pour payer les seuls intérêts de la dette publique ? Seuls les loufoques refusent de voir. Dans l’Ordre de la dette (La Découverte), le jeune sociologue Benjamin Lemoine s’oppose à cette fatalité. A la manière d’un paléontologue, il a gratté le moindre document, épluché le moindre discours, pour aller par-delà du miroir des évidences. Benjamin Lemoine y trouve une histoire oubliée et montre comment l’Etat a abandonné le privilège qui fut longtemps le sien d’avoir la main sur ses dettes. Certes, tout au long de la lecture de l’Ordre de la dette, ce chercheur apparaît d’abord comme un sociologue. Mais il se montre aussi économiste, historien et même juriste. A mettre entre les mains de tous ceux qui s’intéressent à la vie publique.

02/04/2016 - Vittorio de Filippis - Libération

 

Ce qui a été un jour inventé pourra-t-il être détruit ? Qu'est-ce qui le remplacera ? C'est finalement à ces questions que mène ce livre alerte. Le « grand renversement » qui, pour Lemoine, « a fait de l'État, non plus la chose mesurante planificatrice de l'économie, comme dans la configuration d'après-guerre, mais bien la chose mesurée par les acteurs et organisations du marché financier mais aussi par les institutions européennes » est, certes, toujours à l’œuvre. Mais il s'alimente aussi d'une crise sociale de plus en plus grave qui conduira peut-être, un jour, à sa fin.

31/03/2016 - Gilles Bastin - Le Monde des Livres

 

Le sociologue nous apporte ainsi un autre regard – essentiel – car historique et politique. L'État français est-il pour autant « encastré dans les marchés financiers » auxquels il devrait obéir en permanence ? Avec la forte baisse des taux d'emprunt de la France, le débat sur la dette publique a perdu de son importance ces derniers mois. Raison de plus de s'y plonger sereinement avec ce livre.

01/04/2016 - Christian Chavagneux - Alternatives Économiques

 

Dans cet essai vigoureux, Benjamin Lemoine présente d’emblée « une histoire oubliée », les modes d’existence de la dette publique. Il s’agit de décrire les moments où l’État a « eu l’avantage », quand il avait la possibilité de se financer hors marchés. L’occasion ensuite d’expliquer comment cette dette publique s’est imposée comme « contrainte suprême », justifiant, selon l’auteur, les politiques d’austérité budgétaire.

03/06/2016 - Enjeux

 

Table des matières

Préface. Le résultat d’une volonté délibérée, par André Orléan
Introduction. Une histoire oubliée
I / Une histoire à (re)prendre : la mise en marché de la dette
1. Quand l’État a l’avantage : de la possibilité d’un financement hors marché

Couvrir autrement le déficit
Circuit du Trésor et marquage public de l’argent
Un prince de la République
Les banques sous contrainte
L’État, au-dessus du marché
Transgression avec l’orthodoxie et menace inflationniste
Le rappel à l’ordre monétaire
L’adoption du modèle britannique : le marché en rémission du « péché monétaire »
L’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing
Un tremblement de terre : au nom de la démocratie des marchés
Un point de non-retour
2. La gauche au pouvoir se plie à l’ordre de la dette
Stopper la « ruine » de l’épargnant : donner aux investisseurs plutôt que les « frapper »
La relance Chirac
L’orthodoxie de Raymond Barre
L’inconcevable réhabilitation des finances publiques « actives »
Renoncer définitivement à la tentation monétaire
« Une saison en enfer »
« Merci de m’aider à comprendre »
« Une France qui vit au-dessus de ses moyens »
Pierre Bérégovoy : plus royaliste que le roi
« Ce système-là, on va le casser »
Interpréter l’extinction d’un régime économique : « préhistoire » de la modernité financière ou expérience critique ?
3. La nourriture terrestre dont les marchés ont besoin
Sur le modèle américain
Les dealers de proximité
Mise en scène du « sacrifice » et gains durables des banques
Lier les mains de l’État et rendre impossible tout retour en arrière
Quand Fabius créée une agence « à la française »
La police des conduites administratives
Les obligations DSK : le Trésor parie sur la désinflation
L’autodiscipline de l’État
II / La dette entre dans le débat public
4. Discipliner les États : le rôle de l’Europe

Une « numérologie arbitraire » ?
Opération Juppé : l’« affaire » France Télécom
Derrière le cas France Télécom, l’enjeu des retraites
Les gardiens du temple comptable contre l’« opportunisme » des États
Obtenir les meilleures statistiques possibles
Jospin : le « faux rebelle »
La discipline « brute » de la dette : pleins feux sur les passifs de l’État
L’enjeu des retraites : quand on tire le fil, tout vient
L’éclosion d’un nouvel acteur : les générations futures
5. Le rapport Pébereau : coup médiatique et pédagogie économique
Briser un tabou
Trouble dans les rangs des experts
La contre-offensive des keynésiens
« Il n’y a pas d’alternative »
Quand le ministre en fait un peu trop...
La chasse gardée du Trésor
6. La présidentielle de 2007 verrouillée ?
Une évaluation « objective »
Un « déconomètre »
Bayrou se fond dans le script de la dette
Une version dégradée du débat politique ?
La mise en scène de l’héroïsme présidentiel
Le « keynésianisme » de la dépense fiscale
François Fillon : « à la tête d’un État en faillite »
7. Et si toutes les dettes se valaient ?
Sauver les banques
Traquer l’État derrière la forme juridique
L’invention de la dette nette
L’« inéluctable » baisse des retraites
L’ordre politique des agences de notation
L’implacable « acceptation sociale »
L’obturation de l’avenir
La dette financière contre la dette sociale
Promesses de l’État et « lutte de classes »
Conclusion. Percer les boîtes noires de la dette
Politique de la (re-)structuration.