À paraître

L'ordre de la dette
Enquête sur les infortunes de l'État et la prospérité du marché

Benjamin Lemoine

À échéances régulières, la question de la dette publique revient coloniser l’espace public. Faire la preuve incessante du crédit de l’État auprès des marchés financiers constitue un droit d’entrée dans le champ des propositions politiques. Mais des alternatives ont existé au cours desquelles la puissance publique gouvernait la finance, plutôt que l’inverse, et organisait l’allocation du crédit et de la monnaie.
À rebours de ceux qui voient la dette comme une loi d’airain quasi naturelle, ce livre reconstitue la généalogie détaillée de ce choix stratégique d’enfermement du financement du Trésor dans les marchés de capitaux. Il montre ainsi à quel point l’ordre de la dette est organisé par des hommes politiques, des hauts fonctionnaires et des banquiers, de gauche comme de droite, transformant l’État en un acteur de marché comme les autres, qui crée et vend ses produits de dette, construisant par là sa propre prison.

Version papier : 14 €
Version numérique : 8,99 €
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Détails techniques
Préface de : André Orléan
Collection : Sciences humaines n°551
Parution : 03/02/2022
ISBN : 9782348073540
Nb de pages : 326
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782348073557
Format : EPUB

Benjamin Lemoine

Benjamin Lemoine
Benjamin Lemoine est sociologue, chercheur au CNRS et à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO – université Paris-Dauphine). Sa thèse a été primée par l’Association française de science politique. Il a obtenu en 2018 la médaille de bronze du CNRS.

Extraits presse

Dans son livre L’ordre de la dette, le sociologue Benjamin Lemoine explique le rôle des « trésoriens », ces hauts-fonctionnaires français qui, dès les années 1960 ont patiemment convaincu les gouvernants de placer les obligations de l’État sur les marchés financiers, ralliant leur pays au néolibéralisme. Histoire d’une véritable conjuration.

2016-03-11 - Marianne

 

Ce qui a été un jour inventé pourra-t-il être détruit ? Qu'est-ce qui le remplacera ? C'est finalement à ces questions que mène ce livre alerte. Le «grand renversement » qui, pour Lemoine, «a fait de l'État, non plus la chose mesurante planificatrice de l'économie, comme dans la configuration d'après-guerre, mais bien la chose mesurée par les acteurs et organisations du marché financier mais aussi par les institutions européennes» est, certes, toujours à l’œuvre. Mais il s'alimente aussi d'une crise sociale de plus en plus grave qui conduira peut-être, un jour, à sa fin.

2016-03-31 - Gilles Bastin - Le Monde des Livres

 

Le sociologue nous apporte ainsi un autre regard – essentiel – car historique et politique. L'État français est-il pour autant « encastré dans les marchés financiers» auxquels il devrait obéir en permanence ? Avec la forte baisse des taux d'emprunt de la France, le débat sur la dette publique a perdu de son importance ces derniers mois. Raison de plus de s'y plonger sereinement avec ce livre.

2016-04-01 - Christian Chavagneux - Alternatives Économiques

 

Qui pourrait se satisfaire, nous dit-on urbi et orbi, d’une situation qui conduit chaque année à prélever sur nos finances publiques un montant proche de celui affecté à l’Éducation nationale pour payer les seuls intérêts de la dette publique ? Seuls les loufoques refusent de voir. Dans L’ordre de la dette (La Découverte), le jeune sociologue Benjamin Lemoine s’oppose à cette fatalité. À la manière d’un paléontologue, il a gratté le moindre document, épluché le moindre discours, pour aller par-delà du miroir des évidences. Benjamin Lemoine y trouve une histoire oubliée et montre comment l’État a abandonné le privilège qui fut longtemps le sien d’avoir la main sur ses dettes. Certes, tout au long de la lecture de L'ordre de la dette, ce chercheur apparaît d’abord comme un sociologue. Mais il se montre aussi économiste, historien et même juriste. À mettre entre les mains de tous ceux qui s’intéressent à la vie publique.

2016-04-02 - Vittorio de Filippis - Libération

 

Dans cet essai vigoureux, Benjamin Lemoine présente d’emblée «une histoire oubliée», les modes d’existence de la dette publique. Il s’agit de décrire les moments où l’État a «eu l’avantage», quand il avait la possibilité de se financer hors marchés. L’occasion ensuite d’expliquer comment cette dette publique s’est imposée comme «contrainte suprême», justifiant, selon l’auteur, les politiques d’austérité budgétaire.

2016-06-03 - Enjeux

 

Table des matières

Préface. Le résultat d’une volonté délibérée, par André Orléan
Introduction. Une histoire oubliée

Les modes d'existence de la dette publique
I / Une histoire à (re)prendre : la mise en marché de la dette
1. Quand l’État a l’avantage : de la possibilité d’un financement hors marché

Couvrir autrement le déficit
Circuit du Trésor et marquage public de l’argent
Un prince de la République
Les banques sous contrainte
L’État, au-dessus du marché
Transgression avec l’orthodoxie et menace inflationniste
Le rappel à l’ordre monétaire
L’adoption du modèle britannique : le marché en rémission du « péché monétaire »
L’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing
Un tremblement de terre : au nom de la démocratie des marchés
Un point de non-retour
2. La gauche au pouvoir se plie à l’ordre de la dette
Stopper la « ruine » de l’épargnant : donner aux investisseurs plutôt que les « frapper »
La relance Chirac
L’orthodoxie de Raymond Barre
L’inconcevable réhabilitation des finances publiques « actives »
Renoncer définitivement à la tentation monétaire
« Une saison en enfer »
« Merci de m’aider à comprendre »
« Une France qui vit au-dessus de ses moyens »
Pierre Bérégovoy : plus royaliste que le roi
« Ce système-là, on va le casser »
Interpréter l’extinction d’un régime économique : « préhistoire » de la modernité financière ou expérience critique ?
3. La nourriture terrestre dont les marchés ont besoin
Sur le modèle américain
Les dealers de proximité
Mise en scène du « sacrifice » et gains durables des banques
Lier les mains de l’État et rendre impossible tout retour en arrière
Quand Fabius créée une agence « à la française »
La police des conduites administratives
Les obligations DSK : le Trésor parie sur la désinflation
L’autodiscipline de l’État
II / La dette entre dans le débat public
4. Discipliner les États : le rôle de l’Europe

Une « numérologie arbitraire » ?
Opération Juppé : l’« affaire » France Télécom
Derrière le cas France Télécom, l’enjeu des retraites
Les gardiens du temple comptable contre l’« opportunisme » des États
Obtenir les meilleures statistiques possibles
Jospin : le « faux rebelle »
La discipline « brute » de la dette : pleins feux sur les passifs de l’État
L’enjeu des retraites : quand on tire le fil, tout vient
L’éclosion d’un nouvel acteur : les générations futures
5. Naissance de la pédagogie austériaire : le coup politique et médiatique du rapport Pébereau
Briser un tabou
Trouble dans les rangs des experts
La contre-offensive des keynésiens
« Il n’y a pas d’alternative »
Quand le ministre en fait un peu trop...
La chasse gardée du Trésor
6. Vérouiller l'élction présidentielle
Une évaluation « objective »
Un « déconomètre »
Bayrou se fond dans le script de la dette
Une version dégradée du débat politique ?
La mise en scène de l’héroïsme présidentiel
Le « keynésianisme » de la dépense fiscale
François Fillon : « À la tête d’un État en faillite »
7. Et si toutes les dettes se valaient ?
Sauver les banques
Traquer l’État derrière la forme juridique
L’invention de la dette nette
L’« inéluctable » baisse des retraites
L’ordre politique des agences de notation
L’implacable « acceptation sociale »
L’obturation de l’avenir
La dette financière contre la dette sociale
Promesses de l’État et « lutte de classes »
Conclusion. Percer les boîtes noires de la dette
Remerciements