Injuriez-vous !
Du bon usage de l'insulte

Julienne FLORY

« Fils de pute », « nique ta mère », « sale chien », « connasse », « pédé » : pourquoi insulte-t-on ? Dans quels cas les injures sont-elles efficaces ? Comment peuvent-elles aussi rater leur cible et se retourner contre celui qui les profère ?
Injurier, c’est chercher à humilier. Ce livre pourrait certes nous apprendre à « bien injurier », mais il pourrait aussi nous aider à résister à la violence des mots. Celui qui veut injurier efficacement doit se faire apprenti sociologue ! Car les injures renferment des mystères plus profonds qu’il n’y paraît à première
vue. Elles tendent à nous assigner un rôle, à nous définir. Elles recèlent un réel pouvoir magique : celui qui est nommé peut se reconnaître, et trouver ainsi une nouvelle manière d’exister et… de se révolter.
Ce livre explore une variété d’injures et d’insultes courantes aujourd’hui. À chaque fois, il en reconstitue le contexte et le sens. Il propose ainsi un parcours amusant, plein de péripéties et d’aventures dans un monde pas toujours reluisant qui est pourtant le nôtre. C’est aussi un livre d’espoir pour un avenir meilleur.

Version papier : 13 €
Version numérique : 9,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : Les Empêcheurs de penser en rond
Parution : mai 2016
ISBN : 9782359250527
Nb de pages : 160
Dimensions : 115 * 205 mm
ISBN numérique : 9782359251326
Format : EPUB

Julienne FLORY

Julienne FLORY
Julienne Flory est philosophe et sociologue. Elle a longtemps travaillé pour la revue Mouvements.

Extraits presse

Injurier, c’est bien sûr chercher à humilier. Mais c’est aussi dévoiler une part de nous-mêmes qu’on n’aurait pas forcément imaginée et, plus étonnant encore, les normes cachées de notre société. C’est ce que nous révèle dans Injuriez-vous ! Julienne Flory, philosophe et sociologue, qui a passé au crible les insultes ordinaires de notre langue.

12/05/2016 - Alix Ratouis - Le Point

 

Pour son premier livre, Julienne Flory s’est lancée dans l‘étude savante des injures. Ce n’est pas un domaine très étudié par l’université. L’injure ou l’insulte sont cantonnées dans la périphérie de la linguistique, dans la zone moche de la lexicographie. Quant aux philosophes, ils ne s’intéressent guère aux crachats. Julienne Flory fait donc preuve d’audace en déblayant un terrain en jachère où poussent les mauvaises herbes du langage. Il y a bien eu le Traité d’injurologie et le Dictionnaire des injures (10/18, 2004) de Robert Édouard, précurseur dans la discipline, mais la jeune philosophe fait ici appel à Bourdieu et à quelques autres pour saisir l’insulte dans ses variétés comportementales et sociologiques. Si l’injure est une manière de refuser les codes d’un langage normé et dominant, elle est aussi souvent l’expression de la haine, de la misogynie, de l’homophobie ou du racisme. Des murs de Pompéi à Internet, on constate la permanence de règles dans l’insulte. Julienne Flory s’attache à les décrypter. Elle explique leurs origines et leurs manières de faire appel à la famille, à la sexualité et à la soumission que l’« injurieur » intime à l'« injuré ». Même s’il s’agit de marquer une rupture avec les usages, le plus souvent l’injure n’a rien de commun avec la révolution. Elle est de plus en plus la manifestation d’un dépit, d’un dégout ou d’un mépris. On s’éloigne ainsi de cette branche discréditée de l’éloquence dont on mesure la richesse dans le Traité des injures publié au XVIIIe siècle et qui laissait penser qu’il s’agissait d’un art. Le champ lexical s’est resserré sur quelques formules ordinaires. Chacun y a recours pour évacuer quelque chose. En cela, l’étude de Julienne Flory, pleine d’esprit et de sérieux, nous aide à réfléchir sur la persistance de cette violence verbale.

29/04/2016 - Laurent Lemire - Livres Hebdo

 

« Y a-t-il une différence entre « merde », « grosse merde » et « sale merde » ? » La question méritait d’être posée et d’invoquer, pour y répondre, la linguistique, Kant ou Bourdieu. Car l’injure est une affaire sérieuse. Comment circule le mot nigger dans la société américaine ? Pourquoi un simple citoyen brandissant une pancarte « casse-toi pov’con » devant Nicolas Sarkozy est-il condamné à 30 euros pour offense, alors qu’il s’adresse à celui-là même qui, sans en être inquiété, a canonisé l’expression ? Comment les « pédés » ou les « putes » récupèrent-ils les mots visant à stigmatiser en outils, affirmatifs, pour militer ? Réfléchir sur l’usage et la fonction sociale de l’insulte nous fait accéder à « une ressource formidable pour essayer de comprendre le monde qui nous entoure », affirme Julienne Flory dans ce livre qui est très loin de mériter les injures.

15/06/2016 - S. B. - Le Canard Enchaîné

 

L’injure se veut avant tout dégradante pour son destinataire. Ainsi quand on traite un homme de couleur de « négro ». Mais le même mot peut, dans une lente appropriation, signifier l’appartenance à une communauté qui ne veut plus ployer, comme le montre l’histoire du sens de nigger, aux Etats-Unis. Comme l’art judoka qui retourne la force de l’adversaire, l’injurié peut se saisir de l’insulte pour en faire l’étendard d’une force politique qui entend être respectée. Julienne Flory, dans ce livre vif et alerte, montre que l’injure obéit à une règle de trois. Le sens d’un message est déterminé par l’expéditeur, le contexte et le destinataire. A chacun d’en jouer avec la subtilité requise.

04/07/2016 - Alain Rubens - Lire

 

La leçon de ce petit essai tient plus dans son sous-titre que dans son titre. Pourquoi certaines insultes blessent-elles, d’autres pas ? Quelles sont celles qui, à coup sûr, atteindront leur cible ? En mobilisant les travaux de linguistes (Quine, Austin) et de sociologues (Goffman, Bourdieu), Julienne Flory explore la dimension transgressive de l’injure, laquelle nous renseigne, à son tour, sur les normes langagières qui régissent les sociétés humaines. Si tant de nos insultes ordinaires font référence au corps (« con », « trou du cul ») ou à des actes sexuels (« enculé », « je vais te niquer »), c’est bien que tout ce qui touche au sexe reste tabou. Ne pas respecter ce « code non écrit » (Wundt) est une garantie quasi certaine d’humilier la personne visée. Le même effet sera assuré en s’attaquant aux figures totémiques que sont la mère (« ta mère ») et les origines (« nique ta race »). Mais si l’injure est inscrite dans un système de valeurs, son effet performatif dépend aussi pour beaucoup du contexte : par qui, en direction de qui et devant qui elle est prononcée. J. Flory souligne en effet que la différence entre un juron (l’« ah merde ! » qui peut être libératoire) et une injure (le « sale merdeux » vexatoire) c’est que la seconde est d’autant plus humiliante qu’elle est prononcée devant un public. Et pourtant, le stigmate de l’injure peut parfois être revendiqué comme un étendard. C’est ce que l’auteure appelle le « pouvoir magique » de l’insulte, celui qui consiste à reprendre les mots des dominants pour les travestir. Ainsi de ce « I’m a nigger » ou de ce « fier d’être pédé » qui permettent de retourner les représentations et de lutter contre des formes d’assignations. Si on peut sans doute s’interroger sur la conclusion optimiste de ce livre foisonnant qui voudrait ériger le pouvoir des mots en action politique, on peut toutefois se réjouir de voir les « fils de pute » ou autre « sale chien » pris comme objets d’étude.

02/09/2016 - Frédérique Letourneux - Sciences Humaines

 

Table des matières

1. Ce que nous apprennent les injures
2. Les risques de l'injure
3. Du pouvoir d'agir au pouvoir magique des injures
Remerciements