Fragments d'intime - Pascale JAMOULLE

Fragments d'intime
Amours, corps et solitudes aux marges urbaines

Pascale JAMOULLE

Dans les espaces urbains marqués par la précarisation, les sphères de l’intime se fragilisent. Cet ouvrage explore la vie émotionnelle, affective et sociale de personnes de toutes origines, souvent marquées par l’épreuve de l’exil, dans un quartier « chaud » de Bruxelles, où les relations hommes/femmes, les quêtes affectives et sexuelles sont d’une grande complexité. L’auteure y a longuement fréquenté des prostituées, des errants avec ou sans papiers, des jeunes issus des anciennes et nouvelles migrations, turques en particulier. Elle restitue ici, avec finesse et délicatesse, leurs histoires et contextes de vie, qui contribuent à façonner leurs rapports au corps, à l’autre sexe et à la solitude.
Éprouvés mais altiers, marginalisés mais créatifs, brisés mais tenaces, les interlocuteurs de l’ethnologue font face à l’insécurité sociale et intime. Celle-ci peut devenir une quête initiatique, où s’invente une autre vie urbaine, souterraine et alternative. Il en va ainsi de la prostitution libre et courtisane, vécue comme un métier de service ; des squats semi-organisés qui protègent de la rue les couples et les grands célibataires ; des couples mixtes et des inventions transculturelles qui décloisonnent les ghettos urbains. À travers la vie intérieure et secrète de ses interlocuteurs, Pascale Jamoulle nous invite à découvrir les mondes off des grandes métropoles, à voir comment s’invente la mondialisation par le bas de l’échelle sociale.

Version papier : 25 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Alternatives sociales
Parution : janvier 2009
ISBN : 9782707156785
Nb de pages : 264
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché
ISBN numérique : 9782707190109
Format : EPUB

Pascale JAMOULLE

Pascale JAMOULLE

Pascale Jamoulle est docteur en anthropologie, licenciée en lettres et assistante sociale. Chargée de cours à l’université de Mons et à l’UCL (Université de Louvain-la-Neuve), elle est membre du Centre de recherche en inclusion sociale (Ceris/UMons) et du Laboratoire d’anthropologie prospective (Laap/UCL) et travaille au service de santé mentale Le Méridien, à Bruxelles. Elle est l’auteure d’Adolescences en exil (avec Jacinthe Mazzocchetti, Academia-L’Harmattan, 2011), Fragments d’intime (La Découverte, 2009), Des hommes sur le fil (La Découverte/Poche, 2008), La Débrouille des familles (De Boeck, 2002) et Drogues de rue (De Boeck, 2000).

Extraits presse

« Une enquête ethnologique remarquable qui s'appuie sur des sources diverses: observations, récits de vie, entretiens collectifs dans les écoles... Et débouche sur la publication de l'ouvrage Fragments d'intime où l'on découvre une autre facette de la vie souterraine bruxelloise. Un monde écorché vif, impitoyable et fragile, où les femmes sont particulièrement exposées et malmenées. Un monde "aux marges urbaines" qu'il est parfois bon de regarder en face... »
LE SOIR

« Ayant pénétré dans ces squats, multiplié les entretiens, Pascale Jamoulle, véritable anti-Pinçon-Charlot, résume admirablement cette plongée dans la mondialisation par le bas. »
LE QUOTIDIEN DU MEDECIN

« Le travail de Pascale Jamoulle est d'abord de faire des rencontres. Surtout l'anthropologue donne une voix aux sans-voix. Avec humilité, patience et, il y a tout lieu de croire, justesse. Elle rapporte les mots de ces inconnus que nous croisons sans souvent vouloir les voir, dans les gares, au bas des immeubles, dans les recoins des villes. Ceux dont on se détourne, les "sans", sans-papiers, sans-logis, sans revenus, sans droits... [...] L'auteure montre donc avec force, à partir de ses observations de terrain, que l'intime, "fragilisé" par la violence sociale, est hautement "révélateur des fonctionnements sociaux". Et que les corps, de véritables "poupées ventriloques" (Maurice Godelier) sont révélateurs de la "violence des vécus personnels et des relations sociales". En donnant voix à ces personnes et en observant les signes émis par leurs corps, Pascale Jamoulle s'est sans aucun doute inscrite dans la grande tradition de l'anthropologie. À l'écoute de l'homme. »
POLITIS

« Le peuple des abîmes. Comme Jack London au tout début du XX° siècle, Pascale Jamoulle dresse le portrait des laissés-pour-compte de la société, des déclassés économiques. La comparaison s'arrête là. Elle le fait en anthropologue, non en écrivain: d'un territoire particulier, le voisinage de la gare du Nord à Bruxelles, elle décrit quelques personnages emblématiques. Surtout, Jack London observait une population britannique et protestante: victimes des marchands de sommeil et habitants des taudis de l'Est End londonien. En 2009, la mondialisation est passée. La photographie des alentours de la gare du Nord offre une diversité des religions, de coutumes et d'origines. L'auteure dévoile l'inscription de la misère dans les corps et dans la tête. [...] pour étudier ce repli sur le corps en danger, ses conséquences sur la santé mentale, elle isole trois genres, le genre marchand où la marchandisation des corps voisine avec l'économie parallèle, le genre perdu, dédié aux travellers, des errants souvent victimes de la drogue, le genre tragique où les jeunes filles, dans leur désir d'émancipation, se heurtent aux parents et aux grands frères, dépositaires de la tradition, un phénomène commun aux familles turques et marocaines. Tous ont en commun une grande difficulté à renouer les fils d'une histoire sentimentale marquée dans le passé par le drame et les séparations, et complexifié par le chevauchement des cultures. [...] Pascale Jamoulle, forte de son double statut d'universitaire et d'assistante sociale, cerne au plus près la vérité humaine d'individus passés "à la moulinette de la rue". »
LE MONDE

PRESSE

 

Il n’est pas si fréquent qu’un texte à la fois captive, informe et interroge. C’est le cas avec le dernier livre de Pascale Jamoulle, Fragment d’intime. Amours, corps et solitudes aux marges urbaines. Non que le déchiffrage des intimités n’ait pas de précédents : d’autres - sociologues, anthropologues, historiens - s’y sont essayé, usant de méthodes et de matériaux divers, telles que les écritures privées ou les observations participantes. Ici, il s’agit de comprendre comment l’intégrité corporelle et psychique des individus est mise à l’épreuve de la précarité en contexte, mais aussi comment ceux-ci font face. Au cœur de ces marges urbaines dont la marginalité est avant tout sociale, l’analyse porte donc à la fois sur la mise à mal des intimités individuelles et sur les cadres sociaux collectifs qui la favorisent. Les “fragments d’intime” recueillis en constituent une matière qui saisit, passionne, bouleverse, mais dont l’interprétation en termes de relations sociales ne coule pas de source.

10/03/2009 - Claire Lévy-Vroelant - Non fiction

 

Table des matières

Remerciements - Introduction : la fragilisation de l'intime - Le genre aux marges - Les lieux : un quartier « chaud », populaire et marchand - Corps et solitudes - I / Le genre marchand. Le financement des liens affectifs et sexuels - Corps marchandisés et leurres identitaires : l’histoire de Yérina - Quand le consumérisme vient combler le manque de transmission - La « compète » et l’hypersexualisation des corps - L’affichage des filles isolées et la proximité des trafics - Acheter les biens, les corps et même l’amour - Attachement en yoyo et fantasmes violents - Divisions : double vie, double langage, double tableau - Exploitation financière et sexuelle - Le corps mis à l’épreuve - Enquêter dans les mondes de la prostitution - Maria, Aline, Célia, ou la liberté de parole des prostituées indépendantes - Abolitionnisme et stigmate social - Des prostitutions à multiples facettes - Désespoir d’aimer et fragmentations - Reconstruction de soi dans le travail de courtisane - Régulations et usures de la prostitution -Évolutions sociales des fantasmes sexuels : peurs et expiations - Conclusions : L’intime révèle des fonctionnements sociaux - II / Le genre perdu. Errances et solitudes de la rue - Errances socioaffectives - L’histoire de Tarra, une traveller en partance - Liens d’attachement violents et identité de genre marginale - Violences conjugales et succession d’échecs amoureux - Maternités et guerre des matrices - Styles affectifs des marges - Violences de la rue et de l’ordre institutionnel - Transmutation des colères privées en luttes collectives - Intimité et vies sociales en rue - Enquêtes nomades - Des vies grégaires, en solitude affective - Les risques des attachements - Précarisation et désordres psychiques - La possession : le djinn d’amour de Mehmet - La dissociation : les amours morcelés de Marlène - L’errance identitaire : les fictions d’Ariel - Conclusions : Esquiver l’intime - III / Le genre tragique. Conflits intimes dans les quartiers immigrés -Évolution des relations hommes/femmes en migration - Entretiens de groupe et récits de vie - Ordres masculins et féminins et évolution des modèles éducatifs - Les tensions de genre adolescentes - Stratégies matrimoniales plurielles - Les pressions au mariage - L’importation de beaux-enfants - Colères et ressentiments des femmes - Les conflits de normes de genres - Souffrances transculturelles - Motifs obscurs des voyages - Dynamiques de ghetto et « cocon turc » - Monoculturalité scolaire et déscolarisation - Double vie de la jeunesse et métissages culturels -Enfermement des femmes et dépression : « trop porter », « trop endosser » - Les mises en danger masculines : biz, drogues et jeux - Conclusions : Désenclaver l’intime - Conclusion : l'intimité aux marges sociales - Posface - Bibliographie sélective.