Les idées néolibérales progressent aujourd'hui par le social. N'ayant plus les moyens économiques de notre modèle historique, il nous faudrait impérativement réduire la voilure, rationaliser le système, nous ouvrir à la concurrence et au marché. Autrement dit, déréguler ce qui peut l'être, améliorer la gouvernance à grand renfort de consultants, renforcer le contrôle des opérateurs et professionnels sur fonds publics et renvoyer le reste au gré à gré ou au caritatif. Exit les idéaux de solidarité nationale, d'émancipation ou d'éducation, le social entre à son tour dans le monde des affaires. Il en est ainsi du côté de l'aide à domicile (dépendance et handicap), de l'insertion, de la petite enfance, de la protection judiciaire, de la formation... Comment opèrent ces changements ? Quelles en sont les conséquences pour l'action sociale organisée ? Pourquoi les avons-nous laissés s'installer ? Que devons-nous défendre maintenant ?
À travers l'analyse du nouveau lexique, largement inspiré de l'entreprise, qui s'est imposé dans tout le secteur social (services à la personne, démarche qualité, privilège de l'usager, performance, évaluation, etc.), Michel Chauvière montre que celui-ci est dénaturé et asphyxié par un processus de " chalandisation " qui formate les consciences, sape les fondamentaux de l'engagement et prépare à accepter plus de privatisations des services et une plus grande hégémonie de la gestion. Mais rien n'est définitivement joué !


2026-05-14 - PRESSE

Introduction - I / Société de services et fétichisme de la qualité - 1. Métamorphoses de la notion de service - Une longue histoire - Ouverture du champ et nouvelle frontière intérieure - Une colonisation en partie masquée - Un exemple : l'aide à domicile - 2. Les services sociaux gagnés par le business - L'éclatement du " social en actes " - Effets pragmatiques de la décentralisation et de la construction européenne - Les instruments du marché des services à la personne - Économie de l'offre et marketing - Entre tarification à l'acte et solvabilité - Contractualisme et effritement de la solidarité - 3. Fétichisme de la qualité et tyrannie des normes secondaires - La démarche qualité entre norme et stratégie - La chalandisation des comportements et des consciences - La boîte à outils de la traçabilité des pratiques - Référentiels et schémas - Bonnes pratiques - Évaluation - Une intelligence collective délitée - Le service contre l'institution - Le pragmatisme et la suspicion - La compétitivité contre le pluralisme - II / Le domicile, l'accès, l'usage, facteurs d'individualisation - Le domicile et ses dérivés - Polysémie du domicile - Politiques du domicile - Les annexes du domicile - Signaler, observer, discipliner - Maisons et guichets uniques - L'homme machine et le lien social - 5. L'accès, entre promesses et droits - Accès et mobilisations sociales - Une promesse individuelle d'égalité et de réaffiliation - L'accès aux droits n'est pas sa réalisation - 6. De la valorisation des droits d'usage aux privilèges du client - Ambiguïtés et réversibilité d'une catégorie d'action publique - L'argument privatiste de la modernisation administrative - L'évangile de l'usager et son impact dans le secteur social - Sous la gestion, l'usager - L'usager imaginaire de la loi 2002-2 - L'usager, ce médiateur zélé - Une signature pour toute l'action sociale - III / Forçage territorial et commerce des compétences - 7. La " domanialisation " du traitement social - De la redistribution des pouvoirs au remodelage des solidarités - Les équivoques du territoire - Une réforme surtout administrative - L'élu, nouvel acteur - Incertitudes du développement local - Les désordres de l'action sociale localisée - Le " social en actes " entre productivité et opacité - La multiplication des groupes d'acteurs - Associations d'action sociale et choc des légitimités - Une ingénierie plus régulatrice qu'innovante - 8. La conversion au marché des compétences sociales - Le principe de professionnalité en berne - Une police des signes et des savoirs vivants - Déclin des régulations professionnelles - Le génie social contre le travail social - Éducateur, un métier reconfiguré - Un format productiviste d'organisation du travail - La montée en puissance des employeurs - Professionnalisation des cadres et modèle hiérarchique - Les formations sociales, entre ouverture et négoce - La bascule des légitimités - Régionalisation et exacerbation des concurrences - Négociants en formation - Conclusion - Que reste-t-il du social ? - Résistances - Bibliographie.