Pendant la colonisation française, des dizaines de milliers d'enfants sont nés d'" Européens " et d'" indigènes ". Souvent illégitimes, non reconnus puis abandonnés par leur père, ces métis furent perçus comme un danger parce que leur existence brouillait la frontière entre " citoyens " et " sujets " au fondement de l'ordre colonial. Leur situation a pourtant varié : invisibles en Algérie, ils ont été au centre des préoccupations en Indochine. La " question métisse " a également été posée à Madagascar, en Afrique et en Nouvelle-Calédonie.
Retraçant l'histoire oubliée de ces enfants de la colonie, cet ouvrage révèle une face cachée, mais fondamentale, de l'histoire de l'appartenance nationale en France : il montre comment les tentatives d'assimilation des métis ont culminé, à la fin des années 1920, avec des décrets reconnaissant la citoyenneté à ceux qui pouvaient prouver leur " race française ". Aux colonies, la nation se découvrait sous les traits d'une race.
Cette législation bouleversa le destin de milliers d'individus, passant soudainement de la sujétion à la citoyenneté : ainsi, en Indochine, en 1954, 4 500 enfants furent séparés de leur mère et " rapatriés " en tant que Français. Surtout, elle introduisait la race en droit français, comme critère d'appartenance à la nation. Cela oblige à revoir le " modèle républicain " de la citoyenneté, fondé sur la figure d'un individu abstrait, adhérant volontaire à un projet politique commun et à souligner les liens entre filiation, nationalité et race.


2026-05-08 - PRESSE

Préface, par Gérard Noiriel
Introduction
I. Le métissage : une question sociale coloniale
1. Une question impériale
Nouvel empire, nouvelle question
Hybrides et bâtards
Géographie de la question métisse
Un problème impérial
Les chiffres du métissage
2. Menace pour l'ordre colonial
Légionnaires, filles de peu et parias
Déracinés et déclassés
Le spectacle du désordre
Dignité et prestige en situation coloniale
3. " Reclasser " les métis
Produire des métis en leur portant secours ?
De la nécessité d'intervenir
Vers une prise en charge par l'État colonial
Notables vs. prolétaires de la colonisation
Dépister, signaler et secourir
Passer les frontières
Vers une demande de droit
II. La question métisse saisie par le droit
4. Nationalité et citoyenneté en situation coloniale
Les enjeux d'une condition juridique
Les juristes et l'indigène
La citoyenneté française en pratique
Les métis entre sujétion et citoyenneté
5. La controverse des " reconnaissances frauduleuses "
Les " reconnaissances frauduleuses ", " fraudes " à la citoyenneté
Destin d'une controverse juridique
La production d'un droit impérial
Paternité, citoyenneté et ordre politique
6. La recherche de paternité aux colonies
La recherche de paternité en métropole : un texte de compromis
Un débat colonial
Paternité et citoyenneté : nature et volonté
Paternité et race
7. Citoyens en vertu de la race
Le droit hors de lui
La " question métisse " saisie par le droit
Le retournement de la jurisprudence
La fabrique du droit colonial
Vérité sociologique/vérité biologique, " droit reflet "/" droit instituant "
Mise en œuvre d'un droit racial
III. La force du droit
8. Le passage du droit : les effets de la citoyenneté sur la catégorie de " métis "
La racialisation des pratiques administratives
Renforcement de la prise en charge des métis
Les métis, des cadres de la colonisation
Une question postcoloniale
9. Des identités saisies par le droit
Des Français des colonies
Vers un multiculturalisme impérial ?
Catégorie juridique et sentiment d'identité
10. Le statut des métis, miroir de la nationalité et de la citoyenneté françaises ?
La race dans la loi
Métis coloniaux et métis juifs
La question métisse et les " modèles républicains " de la nationalité et de la citoyenneté
Conclusion
Sources
Bibliographie.