Le mirage sahélien
La France en guerre en Afrique. Serval, Barkhane et après ?

Rémi Carayol

L’intervention militaire engagée par la France au Sahel tourne au fiasco. Lancée en janvier 2013, l’opération Serval ressemblait au départ à une success story. Les quelques centaines de djihadistes qui avaient pris le contrôle des principales villes du Nord-Mali furent mis en déroute. Des foules en liesse, brandissant ensemble les drapeaux français et malien, firent un triomphe à François Hollande lorsqu’il se rendit à Bamako.
Tout cela n’était pourtant qu’un mirage. En quelques mois, l’opération Barkhane, qui prend le relais de Serval en juillet 2014, s’enlise. Les djihadistes regagnent du terrain au Mali et essaiment dans tout le Sahel : des groupes locaux, liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, se constituent et recrutent largement, profitant des injustices et de la misère pour se poser comme une alternative aux États déliquescents. Au fil des ans, la région s’enfonce dans un chaos sécuritaire et politique : les civils meurent par milliers et les coups d’État militaires se multiplient. Impuissante, la France est de plus en plus critiquée dans son « pré carré ».
L’armée française, imprégnée d’idéologie coloniale et engluée dans les schémas obsolètes de la « guerre contre le terrorisme », se montre incapable d’analyser correctement la situation. Prise en étau entre des décideurs français qui ne veulent pas perdre la face et des dirigeants africains qui fuient leurs responsabilités, elle multiplie les erreurs et les exactions. Des civils sont tués. Des informateurs sont abandonnés à la vengeance des djihadistes. Des manifestations « antifrançaises » sont violemment réprimées.
Sous couvert de la lutte contre la « barbarie », la France a renié les principes qu’elle prétend défendre sur la scène internationale. Le redéploiement du dispositif militaire français au Sahel, annoncé par Emmanuel Macron, n’y change rien : la France poursuit en Afrique de l’Ouest une guerre qui ne dit pas son nom, et sur laquelle les Français n’ont jamais eu leur mot à dire.

Version papier : 22,00 €
Version numérique : 15,99 €
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Détails techniques
Collection : Cahiers libres
Parution : 05/01/2023
Format : EPub
ISBN papier : 9782348075469 ISBN numérique: 9782348075476

Rémi Carayol

Rémi Carayol
Rémi Carayol, journaliste indépendant, couvre l’actualité du Sahel depuis dix ans. Il coordonne le comité éditorial du site d’information Afrique XXI et écrit régulièrement dans Mediapart, Le Monde diplomatique et Orient XXI.

Table des matières

Introduction
Opaque Opex
Repères chronologiques
Les groupes armés au Sahel
1. Papa Hollande et Tonton Lyautey

Nostalgies coloniales
Les « violences ordinaires » de la conquête du Sahara
Sur les traces de Gallieni et de Lyautey
« Gagner les cœurs et les esprits »
2. Des mythes plein la tête
Des combattants touaregs fantasmés
Le péché originel de l’intervention en Libye
Intrigues parisiennes autour du MNLA
Une vision ethniciste et racialiste
3. La faillite des élites maliennes
Le miracle démocratique était un mirage
La prolifération des milices
Le « parti de l’islam »
4. Le règne du storytelling
L’intox des « colonnes de djihadistes » fondant sur Bamako
La légende de « Mister Marlboro »
Le mythe des narco-djihadistes
Des fous de Dieu, vraiment ?
« Quand on est faible, on rejoint un plus fort »
Recrutements opportunistes
Le patron de la DGSE sème « du vent »
5. L’ivresse de la victoire
Une euphorie durable
Les blindés et les « va-nu-pieds »
Tapis rouge aux autocrates
Le Sahel comme chasse gardée des militaires
Le déclin du Quai d’Orsay et la militarisation de l’AFD
6. Les œillères idéologiques
« On n’a rien vu venir » : la riposte djihadiste de janvier 2015
Le centre du Mali, un terreau idéal pour les insurgés
Un djihad rural sur fond de révolte sociale
Comme un feu de brousse : l’extension des groupes djihadistes depuis 2016
Dialoguer avec les djihadistes ? « Jamais ! »
7. Tondre la pelouse et perdre les cœurs
« Détruisez-les ! »
Une kill list à l’Élysée
Les assassinats ciblés, des « chefs-d’œuvre »… contre-productifs
« À quoi ça sert d’être allié au plus fort s’il ne nous protège pas ? »
Les informateurs de Serval abandonnés par l’armée française
8. Le côté obscur de la force
Un enfant de huit ans tué et enterré en catimini
Une armée « irréprochable »
Un mariage sous les bombes : le carnage de Bounti
Le modèle américain des « frappes signatures »
La prison secrète de Gao
Des prisonniers découpés au hachoir ? « Ce n’est plus notre affaire ! »
9. La fuite en avant
Le cycle infernal de la violence
Mali, Niger, Burkina : les civils payent le prix du «surge »
Le silence complice de Paris
L’hypocrisie de Macron
10. Une guerre à huis clos
Députés et sénateurs au garde-à-vous…
… tentés par les théories conspirationnistes
Drones armés : un débat confisqué
La « dronisation » de la guerre au Sahel
11. Un multilatéralisme de façade
De la Misma à la Minusma : la France au cœur du processus onusien
L’« européanisation » au forceps : l’EUTM et la task force Takuba
La « sahélisation » en guise de porte de sortie : le G5 Sahel
Vision d’apocalypse au Sahel
12. « Ils sont là pour combattre les djihadistes ou pour sauver les despotes ? »
Burkina Faso : la France à la rescousse de Blaise Compaoré
Tchad : Paris sauve le soldat Déby… et adoube son fils
Mali : la France ferme les yeux devant les frasques du régime IBK
Niger : les opposants réduits au silence
13. « Barkhane dégage ! »
La mort au bout du convoi
L’impuissance française alimente le soupçon
Derrière le « sentiment antifrançais », une révolte contre la Françafrique
Coup sur coup : les putschistes maliens rompent avec la France
L’affront de la junte malienne
Un échec programmé
Épilogue
Le redéploiement de Barkhane
Une obsession : la guerre de l’information
Notes.