À paraître
Nous voyons dans l'héritage un geste d'amour et de prévoyance parentales. Transmettre, dit-on, c'est protéger ses enfants, leur assurer un avenir. L'héritage est même devenu l'un de nos derniers refuges, la fragile promesse d'un salut familial dans un monde où les protections collectives se sont affaiblies.
Derrière l'héritage se cachent pourtant de profondes inégalités sociales. Protéger ses enfants en transmettant son patrimoine n'est pas un droit universel : c'est un privilège. Aujourd'hui, la grande majorité hérite de presque rien quand un petit nombre hérite de sommes colossales. Nous appelons pourtant cela du même nom. Comme si, dans un même jeu, les dés de la majorité étaient pipés quand d'autres ont l'assurance, avant même de jouer, de toucher le jackpot.
Notre attachement à l'héritage familial nous empêche également de voir les durables inégalités intergénérationnelles qu'il engendre. Les richesses accumulées au cours d'une vie ou au fil des générations, comme c'est souvent le cas pour les grosses fortunes, sont transmises dans le cercle restreint de la famille alors que les dégradations sanitaires et environnementales qu'elles ont produites sont léguées aux générations futures. L'héritage, profitable pour les siens, dissimule un legs empoisonné pour les générations à venir.
Ce livre interroge philosophiquement notre attachement à l'égard de la transmission familiale du patrimoine et scrute les usages politiques qui en sont faits. Il invite ce faisant à déplacer le regard. Non pour nier l'importance des liens familiaux mais pour interroger le pouvoir silencieux que l'héritage confère à la famille sur les citoyens et aux générations passées sur les générations futures.
Dissiper le mirage de l'héritage, c'est oser ces questions. La transmission doit-elle être strictement familiale ou peut-elle être pensée démocratiquement à une échelle plus collective ? Que voulons-nous finalement transmettre ? Et à qui ?
