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Le trumpisme est-il un accident de l'histoire dont les effets seront transitoires, ou annonce-t-il une longue période d'instabilité à l'échelle mondiale ? Selon Robert Boyer, aussi déconcertantes que paraissent l'élection de Donald Trump et les décisions erratiques qui jalonnent son second mandat, son arrivée au pouvoir peut être analysée comme la conjonction entre des transformations structurelles et une trajectoire personnelle.
Après la longue période de prospérité du fordisme, caractérisée notamment par une indexation des salaires sur des gains de productivité élevés, l'économie américaine n'a cessé de se transformer sous l'effet de son ouverture internationale, de sa désindustrialisation et d'une financiarisation qui a conduit à une succession de crises. La société, longtemps stabilisée par une classe moyenne intégratrice, a été fracturée par la montée des inégalités, puis polarisée entre deux groupes sociaux aux intérêts et aux visions du monde de plus en plus irréconciliables. Le Parti démocrate, en se concentrant sur des revendications identitaires, a laissé à l'écart une partie du salariat précarisé. Par une communication démagogique relayée par les réseaux sociaux, Trump a su exploiter cette faille.
En mobilisant les outils de l'économie et des sciences sociales, cet ouvrage passe de l'élucidation des causes à l'exploration des conséquences prévisibles du trumpisme. Il met en évidence les contradictions qui le traversent, sur les plans économique, social et politique, aux États-Unis comme à l'échelle internationale. Cette histoire n'est certes pas complètement déterminée, mais il ressort de l'analyse un diagnostic : faute de sursaut européen, le déclin états-unien – dont la fuite en avant hégémonique est le signe paradoxal – et l'affirmation du rôle international de la Chine, qu'il encourage involontairement, mettent l'économie mondiale et la société des nations en péril.
