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Les images qui nous parviennent des États-Unis, montrant des policiers de l'agence de l'immigration traquant des individus jusqu'au perron de leur domicile, les extrayant par la force de leur véhicule ou leur tirant dessus à bout portant, choquent le monde entier. Mais sait-on, en France, que des scènes similaires, à peine moins brutales, se déroulent quotidiennement à Mayotte, devenue le 101e département français en 2011 ? Sait-on que la Méditerranée n'est pas le seul cimetière marin où se perdent des milliers de vies, et que le bras de mer qui sépare Mayotte d'Anjouan est tout aussi meurtrier ?
Au fil des ans, Mayotte est devenue le théâtre d'une violence d'État mortifère et un laboratoire du droit d'exception appliqué aux étrangers. Loin des regards, la France s'attaque continuellement aux ressortissants des autres îles des Comores, dont Mayotte a été séparée dans les années 1970, qui tentent de rejoindre les côtes mahoraises ou qui vivent sur le territoire français.
Pour empêcher leur arrivée, des gendarmes et des policiers français n'hésitent pas à percuter leurs embarcations, quitte à provoquer des noyades. Et pour décourager la migration, ils rendent la vie impossible à ceux qui, à Mayotte, sont considérés comme des " irréguliers " mais qui représentent pourtant la moitié des 323 000 habitants de l'île.
Chaque jour, des hommes en uniformes coursent des individus dans la rue, les pourchassent jusque dans leur maison et les arrêtent devant les écoles de leurs enfants. Au nom de la lutte contre l'immigration, l'État fait détruire des quartiers entiers, sans aucun contrôle, jetant des centaines de familles à la rue. Avec un double objectif : expulser les " indésirables " et faire " du chiffre ".
Dans cette enquête de terrain, Rémi Carayol documente, témoignages à l'appui, un système qui ne cesse de repousser les limites du droit commun et dont les pratiques prolongent à bien des égards celles de l'ordre colonial. Mayotte apparaît alors moins comme une exception lointaine que comme le laboratoire de ce à quoi pourrait ressembler la France gouvernée par l'extrême droite.
