À paraître
Ce travail d'élaboration trouve son origine dans le meurtre de Loan Bernède, le 22 novembre 2023, par Guillaume Dubois. Cette mort, c'est celle du cousin de Barbara Métais-Chastanier. Mais c'est surtout l'histoire d'une falsification : un passage à l'acte raconté comme un crime passionnel, un drame entre rivaux. Une malfaçon qui rend le meurtre illisible parce qu'elle le coupe de ses causalités, du rapport social qui l'informe : la binarité de genre telle que la configure le patriarcat. Par ces opérations émerge une nouvelle coupable : Julie, la femme que Guillaume Dubois disputait à Loan Bernède. À lire les journaux, à entendre le récit du procureur, tout le monde baigne dans cette évidence.
C'est cette mécanique du ça-va-de-soi que ce livre entend démonter. Il s'agit de rétablir la lisibilité de ce meurtre et de tant d'autres, défigurés par les mêmes enchaînements inquestionnés. Et de faire apparaître une autre lecture du crime : à travers Loan, c'est bien Julie qui était visée, comme d'autres femmes le sont, à travers le meurtre de leurs enfants, de leurs parents, de leurs conjoint·es. C'est qu'il y a bien des manières de les détruire. On connaît désormais les formes directes : féminicides intime, social et politique. On connaît un peu moins la forme indirecte : suicide forcé. Et tout reste à faire dès lors que la forme du crime est médiée et que la femme est visée à travers ses proches. Pas un homicide donc, mais un féminicide vicariant. C'est ce concept que le livre travaille à clarifier afin de qualifier adéquatement le crime pour arracher la violence patriarcale à ses tactiques d'occultation et donc à sa logique impunitaire.
Le procès de Guillaume Dubois aura lieu à l'automne 2026. S'ensuivra un verdict. Ce livre entend ne pas laisser le traitement judiciaire de ce crime au seul mouvement des impensés patriarcaux.
