De quelle couleur sont les Blancs ?
Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blancs »

Sylvie LAURENT, Thierry LECLÈRE

« Blancs », « petits Blancs », « racisme anti-Blancs »… Ces expressions empruntées au lexique historique de l’extrême droite ont refait une brutale apparition dans le débat public français depuis les années 2000. Alors que la France ne cesse de réaffirmer son credo républicain selon lequel il ne peut exister aucune distinction raciale, allant jusqu’à bannir le mot « race » de la législation, comment comprendre ce surgissement de la « question blanche » dans la rhétorique politique et médiatique ?
Au PS, Manuel Valls voulut naguère mettre à l’image « quelques Blancs, quelques white, quelques blancos… » dans sa belle ville d’Évry ; au nom de l’UMP, Jean-François Copé est lui parti en guerre contre le « racisme anti-Blancs », tandis que l’éditeur et polémiste Richard Millet ne craint pas d’affirmer que passer par la station Châtelet-Les Halles à 6 heures du soir est un « cauchemar absolu […] surtout quand je suis le seul Blanc ». Le débat sur les « minorités visibles », prégnant depuis une vingtaine d’années, s’est ainsi déplacé vers un questionnement sur la « majorité invisible ». Mais qu’est-ce qu’être blanc ? Une couleur ? Ce serait si simple…
Pour la première fois en France, ce livre cherche à décliner les nuances de ce terme controversé afin d’en interroger la pertinence et les usages. Écrit par des contributeurs d’horizons, d’opinions et d’origines divers, il se veut à la fois une exploration du discours sociopolitique contemporain, une analyse historique de sa genèse coloniale et de ses héritages, mais également une réflexion sur la façon dont ce « blanc » colore nos imaginaires culturels, du cinéma à la littérature, du rap à la télévision.

Version papier : 24 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Cahiers libres
Parution : novembre 2013
ISBN : 9782707175588
Nb de pages : 350
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782707178558
Format : EPUB

Sylvie LAURENT

Sylvie Laurent est historienne et américaniste. Chercheur au W. E. B. Du Bois Institute for African and African American Research de l’université de Harvard et chercheur affiliée au Stanford Center on Poverty and Inequality, elle enseigne à Sciences Po. Elle est notamment l’auteur de Poor White Trash, la pauvreté odieuse du Blanc américain (2011).

Thierry LECLÈRE

Thierry Leclère est journaliste. Il est aussi auteur et réalisateur de documentaires. Longtemps grand reporter à Télérama, il écrit aujourd’hui, notamment, pour la revue XXI et enseigne le journalisme. Ses reportages, comme ses films à la télévision, traitent souvent de l’histoire postcoloniale, des migrations et de la France multiculturelle.

Extraits presse

De quelle couleur sont les Blancs ? Question saugrenue ? Pas vraiment, car être blanc n’est pas une simple question de couleur de peau, nous rappellent les auteurs de cet ouvrage collectif : c’est une « couleur sociale », « une modalité, voire une mise au carré de la condition sociale ». Ce livre, coordonné par la spécialiste de littérature américaine Sylvie Laurent et le journaliste Thierry Leclère, s’attelle à la déconstruction de cet impensé de l’idéologie républicaine française qui a constitué la blancheur comme couleur universelle, sorte de référent neutre par rapport auquel on définit les Noirs, les Arabes et les Asiatiques, toujours perçus, eux, comme différents. L’entreprise de déconstruction passe aussi par une analyse historique de la façon dont « Blanc » et « Français » ont peu à peu été considérés comme des équivalents. Agencé autour de contributions de sociologues, d’historiens, d’anthropologues, de spécialistes de littérature ou de cinéma ponctuées d’interviews, ce livre représente, par sa perspective multidisciplinaire, une bonne introduction aux « whiteness studies » (études sur la « blanchité »), telles que développées outre-Atlantique, et peu connues en France, où elles sont toujours d’emblée suspectes. Sans culpabilisation pesante, l’ouvrage vient à point nommé fournir des éléments pour réfuter les discours parfois tenus aujourd’hui qui, en dénonçant un « racisme anti-Blancs », occultent la dimension structurelle du privilège de la blancheur.

01/12/2013 - Céline Mouzon - Sciences Humaines

 

De quelle couleur sont les blancs ?, décortique les questions raciales et sociales qui animent le débat politique français du point de vue de l'historien, du sociologue ou encore du journaliste. Un angle de vue aussi surprenant qu'inédit.

01/12/2013 - Sabrina Kassa - Le Courrier de l'Atlas

 

Au moment où le racisme anti-Noirs resurgit dans l’espace public, comme en attestent notamment les attaques visant Christiane Taubira, un récent ouvrage collectif coordonné par l’historienne Sylvie Laurent et le journaliste Thierry Leclère interroge la thèse du « racisme anti-Blancs », en critiquant notamment les organisations antiracistes qui prendraient trop peu en compte les violences quotidiennes subies par les « pauvres blancs » des quartiers populaires en France.L’introduction, qui semble donner corps à cette notion de racisme anti-Blancs, entend comprendre ce qui se niche derrière l’invocation de ce « peuple blanc », et s’interroger sur les privilèges et la symbolique qui s’attachent à cette blancheur, comme le soulignent Sylvie Laurent et Thierry Leclère. Mais comment peut-on intégrer dans un même mouvement le racisme avéré anti-Noirs et un supposé racisme « anti-Blancs » ? Suffirait-il de renverser la malicieuse provocation de Jean Genet, lequel interrogeait dans les Nègres : « Au fait, un Noir, c’est de quelle couleur ? ». Reste que certains contributeurs se positionnent différemment face à cette hypothèse douteuse d’un « racisme anti-Blancs ». L’historien Gérard Noiriel rappelle notamment, dans son entretien avec Thierry Leclère, que l’expression de « racisme anti-Blancs » a été lancée par le Front national dans les années 1980. Qualifiant d’antiscientifique cette démarche d’identification par la couleur de la peau, il dénonce le « mal-être raciste » qui a inspiré une Marine Le Pen, un Alain Finkielkraut, un Éric Zemmour ou un Jean-François Copé. Pour le philosophe Pierre Tevanian, être blanc n’est pas affaire de couleur de peau, mais une question de place et de privilège dans la société. « Être blanc ne signifie pas simplement avoir la peau claire, mais plutôt : ne pas être identifié comme un Noir, un Arabe, un Asiatique, un Turc ou un musulman, ne pas porter certains stigmates. » Sadri Khiari, écrivain, abonde dans le même sens : « Être blanc est un rapport social. » L’écrivain-militant Magyd et l’historien Frédéric Régent soutiennent qu’être blanc est de l’ordre du devenir et de la fabrication. Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch, respectivement historien et anthropologue, mettent en rapport l’iconographie coloniale et la construction de la catégorie de « Blanc ». Tous ces auteurs soulignent que le « Blanc » est une construction sociale : « Nous ne sommes des Blancs, des Arabes ou des Noirs que dans le regard de l’autre », affirme Pierre Tevanian.

19/12/2013 - Jean-Jacques Cadet - L'Humanité

 

A première vue étonnante, cette question est en réalité profondément provocatrice. si on attribue une couleur aux minorités visibles, la couleur blanche serait plutôt une classe sociale qu'une catégorie raciale. En réaction aux manipulations que représente le concept de "racisme anti-Blancs", les contributeurs proposent de multiples analyses et explorations autour d'un système de domination inscrit dans l'histoire et déterminant dans la perpétuation des inégalités.

01/01/2014 - Axelle

 

Les études de la « blanchité » (whiteness studies) constituent un champ de recherches peu développé en France. L’ouvrage collectif dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère soulève plusieurs questionnements sur des débats qui se déploient dans l’espace public français contemporain. Qu’elles aient trait au « racisme anti-blancs » ou au « racisme des “petits-Blancs” », ces discussions renvoient, en effet, à des processus de racialisation qui constituent l’un des angles morts de la recherche en France. C’est ici, d’ailleurs, l’une des ambitions majeures énoncées par Sylvie Laurent et Thierry Leclère : « remplir un blanc » pour favoriser cette « double conscience » qui semble parfois faire défaut, et dont on peut penser que l’absence entrave la réflexivité des sujets.

06/01/2014 - Marie Peretti-Ndiaye - Liens socio

 

Table des matières

Introduction, par Sylvie Laurent et Thierry Leclère
I / Qu’est-ce qu’être blanc ?
Réflexions sur le privilège blanc, par Pierre Tevanian
Il n’y a pas de « question blanche », Gérard Noiriel (entretien avec Thierry Leclère)
« Nous ne voulons plus être les tirailleurs sénégalais d’aucune cause ! », Sadri Khiari (entretien avec Thierry Leclère)
Pourquoi s’interroger sur les Blancs ? De l’utilité des whiteness studies, par Sylvie Laurent
« Quand je suis devenu blanc… », Magyd Cherfi (entretien avec Thierry Leclère)
II / L’héritage colonial
La fabrication des Blancs dans les colonies françaises, par Frédéric Régent
La « ligne de couleur ». Esclavage et racisme colonial et postcolonial, par Françoise Vergès
Blanc, couleur de l’empire, par Alain Ruscio
« Le Blanc n’a pas d’amis. » L’Autre européen dans les littératures africaines orales et écrites, par Mineke Schipper
La couleur indiscernable des « Petits-Blancs » de l’île de La Réunion, par François Hoarau
Les « métis franco-indigènes » dans le second Empire colonial, par Yerri Urban
La construction du « Blanc » dans l’iconographie coloniale, par Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch
III / Imaginaires
Peau blanche, masques blancs. Frantz Fanon et la blancheur, par Matthieu Renault
La blancheur dans la littérature française, par Clarissa Behar
La mise en scène de la blancheur dans le cinéma français, par Andrew Asibong
De la pâleur au bronzage. Les idéaux de la beauté féminine en France, par Peter Frost
L’écran blanc. Les publics et la question de la diversité, par Maxime Cervulle
Les figures de la « Roumia », par Naïma Yahi
Y a-t-il une « question blanche » dans le rap français ?, par Karim Hammou
IV / Le « blanc », une couleur politique. La République, les « petits Blancs » et le « racisme anti-Blancs »
Une constitution « blanche » peut-elle prétendre à l’universel ?, débat entre Dominique Schnapper et Maboula Soumahoro (animé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère)
La « race blanche ». Retour sur les tentatives trompeuses de classification et de hiérarchisation de l’espèce humaine, par Anna Degioanni et Géraud Gourjon
Xénophobie et « blanchité » en France dans les années 1880-1910, par Laurent Dornel
La construction de l’identité nationale et raciale en France, aux XIXe et XXe siècles, par Carole Reynault-Paligot
Plus blanc que blanc : réflexion sur le monochrome populiste en Europe, par Ariane Chebel d’Appollonia
La rhétorique de la blancheur dans les pays nordiques, par Cyril Coulet
Racisme(s) ? Retour sur la polémique du « racisme anti-Blancs » en France, par Damien Charrieras
Les juifs et la « ligne de couleur », par Enzo Traverso
La « communauté juive » française, la gauche et le « racisme anti-Blancs », par Guillaume Weill-Raynal
De la couleur des Tsiganes en France, par Emmanuel Filhol
« Poor white trash» et «chav» : « mauvais pauvre » et construction d’un imaginaire social, par Sylvie Laurent
Les auteurs.

Droits étrangers

WHAT DOES BEING WHITE MEAN ?
From the « white men » of the colonies to « anti-white racism»

What does it mean to be white? The debate on « visible minorities », that has been overwhelmingly present in the public debate throughout the last twenty years has naturally raised the issue of the « invisible majority ». So what is it to be white? A color? If it could only be so simple...
This collective work by historians, sociologists, anthropologists and journalists throws new light on racial and social issues with the common conviction that the « white issue » must be deconstructed to be better overcome.


Sylvie Laurent is an Americanist. A reasearcher at Harvard, she lectures at Sciences-Po.
Thierry Leclère is a journalist. He is also an author and a documentary maker. He worked for several years as a journalist for the weekly Télérama, and is now a collaborator at Revue XXI. His articles and documentaries often focus on post-colonialism, migration and multiculturalism. He has published several books, amongst which La guerre des mémoires, a book of discussions with Benjamin Stora (L’Aube, 2007).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com

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