Un monde de déchirements
Théorie critique, psychanalyse, sociologie

Axel HONNETH

Les évolutions sociales actuelles font apparaître les déchirements comme l’un des aspects les plus saillants des sociétés contemporaines. Partant d’une critique de la modernité capitaliste, la Théorie critique a cherché, en particulier depuis Marx, à en comprendre les ressorts tout en s’efforçant de les dépasser par l’élaboration d’une pensée pratique de l’émancipation.
La Théorie critique de l’École de Francfort, à laquelle se rattache Axel Honneth, a fait de l’analyse de ces déchirements l’un de ses thèmes de prédilection. À travers un examen de ses différents auteurs (Adorno, Horkheimer, Habermas), comme de certains de ses précurseurs (Marx, Lukács) et d’auteurs qui y sont rattachés de manière moins directe, Axel Honneth propose ici une lecture novatrice de ce vaste courant de pensée. Sa réflexion, toujours soucieuse de clarté et de rigueur, révèle les tensions qui le traversent et l’actualité des problématiques qu’il soulève. Par la même occasion, elle donne à voir comment il situe sa propre théorie dans le prolongement de ce courant.
Ainsi, Axel Honneth analyse la place de la psychanalyse et de la recherche sociologique au sein de cette tradition de pensée et brosse les traits d’une coopération renouvelée entre théorie normative et analyse de la société. Par une mise en perspective des apports critiques du concept de reconnaissance, il nous offre un outil précieux pour interroger les modalités actuelles de la critique sociale.

Version papier : 23 €
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Détails techniques
Préface de Olivier VOIROL
Traduit par Pierre RUSCH, Olivier VOIROL
Collection : SH / Théorie critique
Parution : octobre 2013
ISBN : 9782707158574
Nb de pages : 304
Dimensions : 155 * 240 mm

Axel HONNETH

Né en 1949, Axel Honneth est philosophe et sociologue, professeur à la Johann Wolfgang Goethe Universität de Francfort, où il a succédé à Jürgen Habermas, et directeur de l’Institut für Sozialforschung. Auteur de nombreux ouvrages de philosophie sociale dont La La société du mépris (La Découverte, 2006), Un monde de déchirements (La Découverte, 2013) ou Le droit de la liberté(Gallimard, 2015).

Extraits presse

Les textes qui composent Un Monde de déchirementsétudient d’abord le sol sur lequel s’est enracinée la «Théorie critique», à savoir le marxisme (et ses diverses lectures, de Hannah Arendt à Althusser, de György Lukács aux approches «culturelles» britanniques d’Edward P. Thomson ou Raymond Williams). Les transformations du système capitaliste et du travail industriel ont considérablement distendu le lien entre le travail et l’émancipation, tel que le voyait Marx. Aussi Honneth propose-t-il d’inscrire au cœur de l’analyse le «paradigme de la reconnaissance», qui seul permettrait d’articuler «la théorie de l’émancipation et l’analyse sociale dans la perspective commune d’une théorie de l’action : car le processus pratique de la lutte pour la reconnaissance véhicule en même temps les normes morales à partir desquelles il est possible de critiquer le capitalisme comme l’expression d’une relation de reconnaissance dégradée». Puis il passe au crible la «Théorie critique» elle-même, telle que la conçoivent Horkheimer et Adorno, puis Habermas, qui lui a donné une formidable extension.

24/10/2013 - Robert Maggiori - Libération

 

Cet ouvrage rassemble treize textes rédigés par A. Honneth au cours de ces dernières années, qui permettent de comprendre l’inflexion actuelle de la théorie critique allemande. L’auteur commence par évoquer les origines de l’école de Francfort, grâce notamment à un texte sur le travail qui rappelle l’importance que Karl Marx accordait au travail dans la vie des individus, à la fois comme activité productrice de déchirements sociaux et, en même temps, comme levier d’émancipation. A. Honneth discute la manière dont J. Habermas a ensuite traité du travail pour n’en faire qu’un simple moyen d’existence matériel. Cette position n’est pas tenable aujourd’hui. Il faut bien convenir que travailler, c’est aussi s’impliquer dans une organisation et s’intégrer de manière plus générale dans la vie sociale. A. Honneth ouvre le débat également avec ses plus lointains prédécesseurs (M. Horkheimer, T. Adorno), pour marquer là encore une distance. Le droit, souligne-t-il, ne peut plus être regardé comme le simple reflet de luttes de classe mais doit être davantage considéré comme un enjeu pour des batailles opposant des groupes sociaux. Dans un esprit un peu différent, A. Honneth revisite aussi le lien entre psychanalyse et théorie sociale. Dans ce domaine, J. Habermas avait rompu avec T. Adorno et Herbert Marcuse, qui restaient des adeptes de la théorie freudienne des pulsions. A. Honneth creuse un autre sillon pour mettre l’accent sur les déchirements, conflits, pathologies qui accompagnent nécessairement la construction identitaire des individus au cours de leur prime enfance. L’ouvrage peut donc se lire par morceaux, selon l’objet auquel le lecteur prête avant tout intérêt. Mais l’ensemble constitue bien une pièce de choix pour situer les avancées récentes d’une école de théorie sociale qui n’a jamais renoncé à mettre la domination et l’émancipation au centre de ses préoccupations.

01/11/2013 - Clément Lefranc - Sciences Humaines

 

Voici un recueil de textes bien utile pour investir les débats intellectuels à gauche, en particulier autour du concept de travail. En effet, la critique de la place accordée à celui-ci chez Marx y est l’un des sujets principaux. De l’auteur du Capital, le philosophe et sociologue Axel Honneth reprend le souci de tenir ensemble l’analyse des contradictions de la société existante et la visée émancipatrice. Mais, alors que Marx, puis Lukacs et la première génération de l’école de Francfort (Horkheimer, Marcuse…), ancraient cette jonction dans le travail humain, « compris à la fois comme un effort productif de l’homme et comme un processus d’extériorisation de ses forces essentielles », Honneth la fonde dans le besoin, chez les individus, d’une reconnaissance. Car, de nos jours, si on suit le directeur de l’Institut pour la recherche sociale (ou école de Francfort), « les conditions de construction de l’identité humaine » ne peuvent plus être identifiées à « l’acte de travail concret ». « Le processus qui, après Marx, allait conduire à la destruction de l’acte de travail par le taylorisme a fini de montrer que les formes de travail capitaliste recèlent moins les forces émancipatrices d’une prise de conscience sociale, que les potentiels destructeurs d’un délabrement psychique », estime-t-il. C’est ce contexte, avec ses conséquences en termes de « déchirement » du tissu social, qui explique que le souci d’un respect réciproque apparaisse sur le devant de la scène historique. Et en remplaçant le paradigme de travail par celui, repris à Hegel, de « lutte pour la reconnaissance », Honneth ne fait qu’y répondre. Dans sa vision, cette lutte traverse encore le travail social, mais également le champ du droit et des relations de proximité (amour, amitié, liens familiaux…). Au risque de faire du combat contre l’exploitation de la force de travail humaine, un enjeu secondaire ? L’affirmer, ce serait aller vite en besogne. Car Honneth ne plaide pas pour une quelconque désertion des batailles menées dans les lieux de production. « Aujourd’hui comme hier, pour la grande majorité de la population, l’identité sociale est en premier lieu tributaire de son rôle dans le processus de travail organisé », écrit-il. Mais c’est pour en déduire que « le marché capitaliste du travail n’a pas pour seule vocation d’accroître l’efficacité économique, mais doit également être un facteur d’intégration sociale », comme si ces deux dimensions pouvaient fonctionner en parfaite harmonie. Or, sous le règne de la marchandise, l’impératif de rentabilité ne vient-il pas toujours réduire ou dénaturer l’échange humain ? Quoi qu’il en soit, Honneth a le mérite de replacer le travail dans le « monde vécu social », quand son prédécesseur à la tête de l’Institut, Habermas, l’assimilait à une pure activité instrumentale, en tant que telle étrangère à la logique émancipatrice.

29/11/2013 - Laurent Etre - L'Humanité

 

Directeur du prestigieux Institut de recherche sociale de Francfort, Axel Honneth est de fait la tête de file du courant de la théorie critique, initié par Max Horkheimer et Theodor Adorno. Ce nouvel ouvrage est un recueil d'une douzaine de ses textes traduits pour la première fois en français et dans lesquels il revient notamment sur une question majeure et aujourd'hui perdue de vue dans un contexte où le chômage de masse et les souffrances au travail dominent, non sans raison, le débat public, à savoir à quelles conditions le travail peut être émancipateur. Il développe ainsi longuement les réflexions de ses illustres prédécesseurs, eux-mêmes prolongeant la pensée de Karl Marx, et revient sur leur oubli de la dimension de la communication entre sujets, mise en avant ensuite par Jürgen Habermas. Honneth propose cependant de dépasser la perspective trop idéaliste de ce dernier, en plaçant au coeur de son propos le besoin pour chaque sujet de la reconnaissance de l'utilité sociale de son travail, et en tire quelques implications en matière de justice sociale. Entre histoire de la philosophie et réflexions concrètes et vivantes, l'ouvrage est un peu déroutant et d'accès difficile, mais il n'en propose pas moins quelques considérations stimulantes.

01/12/2013 - Igor Martinache - Alternatives économiques

 

Table des matières

Préface,par Olivier Voirol
Note sur l’édition française
I / Les origines d’une tradition de pensée

1. La logique de l’émancipation. L’héritage philosophique du marxisme
2. Travail et agir instrumental. Problèmes catégoriels d’une théorie critique de la société
3. Un monde de déchirements. L’actualité souterraine de l’œuvre de jeunesse de Lukács
II / Les transformations de la Théorie critique
4. L’idée initiale de Max Horkheimer. Le déficit sociologique de la Théorie critique
5. Théorie critique. Du centre à la périphérie d’une tradition de pensée
6. Une rationalité divisée. Les motifs d’une anthropologie de la connaissance de l’École de Francfort
7. De Adorno à Habermas. Sur la transformation de la théorie critique de la société
8. La théorie de la société de Jürgen Habermas
III / Psychanalyse et Théorie critique
9. Le travail de la négativité. Une révision psychanalytique de la théorie de la reconnaissance
10. Les facettes du soi présocial. Une réplique à Joel Whitebook
IV / Actualité de la Théorie critique
11. Travail et reconnaissance. Une tentative de redéfinition
12. La difficile tâche de préservation d’une tradition. Sur l’avenir de l’Institut de recherche sociale
13. La théorie de la justice comme analyse de la société. Réflexions à partir de Hegel.