Retour de flammes
Les pompiers, des héros fatigués ?

Romain PUDAL

D’une popularité rarement démentie, vantés pour leur courage et leur dévouement, les pompiers font partie de notre quotidien. Mais on sait en réalité bien peu de choses de ce métier qui incarne aux yeux de beaucoup l’altruisme dans son sens le plus noble.
Pompier depuis près de quinze ans, Romain Pudal est aussi sociologue et, dans cette enquête en immersion, il nous fait découvrir l’univers méconnu d’un des derniers services publics présents sur tout le territoire français. Si les interventions pour incendie demeurent le cœur de leur métier, les pompiers sont aussi en première ligne pour affronter les inégalités qui se creusent et les tensions qui s’exacerbent au sein de la société, sous l’effet des crises économiques, du chômage de masse et de la précarisation généralisée. Confrontés à toutes les détresses – physiques, psychologiques et sociales –, ils doivent faire appel à des compétences techniques, mais aussi à des qualités humaines pour y faire face. En ce sens, leur professionnalisme est véritablement un humanisme.
Cependant, en incarnant à la fois la « main gauche » (aide et assistance) et la « main droite » (ordre et sécurité) de l’État, en travaillant au contact des plus dures réalités sociales tout en étant eux-mêmes de plus en plus inexorablement précarisés ou mis en danger, les pompiers se retrouvent pris dans un tissu d’injonctions contradictoires dont les implications politiques sont loin d’être négligeables. Si leur valeur cardinale demeure le service public, les pompiers ont néanmoins fort à faire pour résister à un air du temps gestionnaire et réactionnaire qui érode leur éthique faite d’altruisme, d’efficience et de discrétion.

Version papier : 16,50 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : SH / L'envers des faits
Parution : mai 2016
ISBN : 9782707181886
Nb de pages : 280
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782707191953
Format : EPUB

Romain PUDAL

Romain Pudal, sociologue, chargé de recherche au CNRS (CURAPPESS), consacre ses travaux à la sociologie des biens symboliques, d’une part, et à celle des classes populaires, d’autre part. Il s’est engagé en 2002 comme pompier volontaire, après un service militaire à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris en 1999-2000 : cette enquête s’appuie sur ces quinze années d’engagement.

Extraits presse

Le 14 Juillet demeure l’un des rares moments où l’on peut pénétrer ce lieu si fermé qu’est une caserne. Sociologue, Romain Pudal est un témoin privilégié de cet entre-soi viril et soudé, car il est aussi pompier. De ses quinze années d’engagement chez les pompiers volontaires, il a fait un livre, Retour de flammes (éd. La Découverte, coll. L’Envers des faits) . Il y a encore six mois, il alternait gardes et CNRS. Un pan de sa vie dont il a fait un objet d’étude. Il reconnaît n’avoir «pas tout dit». Au fil des pages se dévoile le corps malmené des pompiers, pris entre deux feux, tiraillés par les contradictions. L’auteur questionne l’engagement et donne à voir une contre-société, aussi fraternelle qu’homogène, qui se fissure, de plus en plus séduite par le Front national.

08/07/2016 - Noémie Rousseau - Libération

 

Romain Pudal, pompier et sociologue, livre une lecture édifiante des tensions politiques et sociales qui traversent la France contemporaine, et expliquent en partie la droitisation et la fragmentation de larges pans des classes populaires. Avec, Retour de flammes. Les pompiers, des héros fatigués ?, Romain Pudal, à la fois chargé de recherches au CNRS et pompier depuis 15 ans, combine enquête de terrain approfondie et montée en généralité réflexive sur les ruptures qui, au sein de notre société, fragilisent son destin. La précision de l’ethnographie est en effet combinée, dans ce livre, à des clés de lecture des tensions qui parcourent le pays.

30/05/2016 - Joseph Confavreux - Mediapart

 

Les pompiers ont été très peu étudiés pat les sciences sociales. Ils n’avaient tout simplement pas encore rencontré leur sociologue. C’est chose faite avec ce livre, que Romain Pudal a tiré d’une longue enquête en immersion, entamée le jour de son incorporation volontaire dans la brigade des sapeurs pompiers de Paris, en 2002. On y trouve décrite avec finesse la vie ordinaire des « pomplards » : tout ce qui forme « l’habitus pompier » acquis au terme d’une instruction virile, véritable conversion du corps et de l’âme. Il fallait sans doute être un des leurs pour décrire les codes de cette « contre-société » élitiste et populaire à la fois. Mais il fallait aussi être sociologue pour relier ces codes à un tableau plus vaste dans lequel il est question de classes sociales, d’immigration ou de politique. Issus massivement des classes moyennes et populaires blanches , les pompiers sont au premier rang des relations de plus en plus conflictuelles que la société entretient avec la jeunesse des banlieues. Ils vivent aussi au quotidien les multiples désengagements du service public qu’ils pallient par leur engagement volontaire. C’est notre société dans son ensemble que Romain Pudal a saisie reflétée dans les casques de ses camarades de fourgon.

01/07/2016 - Gilles Bastin - Le Monde des Livres

 

Sait-on qu'en France, près de 80 % des quelque 240 000 pompiers sont des volontaires non professionnels ? Et que ceux-ci assurent près de 70 % des interventions ? C'est tout un service public primordial qui fonctionne à l'abnégation, ce qui ne va pas sans certaines tensions, comme le montre Romain Pudal dans ce livre flamboyant. Sociologue au CNRS, celui-ci est également volontaire dans la prestigieuse brigade des sapeurs-pompiers parisiens depuis une quinzaine d'années, ce qui lui permet de livrer une analyse "de l'intérieur" de ce qu'il qualifie avec justesse d'engagement populaire. Il y décrit la socialisation intense, les codes et les valeurs particulières qui constituent l'esprit pompier, mais aussi l'âpreté croissante des conditions de travail, où il s'agit de plus en plus de colmater les dégâts de la casse sociale plutôt que de lutter contre les "rifs" (les incendies). En découle une relative "droitisation" de ce corps, bien plus complexe à analyser qu'il n'y paraît, comme le montre le dernier chapitre.

02/07/2016 - Alternatives Économiques

 

Pendant quinze ans, Romain Pudal a été pompier volontaire et sociologue. C’est dire si l’oiseau est rare, rattaché au CNRS, spécialiste des biens symboliques et des classes populaires. Si, comme lui l’a été, près de 80% des pompiers de France sont des bénévoles qui ajoutent à leur travail principal le maniement de la lance à incendie, on ne rencontre guère d’intellectuels parmi les sapeurs. Ni de cadres, supérieurs ou moyens. Ni de bourgeois, petits ou grands. Les soldats du feu viennent du peuple. Dans la vie, ils sont brancardiers ou aide-soignant, convoyeur de fond, chauffeur privé, ouvrier à la chaîne ou responsable-incendie à l’hôpital du coin. Décrire l’habitus pompier en racontant le quotidien de ces hommes qui surjouent la virilité pour mieux remplir une ancestrale mission de service public, montrer la profondeur du dialogue qui s’installe les soirs de garde dans les couloirs faiblement éclairés des casernes compose un hommage des plus réussis à cette «famille d’adoption» dans laquelle Romain Pudal confesse s’être replié «quand les temps étaient rudes». L’auteur rapporte d’ailleurs les vannes dont il a fait l’objet, lui, «l’intello», surnommé «Doc» et gentiment moqué pour ses entretiens que les gars comparaient «à un truc psy pour nous analyser».

13/07/2016 - Anne Crignon - Le Nouvel Obs

 

Romain Pudal livre dans cet essai le produit d’une enquête menée durant quinze ans comme volontaire embarqué dans la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Le récit du sociologue a la saveur de l’authentique : l’ambiance de la caserne transparaît à travers des anecdotes et l’emprunt habile au « parler pompier ». (...) Dès les premières lignes, les difficultés du métier apparaissent : apprendre à intervenir rapidement et intelligemment, résister au stress de l’alarme, aux frustrations des déplacements indus. Difficile de garder son calme quand, appelés sur le terrain pour un « malaise sans précision », les pompiers arrivent d’urgence en prenant des risques sur la route, et découvrent un clochard alcoolisé profondément endormi qui n’a simplement pas répondu aux sollicitations de passants bienveillants. Devenir un pompier aguerri, c’est être capable de prendre en charge tous les cas : de l’angoisse nocturne à la détresse physique réelle. Au fil des pages, le récit des faits et des conditions d’exercice du métier – notamment sa précarisation à travers le recours fréquent aux vacations – cède la place à l’analyse des représentations qu’ont les pompiers de leur métier, de la société ou encore leurs opinions politiques. Même si le regard de l’ethnographe n’embrasse pas toutes les dimensions de l’activité, l’essentiel du métier est dépeint, de même que les enjeux de la profession prise entre le travail d’assistance envers les personnes en détresse et le rôle de soldat-combattant des catastrophes naturelles. Finalement, le cas des pompiers nous concerne tous, car il questionne le statut accordé par la collectivité aux activités d’intérêt général et aux professionnels chargés de les assurer.

06/07/2016 - Maud Navarre - Sciences Humaines

 

Dans la vie, il est sociologue. Engagé par conviction comme pompier volontaire (de 1999 à 2015), le chercheur au CNRS a tiré de son immersion un récit instructif, Retour de flammes. Il a tout fait, secouriste, conducteur, chef d’équipe au FPT (le fourgon-pompe-tonne dédié aux incendies). Il raconte des interventions dans le froid, la nuit, sous des trombes d’eau ; la peur de tomber sur le type qui veut en finir en faisant péter l’immeuble au gaz ; les amitiés fortes et un sens de l’entraide jamais vu ailleurs. « En caserne ou en soirée, lorsque j’étais avec eux, je ne me suis jamais considéré comme un sociologue chez les pompiers mais comme un pompier à part entière », précise Pudal, formé chez les intellectuels habitués à blablater, vite recadré par les gars de la caserne : « Ne me dis pas ce que tu devrais faire, fais-le ! »

05/08/2016 - Marie Huret - Marianne

 

C’est à l’occasion de son service militaire que le sociologue Romain Pudal découvre le milieu des sapeurs-pompiers volontaires. Il finit par s’engager en 2002 et suit une carrière standard, du pioupiou au sergent expérimenté. Sans jargon, son ouvrage décrit sa lente conversion à un service public finalement méconnu. Avec un sens aigu de l’observation, il dépeint la vie des « gars de la caserne » et leurs interventions parfois périlleuses. On suit ainsi l’intello apprenant comme les autres à composer avec les risques du métier et, implacablement, avec la détresse sociale. Sociologue le jour, pompier la nuit, il dresse un tableau tout en nuances d’un monde sous pression (managérial, politique, etc.). Dépassant le récit d’enquête, il propose une analyse sans misérabilisme d’un groupe d’origine populaire, pour qui le dévouement et l’esprit de sacrifice ne sont pas de vaines valeurs. Et le ferment d’une résistance humaniste contre toutes les menaces à la solidarité.

16/06/2016 - Arnaud Saint-Martin - L'Humanité

 

Chercheur au CNRS et pompier depuis une quinzaine d’année, Romain Pudal porte un œil sociologique sur ce service public singulier. (…) Un travail très utile sur les ressorts de l’engagement, la faiblesse des indemnités, le statut du volontariat.

05/12/0016 - Julien Damon - Les Echos

 

Table des matières

Introduction
1. Devenir pompier corps et âme
« Nous, on a nos propres critères »
« Le caporal-chef ne ment pas, c’est la vérité qui se trompe » (humour pompier)
Revue de chambrée
Comment on devient brigadou
De l’égalitarisme de l’armée ?
Altruisme, efficience, discrétion
2. « Tu sais jamais sur quoi tu va tomber... » : chroniques d'un pompier de terrain
Malaise sans précisions
Savoir interpréter les indices
« On improvise, on s’adapte, on domine… »
Une nuit mouvementée
Les misères du monde
Les « tout-pour-ma-gueule », les « assistés », les « cas soc’ » et tous les autres…
Vous avez dit service public ?
3. « On est un peu comme une famille » : les gars de la caserne
Photo de famille : un recrutement homogène
« Chez nous, on veut des gens pêchus ! »
La fin des pompiers républicains ?
Les raisons de l’engagement
« La cohésion, c’est ça qui compte pour nous » : intimité et fraternité
Rites d’initiation et rites de passage
Comment se forge l’esprit de corps
Humour et autodérision : l’esprit pompier
4. Un service public sous tension
Le professionnalisme de non-professionnels
Plusieurs statuts sous un même uniforme
« On entre par vocation, on reste pour les vacations ? »
Une loi d’exception et des réformes pour les pompiers volontaires ?
Une syndicalisation paradoxale
Précarisation des professionnels et professionnalisation des précaires
5. La politique à la caserne
Trouver la bonne distance
Humour, langage de vérité et lecture indiciaire du politique
Espace des possibles et espace du pensable politique
Main gauche et main droite de l’État
Retour sur les émeutes de 2005 et 2007
Les années Sarkozy… et après
Les « éboueurs de la société » ?
Les logiques de l’exclusion ou la défense de l’entre-soi
Mépris de classe, jugements de valeurs et préjugés
Conclusion
Glossaire
Remerciements
Notes.