Prouver et gouverner
Une analyse politique des statistiques publiques

Alain DESROSIÈRES

Aujourd’hui, les statistiques sont partout. Chacun ressent confusément que, certes, elles fournissent des données utiles sur la société, mais qu’elles servent aussi d’instruments de pouvoir. Comment respecter les informations qu’elles apportent et en même temps les envisager comme politiques ? C’est à cette question clé que ce livre entend répondre, en explicitant l’ambivalence inhérente aux données quantitatives. En douze chapitres historiques concernant le gouvernement néolibéral, les institutions internationales ou les rapports entre quantification et sciences sociales, le lecteur apprendra à faire le tri dans le déferlement quotidien de chiffres.
Alain Desrosières est prématurément décédé alors qu’il mettait la dernière main à la rédaction de ce livre, qui devrait faire date au même titre que La Politique des grands nombres (La Découverte, 1993), devenu un classique et traduit dans le monde entier. Il avait successivement travaillé avec Pierre Bourdieu puis avec les chercheurs français impliqués dans la sociologie de la critique et la sociologie des sciences, deux des environnements les plus innovants intellectuellement en France depuis les années 1980. Il est le fondateur de la sociohistoire de la statistique, une discipline qui se développe désormais très rapidement, en France comme à l’étranger. Ce livre très accessible et d’une grande portée politique peut être considéré comme son testament intellectuel.

Version papier : 24,00 €
Version numérique : 15,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : avril 2014
ISBN papier : 9782707178954 ISBN numérique: 9782707182494

Alain DESROSIÈRES

Alain DESROSIÈRES

Alain Desrosières (1940-2013) a été administrateur de l’INSEE, membre du département recherche de cet institut et membre du Groupe de sociologie politique et morale (EHESS/CNRS).

Extraits presse

Le livre posthume d'Alain Desrosières, spécialiste de l'histoire sociale des statistiques, est lumineux. L'auteur nous y enjoint de regarder non les chiffres mais les motivations de ceux qui les produisent. Car les statistiques ne font pas que décrire la réalité, elles la fabriquent et servent des politiques.

02/05/2014 - Le Monde des livres

 

L'heure, en matière d'action publique, est au règne de la quantité, des objectifs et des indicateurs. La mode est aux expérimentations aléatoires, aux méthodes sophistiquées. Tous ces chiffres, qui nourrissent discussions et tableaux de bord, sont toujours naturels et artificiels. Les outils et, partant, les résultats statistiques sont à la fois réels et issus de constructions. Les préférences pour les instruments sont liées à des idées. Pour décrire, on préférera des analyses des correspondances. Pour chercher à mettre en évidence l'influence, toutes choses égales par ailleurs, d'une variable on passera par des régressions. Toujours on se demandera si coïncidence vaut causalité.

12/05/2014 - Julien Damon - Les Echos

 

Table des matières

Introduction. Alain Desrosières, savant essentiel et homme de qualités, par Emmanuel Didier
Période Bourdieu : nomenclatures et représentations sociales
Période Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) : qualifications
Période Koyré : gouvernement et indicateurs
Réception : l'écho international de La Politique des grands nombres
Ouverture : l’empreinte durable de l’« effet Desrosières »
I / Du rôle de la statistique à l’ère néolibérale
1. Le gouvernement de la cité néolibérale : quand la quantification rétroagit massivement sur les acteurs
Les indicateurs quantitatifs rétroagissent sur les acteurs quantifiés
Convenir, mesurer, quantifier
La rétroaction des indicateurs diffère selon les formes d’État
Qualifier, comparer, évaluer, classer : la politique des indicateurs statistiques
Pour une sociologie de la rétroaction : le cas de la comptabilité
Les conditions de félicité de l’argument statistique
2. Deux sens d’évaluation : les expérimentations aléatoires
Les spécificités des sciences pour l’action
Expérimentations aléatoires et politiques incitatives
Techniques d’ingénieur et risque de dépolitisation
3. La statistique, outil de libération ou outil de pouvoir ?
La statistique comme « outil de faiblesse » aux mains des opprimés
Au début du XXe siècle, le travail est au cœur des activités statistiques
Les critiques à rebondissement de l’indice des prix
Chômage et pauvreté : les difficultés de changer le regard institué
Propositions alternatives : essais et réussites
4. L’impact des crises économiques sur les outils des statistiques publiques
1880-1930 : statistiques du travail et analyse des cycles économiques
1930-1975 : politiques keynésiennes et comptabilité nationale
1975-2010 : « nouveau management public », crise écologique, crise financière
II / Scènes statistiques internationales
5. Une brève histoire de la professionnalisation internationale des statisticiens
L’outil de coordination et l’outil de preuve
Deux récits de la renaissance des enquêtes par sondage
De l’institution à la profession
6 . Pays en développement et innovations conceptuelles
Du plan comptable de l’OCAM au système Syscoa : l’adaptation à l’évolution des contextes économiques et politiques
Une approche interdisciplinaire innovante : le réseau AMIRA, ou : comment généraliser ?
Expérimenter les expérimentions
Vers une sociologie historique de la production et des usages des indicateurs statistiques dans les pays en développement
7. La qualité est-elle la condition de l’harmonisation européenne ?
Le précédent de la comptabilité nationale
Des indicateurs sociaux aux statistiques sociales intégrées
Les métamorphoses de la qualité
Budgets de famille, indices de prix et conventions de qualité
Le statisticien dans la société : de l’enquête à l’argument
Statistiques et réalité : une comparaison avec la monnaie
III / Du rôle de la quantification dans les sciences sociales
8. Comparer l’incomparable : une réponse sociologique à l’épistémologie d’Augustin Cournot

Cournot et la question centrale de l’interprétation
Explorer les zones de contact entre des énoncés relevant de registres différents
Quand des hommes conviennent de mettre en place des espaces d’équivalence
La probabilité au xviiie siècle : une audacieuse construction intellectuelle
Régularités statistiques et causalité
Risque, incertitude et principe de précaution
Les controverses sur le partage volume-prix du taux de croissance de l’économie
Les indicateurs statistiques des politiques publiques : des « objets frontières » aux contours imprécis
Les conditions sociales du recours au modèle de l’urne de Bernoulli
9. Cartographies de la société : l’analyse des données
L’idée de multidimensionnalité apparaît d’abord en psychologie
Analyse descriptive et induction, selon Edmond Malinvaud
La sociologie s’empare de l’analyse des correspondances
L’ordinateur confirme l’Évangile
Penser de façon relationnelle
Budgets de famille, mariages, mensurations : d’autres lectures de l’espace social
Les comportements électoraux : d’une bissectrice à l’autre
Opinions et styles de vie
Des éthiques scientifiques distinctes ?
10. L’« économie des conventions » entre réflexivité et expertise
Le creuset formateur de l’Ensae des années 1960
Historicisation des catégories et attention aux procédures de codage
1984 : les premiers pas de l’économie des conventions
La circularité des conventions et des mises en forme statistiques
Une bifurcation des sciences sociales ?
Pour une approche conventionnaliste de la tension entre réflexivité et expertise
11. La quantification des sciences sociales : une comparaison historique
Quantifier
Inférer et interpréter : histoire, sociologie
Inférer et interpréter : sciences politiques, économie, psychologie
Critiquer la commensuration : le rôle du contexte en histoire et en sociologie
Les critiques et leurs usages : sciences politiques, économie, psychologie
Retourner le regard : ce qu’en disent les diverses sciences sociales
L’économie, un monde à part ?
Bibliographie.

Droits étrangers

KNOW AND GOVERN
Twelve statistical scenes

Statistics are everywhere today, yet each of us vaguely senses that while they provide useful data on society, they also serve as instruments of power. Given these conditions, how can we respect the information they provide us and at the same time consider them as political? This is the key question this book intends to address, offering a method that allows for an understanding of the inherent ambivalence in quantitative data. In twelve historic scenes concerning neoliberal governments, international institutions, and the relationship between quantification and social sciences, the reader learns how to distinguish and sort the daily outpouring of figures.


Alain Desrosières (1940-2013), was administrator of the INSEE and a member of the department of research of that institute, which is part of the Groupe de sociologie politique et morale (École des hautes études en sciences sociales et CNRS). He was at the center of the development work for the new nomenclature of socioprofessional categories. He is the author of a work of reference that has never become outdated: La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique (La Découverte, 1993, paperback 2000 and 2010).
Emmanuel Didier is a research fellow at the CNRS (associated with the Groupe de sociologie politique et morale /EHESS). He is the author of En quoi consiste l’Amérique ? Les statistiques, le New Deal et la démocratie (La Découverte, 2009) and the coauthor of Benchmarking. L’État sous pression statistique (Zones 2013) and of Statactivisme. Comment lutter avec des nombres (Zones, 2014).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com