Les îles du Paradis
L'invention de l'écologie aux colonies, 1660-1854

Richard GROVE

On a longtemps pensé que les préoccupations environnementales étaient nées au XIXe siècle aux États-Unis. Richard Grove montre que c’est en réalité dans les colonies, dans les îles tropicales en particulier, entre 1650 et 1850, que les Européens ont pris conscience des destructions environnementales causées par les hommes. À l’origine, les idées conservationnistes coloniales sont nées du désir de retrouver le Paradis perdu. La mobilisation des savants se révèle décisive : le constat de l’épuisement rapide des ressources naturelles, d’autant plus visible à l’échelle d’une île, les oblige à penser autrement, à inventer d’autres pratiques. Ainsi est née une politique environnementale inédite, à travers la tension entre centre métropolitain et périphérie coloniale, entre intérêts capitalistes et expertise savante. Pour la première fois à l’échelle de la planète, une controverse climatique débouchait sur des programmes de préservation naturelle.
Cette étude pionnière, par la suite développée dans l’ouvrage Green Imperialism (1995), a largement contribué à réintroduire le climat dans l’écriture de l’histoire et à faire émerger les vifs débats qui ont cours aujourd’hui autour de l’anthropocène et du nouveau climat de l’histoire (Jared Diamond, Dipesh Chakrabarty), remettant en question les partages entre sciences de l’esprit et sciences de la nature, entre histoire compréhensive et histoire explicative.

Version papier : 13,50 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Présentation de Grégory QUENET
Traduit par Mathias LEFEVRE
Collection : SH / Futurs antérieurs
Parution : septembre 2013
ISBN : 9782707177162
Nb de pages : 164
Dimensions : 125 * 190 mm

Richard GROVE

Richard Grove est professeur à l’université du Sussex, où il a fondé le Centre for World Environmental History. Il est l’un des fondateurs de la revue Environment and History, et l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire environnementale de l’Afrique et de l’Asie. Ses ouvrages sont devenus des références majeures.

Extraits presse

La protection de la nature est-elle bien née aux Etats-Unis ? Selon Richard Grove (1955-1998), fondateur de la revue américaine, Environment and history en 1995, la protection de la nature est née dans les colonies. Dans ce long article rédigé en 1993, soit deux ans avant son oeuvre phare non traduite en français Green imperialism, et présenté ici par Grégory Quenet, il développe l'idée selon laquelle les constats des effets de la déforestation sur le climat, l'érosion, l'apparition des maladies a développé chez certains coloniaux le souci d'une bonne gestion des forêts. Il cite notamment comme précurseur le Français intendant de l'île Maurice en 1776, Pierre Poivre. C'est dans les îles tropicales vues comme un Eden à préserver qu'ont été crées les premiers parcs nationaux. Une thèse originale commentée par Grégory Quenet, professeur d'histoire de l'environnement à l'Université de Versailles.

01/11/2013 - L'Ecologiste

 

Que certaines activités économiques puissent avoir des effets destructeurs irrémédiables sur l’environnement, l’idée remonte à la Renaissance. Ainsi, dès la fin du XVe siècle, l’intense déforestation autour de Venise était perçue comme un danger car elle favorisait l’élévation des eaux dans la lagune. De même, au XVIIe siècle, les Européens eurent conscience de l’impact négatif de leur agriculture de plantation alors en plein essor dans les îles tropicales. Sur ces îles, généralement petites, les conséquences de la déforestation étaient rapidement observables. Une solution était de se déplacer vers d’autres lieux, comme le firent les Hollandais qui en arrivèrent à déménager leurs plantations jusqu’au Brésil. Cette solution ne fut cependant plus envisageable au XVIIIe siècle avec l’occupation plus intense des espaces. Que faire désormais ? Pour le savoir, Richard Grove s’est intéressé à l’île Maurice, colonie française depuis 1721, dont l’intendant, Pierre Poivre, aurait été le premier Occidental à conduire une politique de préservation écologique. [...] Ces réflexions de Richard Grove, publiées en anglais en 1993, ont eu un impact considérable sur la toute jeune histoire de l’environnement, car elles montraient que le climat n’est pas seulement une réalité physique mais aussi un objet d’histoire globale aux dimensions multiples. Elles ont par ailleurs contribué à une écriture de l’histoire des sciences plus soucieuse de symétrie entre le centre et la périphérie, en montrant que la réflexion coloniale sur l’environnement était le produit d’une hybridation entre des savoirs européens et indigènes. Elles ont également fait justice de l’idée longtemps acceptée que le souci écologique moderne serait né aux Etats-Unis entre 1850 et 1880. Car ces prises de conscience dans les périphéries coloniales, pour importantes qu’elles soient, ont leurs limites. Comme l’observe Grégory Quenet dans sa présentation du livre, elles sont largement absentes de la seconde phase de colonisation dont les exigences quant à la mise en valeur des ressources conduisirent à «une standardisation des écosystèmes tropicaux à des fins industrielles et commerciales qui laissa peu de place au souci écologique».

07/11/2013 - Jean-Yves Grenier - Libération

 

Richard Grove est un géographe britannique, auteur de Green Imperialism (1995), un ouvrage qui a fait date dans l’histoire des questions environnementales. La thèse qu’il y développe, et qu’il avait exposée en 1993 dans l’essai qui fait le cœur du présent livre, est que la conscience environnementale est née dès la fin du xviie siècle dans les colonies françaises et anglaises, sans attendre les mouvements environnementalistes de l’Ouest américain au xixe qui exaltaient le wilderness. Des motivations économiques (préserver les forêts tropicales, en particulier pour des raisons climatiques) s’accompagnent de motivations idéologiques (l’influence des physiocrates sur les dirigeants politiques) voire religieuses (les îles tropicales comme des morceaux préservés du « paradis terrestre »). L’étude de terrain menée par l’auteur porte sur Sainte-Hélène et surtout sur Maurice, à la pointe des entreprises de conservation du milieu naturel. L’auteur valorise la figure de Pierre Poivre, ancien jésuite devenu intendant de l’île à la fin du xviiie siècle. Il souligne aussi l’importance de l’État, en particulier français, qui s’oppose souvent à la visée à court-terme des puissances commerciales privées (il y a là une différence entre la France et l’Angleterre). Le texte de ce stimulant essai s’accompagne d’une présentation de l’auteur et d’un long commentaire de Grégory Quenet. Il fait état des controverses qui accompagnent la thèse de Grove, qui relativisait les positions dominantes dans l’espace culturel américain.

01/12/2013 - François Euvé - Etudes

 

La collection « Futurs antérieurs » des éditions La Découverte se propose de faire découvrir de nouveaux auteurs, non encore traduits en français mais essentiels dans le champ des sciences sociales, dans un petit format associant la traduction d’un article et un texte de présentation rédigé par un spécialiste français. Les Îles du Paradis permettent ainsi de se familiariser avec l’un des fondateurs de l’histoire de l’environnement, Richard Grove, en attendant la traduction annoncée de son ouvrage fondamental, Green Imperialism.

27/09/2013 - Igor Moullier - Liens socio

 

Table des matières

Richard Grove, l'explorateur historien,par Grégory Quenet
Les îles du Paradis. Invention de l'écologie aux colonies. 1660-1854,par Richard Grove
Protéger le jardin d'Éden,par Grégory Quenet
Notes.