Le médicament qui devait sauver l'Afrique
Un scandale pharmaceutique aux colonies

Guillaume LACHENAL

C’est l’histoire d’une piqûre magique, qui devait débarrasser l’Afrique d’une maladie qui décimait le continent. C’est l’histoire d’un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l’éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d’être découvert : la Lomidine. Dans l’enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l’Afrique. La méthode connaît quelques ratés – la molécule se révèle inefficace et dangereuse – mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut « lomidiniser » l’intégralité des populations, de gré ou de force.
Ce livre montre comment les médecins s’obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d’une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l’« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l’Afrique par la science et la technique.
Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu’il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d’une anthropologie de la bêtise coloniale.

Version papier : 18 €
Version numérique : 12,99 €
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Détails techniques
Collection : Les Empêcheurs de penser en rond
Parution : octobre 2014
ISBN : 9782359250879
Nb de pages : 240
Dimensions : 140 * 205 mm
ISBN numérique : 9782359250992
Format : EPUB

Guillaume LACHENAL

Guillaume LACHENAL
Guillaume Lachenal, ancien élève de l’École normale supérieure, est historien de la médecine à l’université Paris-Diderot. Il est membre de l’Institut universitaire de France.

Extraits presse

Cette thèse, traitée comme une enquête policière qui a duré dix ans, a des parfums de John le Carré. Guillaume Lachenal explore les rapports entre médecine et colonialisme, la méthode de l'hygiène de masse au service de la "médecine de la race". Les colonies deviennent pour l'industrie pharmaceutique des "laboratoires grandeur nature" où l'on expérimente à peu de frais. C'est aussi un essai sur l'empire de la bêtise qui finit par capter l'aventure scientifique.

19/09/2014 - Laurent Lemire - Livres Hebdo

 

C'est l'histoire d'un scandale oublié: la Lomidine devait être le remède miracle contre la maladie du sommeil. Mal administrée par les colons, elle fit des dizaines de morts jusque dans les années 1950.

21/09/2014 - Clarisse Juompan-Yakam - Jeune Afrique

 

C'est l'histoire d'un retournement de situation étonnant. Dans les années 1950, pour lutter contre la maladie du sommeil (trypanosomiase africaine), la Lomidine (ou pentamidine), est considérée comme un traitement miracle. Elle est administrée lors de campagnes massives d'injections préventives et obligatoires. Jusqu'à ce que deux décennies plus tard, une série d'expériences remette en question son efficacité en prévention, son innocuité et son mode d'action supposé. La perspective de l'éradication de cette maladie parasitaire s'éloigne alors définitivement. La "lomidinisation totale", érigée en monument par les services de santé coloniaux de l'après-guerre, se révèle une faillite complète. Où l'on voit mêlés utopie et savoirs incertains.

01/10/2014 - Marc Gozlan - Sciences et Avenir

 

Contrairement à ce qu’affirme le dicton, le ridicule tue – autant que la bêtise. Simplement, ce sont les autres qui en meurent. La preuve par la Lomidine, médicament présumé miraculeux, qui fut injecté massivement, à l’époque coloniale, aux populations africaines. S’il y eut miracle, il tient au nombre, relativement peu élevé, des victimes, décédées dans d’atroces souffrances à la suite de ces injections. C’est l’incroyable et méconnu scandale que retrace Le Médicament qui devait sauver l’Afrique, essai féroce et solidement documenté de l’historien de la médecine Guillaume Lachenal.

24/10/2014 - Catherine Simon - Le Monde

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un nouveau médicament visant à l'éradication de la maladie du sommeil vient d'être découvert: la lomidine, une molécule qui se révèle inefficace et dangereuse. Mais les médecins s'obstinent. C'est l'histoire d'un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950.

01/01/2015 - Maryse Cournut - Science et santé

 

Le travail de Guillaume Lachenal ne se réduit pas à écrire une page anecdotique et scandaleuse de l’histoire de la médecine coloniale. Son ambition est plus vaste. […] Guillaume Lachenal révèle la logique à l’œuvre dans la médecine coloniale : à rebours des principes éthiques aujourd’hui appliqués, l’efficacité d’un médicament dépendait de son utilité collective. Déconseillée aux Blancs, car ses effets secondaires étaient depuis l’origine connus, la lomidine était un « médicament racialisé », dont l’injection forcée à la population noire aurait dû permettre l’éradication de la maladie du sommeil, fût-ce au prix de quelques victimes collatérales.

01/10/2015 - Yves Gounin - Vingtième siècle

 

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« Je me demande si les historiens peuvent faire pareil, extraire le passé, le débarrasser de ce qu’il a de toxique et le remettre en place ». Sur ces mots se termine l’ouvrage de Guillaume Lachenal consacré à « un scandale pharmaceutique aux colonies », oublié par l’histoire officielle. Cette réflexion en forme de méditation ethnographique est d’une acidité décapante, mais aussi d’une lucidité dérangeante. En effet, la biographie de ce « médicament qui devait sauver l’Afrique », la Lomidine, parce que portant la promesse d’éradiquer la maladie du sommeil qui menaçait la santé des populations et le projet colonial, puis devenu encombrant pour l’histoire officielle, par sa toxicité liée à une utilisation déraisonnée (les campagnes de traitement on régulièrement fait des dizaines de morts en Afrique Centrale dans les années 1950), permet de réinterroger les liens constitutifs entre médecine et colonialisme. Cette enquête passionnante y répond en explorant les limites des rationalités et des croyances ayant entouré non seulement la conception et l’usage de ce médicament, mais aussi les limites de la production du savoir, de la mémoire et de l’oubli par l’administration coloniale et les médecins coloniaux.

05/11/2014 - Lectures

 

Table des matières

Introduction. Une anthropologie de la bêtise coloniale
Une ruine embarassante
Biographie d’un débris
La Lomidine et la « maladie coloniale »
L’empire de la bêtise
À la rencontre du « médicament X »
1. Un médicament merveilleux
Une wonder drug coloniale
Nom de code : MB 800
Expérimentations et patronages dans l’Empire britannique
La preuve par le miracle
2. Expérimentations sans frontières
L’invention belge de la pentamidine préventive
« Un bruit court qu’au Congo, une tribu de Pygmées a accompli un travail de géants »
Mondanités médicales, pentamidine & Cinzano
Les géographies transnationales de l’industrie pharmaceutique
Le roman français de la Lomidine
3. La nouvelle donne de la médecine coloniale
La biopolitique du développement
La réinvention de la médecine de masse
Une épidémie d’indiscipline
Le retour à l’ordre
La consécration inter-impériale
4. Le spectacle de l’éradication
Faire du chiffre
L’Afrique lomidinisée
En campagne en cadence
Une expérience grandeur nature
Le temps des prodiges
Contempler le zéro
5. La Lomidine, l’individu et la race
Les ambiguïtés de la chimioprophylaxie
Un médicament trop efficace
Les échecs de la protection
Les accidents de lomidinisation : l’individu coupable
Des bénéfices et des risques
Une équation raciale : le cas des Européens
6. Bons citoyens et mauvais frères
À la recherche de l’individu moderne
Les injections de la santé
Une théorie politique de la lomidinisation
« À vous de choisir » : lomidinisation et citoyenneté sanitaire
La réaction comme recours
Docteur Charles joue à la guerre
7. Yokadouma, Cameroun, novembre-décembre 1954
« La tournée se déroulait normalement »
« … lorsque brutalement survinrent les évènements ci-après »
La mise en ordre de la catastrophe
Une théorie coloniale de la connaissance
Un monde remis sur pied
C’est fort la France !
8. Nous avons pleuré sans faire de palabres
L’ombre du scandale
La fièvre documentaire
Une démonstration d’affection
L’archive comme sépulture
9. Les ratés de la machine impériale
La machine à archiver
La machine à agir
L’accident comme bégaiement
La machine à oublier
Je me demande comment il n’y a pas plus de « pépins »
L’accident de Yokadouma n’a pas eu lieu
L’accident comme moment de vérité
10. L’éradication au futur antérieur
Inventaire avant liquidation
Un monument du passé colonial
11. Comment le médicament est devenu inutile et dangereux
La clef de l’enigme
Un dernier accident
Le médicament qui ne marchait plus
La gangrène et l’oubli
Epilogue
Remerciements
Acronymes
Notes.



Droits étrangers

THE HIDDEN STORY OF THE MEDICINE MEANT TO SAVE AFRICA
The pharmaceutical industry aids colonial stupidity

The story, deliberately concealed, begins in the 1940s and continues until the 1970s. It is about a \"miracle remedy for sleeping sickness\" : Lomidine. Before being recognized as ineffective and dangerous, it was injected millions of times in Africa. The author follows its history step by step, showing the ways in which the medicine was used as a tool of power. A bitter, unprecedented historic investigation on the underside of colonial politics.


Guillaume Lachenal is Lecturer in History of Science at the Université Paris Diderot. His work has been published in Annales, the Lancet, the Journal of African History, Le mouvement social. This book required ten years of studies and investigations in Africa (Cameroon, DRC, Senegal) and in Europe (France, Belgium, Great Britain).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com